La journée d’information militaire pour les femmes fait polémique
La gauche tire à boulets rouges sur la proposition du Conseil fédéral d'obliger les femmes à participer à une journée d'information pour l'armée et la protection civile. Elle exige des mesures contre la discrimination. A l'inverse, les Vert'libéraux voudraient aller plus loin.
Lors de cette journée d'orientation, les participants sont informés du déroulement du recrutement. Ils découvrent aussi les différentes fonctions de l'armée et de la protection civile, les possibilités de carrière ainsi que leurs droits et devoirs dans le cadre du service militaire et civil.
Cette journée devrait aussi devenir obligatoire pour les femmes. Le Conseil fédéral souhaite ainsi améliorer l'égalité des chances. Grâce à cette orientation, les femmes pourront prendre une décision éclairée pour ou contre le service volontaire, avait affirmé le ministre de la Défense Martin Pfister en novembre en ouvrant la procédure de consultation, qui s'est achevée samedi.
Le PS souhaite des mesures contre la discrimination
Mais le Parti socialiste suisse (PS) n'est pas du tout d'accord avec cette obligation. L'armée présente d'importants problèmes structurels, notamment en matière de protection contre le harcèlement sexuel et la violence sexuelle, a écrit le parti dans une prise de position.
Selon une étude de 2024, près de 50% des femmes interrogées dans l'armée ont signalé des cas de discrimination et environ 40% des cas de violence sexuelle, rappelle-t-il.
Pour beaucoup de femmes, l'armée n'est pas un lieu sûr. Le PS ajoute:
Il exige donc que l'armée présente d'abord un concept de protection efficace qui lutte systématiquement contre la violence sexuelle et la discrimination.
Les Vert-e-s rejettent aussi cette obligation, notamment en raison des coûts, du manque de sensibilisation aux comportements sexistes et de la militarisation de la société. Une journée d'information obligatoire ne renforcerait pas l'égalité entre les sexes, «mais ne ferait qu'alourdir la charge qui pèse déjà sur les femmes. Celles-ci assument déjà la majeure partie du travail de soins dans la société».
Le Centre soutient l'obligation
Parti de Martin Pfister, Le Centre, en revanche, est favorable à l'obligation. Le parti espère que ce projet aura un effet positif sur l'égalité des chances, en informant à l'avenir les Suissesses à l'échelle nationale des avantages d'une formation de cadre dans l'armée et la protection civile, d'après un communiqué.
Même le rejet clair de l'initiative «Service citoyen» et de l'obligation de service pour les Suissesses qui en aurait découlé ne justifie pas de renoncer à l'introduction de la journée d'orientation obligatoire. Cette journée «doit avant tout être considérée comme une mesure d'information et de sensibilisation. Elle contribue ainsi à une meilleure compréhension des institutions de sécurité par la société», estime Le Centre.
Les Vert'libéraux juge la proposition «insuffisante»
Aux yeux des Vert'libéraux, la proposition du Conseil fédéral est «timide et insuffisante». Elle ne résout ni les problèmes d'effectifs de l'armée et de la protection civile, ni n'entraînera d'augmentation notable de la proportion de femmes. Le parti ne rejette toutefois pas l'introduction d'une journée d'information obligatoire pour les Suissesses.
Le PVL réclame des modèles de service mieux compatibles avec les études, la vie professionnelle et la vie de famille. Il souhaite un «service de sécurité général et adapté aux besoins pour les deux sexes», qui permette d'effectuer des missions dans les domaines de gestion de catastrophe, de la santé, de la logistique, de l'assistance et de la protection des infrastructures critiques.
Les coûts augmenteraient de 3,3 millions par an
La Conférence des directeurs cantonaux pour les affaires militaires, la protection civile et les sapeurs-pompiers va dans le même sens. Elle s'inquiète toutefois des coûts supplémentaires et demande que la Confédération les compense «dans une mesure appropriée».
L'obligation entraînerait des coûts supplémentaires de 3,3 millions de francs par an, selon la Conférence. Ceux-ci seraient à la charge des cantons, également responsables de l'organisation et de la mise en œuvre des journées d'information. Ils devraient aussi décider d'informer les femmes et les hommes ensemble ou lors d'événements séparés.
Les pemières convocations commenceraient dès 2030
Pfister estime que le Parlement pourra se prononcer à partir de 2027, avant une votation populaire. En cas de oui dans les urnes, les premières convocations pour les femmes pourraient être envoyées dès le début de l'année 2030. Le Conseil fédéral est convaincu que cette obligation incitera davantage de femmes à effectuer leur service volontaire, a déclaré Pfister.
En 2024, environ 2500 femmes étaient affectées à l'armée, ce qui correspond à une proportion de 2,3%. La prédécesseure de Pfister, Viola Amherd, souhaitait porter la proportion de femmes à 10% d'ici 2030. Pfister lui-même n'a pas voulu s'engager sur un chiffre. (tib/ats)
