La pollution des sols à Lausanne avait effrayé la population il y a trois ans: de vastes zones de la ville avaient été annoncées comme contaminées par des dioxines. Cela à cause des fumées émises par l'usine d'incinération du Vallon.
Les dioxines pénètrent généralement dans le corps humain via l'alimentation, notamment par la consommation de produits d'origine animale. Les autorités avaient appelé les gens à ne plus manger les œufs des poules élevées dans les environs et plusieurs types de légumes. Des panneaux d'avertissement avaient été installés sur les aires de jeux pour que les enfants ne portent pas de terre à leur bouche.
Une étude présentée mercredi par le canton de Vaud apporte des réponses: les risques pour la santé des personnes qui ont consommé des aliments provenant des zones contaminées ne diffèrent pas de ceux de la population générale. Ce qui est déterminant pour les taux de dioxine dans le sang, ce n'est pas le fait de vivre dans la «zone dangereuse» de Lausanne, mais la quantité totale de produits consommés. En outre, le sexe, l'âge et le taux de graisse d'une personne jouent un rôle, car les dioxines s'accumulent dans les tissus adipeux au fil du temps.
L'étude d'Unisanté a comparé les taux sanguins de deux groupes de 50 personnes, dont la composition démographique est similaire. Les sujets sont originaires de la région lausannoise, mais seule la moitié d'entre eux a consommé des aliments provenant de la zone polluée (groupe test), l'autre non (groupe témoin). Dans les deux groupes, la variabilité de la concentration de dioxine est importante. Les différences de médianes ne sont pas statistiquement significatives. Elles se situent au niveau des valeurs de référence internationales.
Pour les habitants des quartiers concernés, il s'agit d'une bonne nouvelle, comme l'a déclaré le médecin cantonal Karim Boubaker. En revanche, les résultats devraient donner matière à réflexion pour la population. Indépendamment du lieu de résidence, les personnes qui consomment plus de trois portions de viande par semaine ou plus de deux portions de fromage ou de yaourt par jour ont en moyenne des taux de dioxine plus élevés dans le sang que les personnes qui mangent moins de produits d'origine animale.
Selon l'étude, un taux élevé de dioxine présente surtout un risque pour la fertilité masculine: 30% des sujets du groupe de contrôle et 42% du groupe test présentent des valeurs qui risquent de réduire la qualité des spermatozoïdes. Les résultats sont rassurants en ce qui concerne le cancer: aucune des personnes testées n'atteint des valeurs critiques.
Karim Boubaker affirme que les dioxines ne sont qu'un des nombreux facteurs pouvant expliquer la baisse de la qualité du sperme. Il estime qu'une campagne sur le thème des dioxines est inutile:
L'étude suscite également des discussions sur l'assainissement des sols contaminés. Selon Karim Boubaker, les résultats devraient mener à une réflexion sur les normes en vigueur. Mais c'est là l'affaire de la Confédération. Une chose est sûre: selon les dispositions légales actuelles, un assainissement des sols doit être envisagé pour 4000 terrains à Lausanne en raison de taux de dioxine trop élevés. Reste à savoir si cela est encore pertinent après l'annonce de ces résultats positifs.
Selon les auteurs de l'étude, les résultats doivent être considérés comme une «première estimation» de la situation nationale. Des analyses supplémentaires, par exemple sur les zones rurales et avec plus de jeunes, sont nécessaires pour en déduire une valeur de référence. En Suisse alémanique, plusieurs cantons ont effectué leurs propres mesures après l'annonce de la Suisse romande, à l'image de l'Argovie et la Thurgovie. Les valeurs dans les environs de leurs incinérateurs se sont avérées nettement inférieures à celles de Lausanne.
Le Conseil fédéral a également été interpellé par le Parlement: dans sa réponse à une intervention, il a confirmé que 29 composés de dioxine présentaient un «risque potentiel élevé pour la santé» et étaient «notamment cancérigènes, immunotoxiques, neurotoxiques et toxiques pour le développement». Au cours des dernières décennies, des mesures ont toutefois été prises pour réduire les émissions de dioxines, selon le gouvernement.
Ainsi, on ne trouve aujourd'hui plus d'incinérateurs et de cheminées sans filtre moderne. Malgré la prise de conscience des autorités à tous les niveaux, la question de la quantité de dioxine présente dans le sang de la population suisse restait ouverte.
Traduit et adapté de l'allemand par Tanja Maeder