Condamné à 16 mois de prison, ce Romand est enfermé depuis 20 ans
Rob, comme ont choisi de l'appeler nos confrères du Temps, a 54 ans et est enfermé depuis plus de 20 ans. Condamné en 2006 à 16 mois de prison ferme par le Tribunal correctionnel du Val-de-Ruz (NE) pour tentative de lésions corporelles graves, injures et violence contre des fonctionnaires, il est encore aujourd'hui incarcéré.
L'incident déclencheur remonte au 24 juillet 2004, à Fontainemelon: appelée pour un conflit de voisinage, une patrouille de police a trouvé Rob en crise; il avait sorti un couteau et foncé vers l'un des agents. Personne n'avait été blessé. Il est condamné en 2006 à 16 mois de prison.
Comment est-il possible qu'il soit encore en prison 20 ans après? La mesure de sûreté ordonnée en parallèle explique cet enfermement prolongé. Elle s'appuyait sur un rapport du Dr Philippe Vuille, rédigé sur dossier et sans rencontre avec le prévenu, explique Le Temps. Un premier duo d'experts avait pourtant recommandé un simple suivi ambulatoire. Les juges ont préféré l'option la plus radicale.
Une enfance fracturée et une vie chaotique
Né en France d'un père légionnaire irakien rencontré une seule fois et d'une mère suisse, Rob a grandi dans un foyer marqué «par une grande précarité sociale et familiale», selon l'expertise de 2021 du Pr Philippe Delacrausaz, relate Le Temps.
En 1995, il est condamné à deux ans de prison en Valais pour abus sur une adolescente de 15 ans, acte qu'il qualifie «de honte qu'il portera en lui toute sa vie». Sa détention valaisanne est marquée par la violence. Libéré en 2000, bénéficiaire d'une rente AI à 100%, il accumule de petites condamnations pour stupéfiants et injures, sans récidive sexuelle jusqu'à son arrestation de 2004.
Un cercle vicieux documenté
En 2016, son internement est converti en traitement institutionnel en milieu fermé. Les placements se passent tous mal, raconte Le Temps, et Rob finit balloté d'établissement en établissement. L'expertise du Pr Philippe Delacrausaz relève des «séquelles psychiques irrémédiables» causées par l'internement, qui ont rigidifié un tableau clinique déjà lourd comprenant notamment un trouble de la personnalité à traits paranoïaques.
L'impasse est documentée: plus la détention se prolonge, plus l'état de Rob se dégrade, et plus sa libération est jugée risquée.
Le Tribunal fédéral saisi
Le procureur général suppléant Nicolas Aubert a plaidé pour trois ans de prolongation de mesure de sûreté, estimant qu'une libération comporterait «des conséquences dangereuses pour la société», rapporte Le Temps. La Cour pénale d'appel de Neuchâtel, dans son arrêt du 10 décembre, reconnaît que Rob est soumis à «une solitude extrême» et critique les autorités avec sévérité, leur reprochant notamment l'absence de véritable suivi adapté. Ce faisant, elle limite la prolongation à dix-huit mois et fixe une réévaluation en septembre 2026.
La défense a saisi le Tribunal fédéral, et réclame la reconnaissance de violations des droits fondamentaux et la libération de leur client:
La réponse du tribunal fédéral est attendue. Rob, lui, résume, après deux décennies d'errance carcérale:
(ysc)
