Pourquoi on étouffe malgré la baisse des températures
Après une semaine de canicule, les températures baissent un peu sur le plateau suisse. Mais vous l'aurez remarqué: malgré quelques degrés en moins, les mains collent et on transpire dans ses habits. Lionel Peyraud, de MétéoSuisse nous indique:
Le taux d'humidité, ce lundi, était situé entre 35% et 45% en région de plaine, en Suisse. Samedi dernier à Genève, durant le pic de canicule, il n'était que d'environ 23%. Est-ce pour cela que la fatigue nous tombe dessus?
Transpirer, c'est refroidir
La sensation de lourdeur repose sur un principe physique essentiel: l’évaporation. «Lorsque la sueur s’évapore sur la peau, elle tire l’énergie nécessaire pour ce processus de la température du corps sous-cutanée. L’énergie extraite refroidit la peau et ainsi la température du corps s’autorégule», détaille Lionel Peyraud.
«C’est aussi pour cela qu’on se sent rafraîchi après une douche», illustre-t-il. Mais ce mécanisme ne fonctionne que si l’air peut absorber l’humidité. Plus l'air est sec, plus la transpiration s'évapore facilement et plus le refroidissement est efficace. «Une humidité relative entre 50% et 70%, par températures tropicales, cela devient particulièrement pénible à supporter», nous indique Lionel Peyraud.
La «température ressentie» et ses adeptes
Cette sensation d’inconfort se traduit par un concept parfois controversé, mais surtout mal compris: la «température ressentie». Voyez ce qu'il était indiqué ce lundi après-midi, sur le site lachainemeteo.ch, pour la ville de Lausanne:
Cette notion un poil obscure a tendance à être placée dans la conversation sous forme de superlatif, comme si la canicule n'était qu'une vaste conspiration cachant une fournaise encore plus folle. Tel ce pote qui pose ses fesses devant le ventilateur en se lamentant:
Calories et transpiration
La «température ressentie» est pourtant le fruit d'un long processus scientifique, rappelle Le Monde. L'«indice universel du climat thermique», validé en 2009, combine plus de 200 critères et facteurs — parmi les plus importants: la température, le vent, l'humidité — pour déterminer comment le corps réagit à un «stress thermique», qu'il soit chaud ou froid.
La température du corps, on le rappelle, se situe entre 36°C et 37°C. Et il se régule de deux façons: quand il a froid, le corps brûle des calories pour survivre; quand il a chaud, il transpire. «Plus l'air est humide, plus la transpiration aura de la peine à s’évaporer de la surface de la peau et plus le corps peinera à se refroidir, avec une sensation de moiteur exacerbée et d’étouffement dans ses vêtements humides», indique Lionel Peyraud.
Avec tous les symptômes qui vont avec: fatigue, difficultés cognitives, etc. En conséquence:
Le Tessin, zone humide
En Suisse, les différences d'humidité s’expliquent aussi par des contrastes régionaux. «Le taux d'humidité est plus élevé au sud des Alpes, à cause du climat méditerranéen qui le touche, notamment au Tessin», explique Lionel Peyraud.
Par ailleurs, ce taux d'humidité a tendance à se renforcer durant la nuit et à maintenir les températures élevées. «Plus il y a d'humidité dans l'air, moins la température descend la nuit», car la vapeur d’eau présente dans l’air absorbe une partie du rayonnement nocturne émise par la surface de la Terre et l’empêche de s’évacuer vers l’espace.
«Le week-end dernier, nous avions des taux d'humidité durant la nuit allant jusqu'à 60-70% à Genève. Le Tessin connaît par ailleurs le plus de nuits tropicales en Suisse.» Et de conclure par une comparaison climatique:
En Inde, 3400 décès par jour de canicule
Elle correspond à une de mes intuitions. Lors d'un voyage à Grenade, en Espagne, les températures diurnes avaient tapé jusqu'à 44°C. Mais je l'avais plutôt bien vécu, l'humidité descendant jusqu'à 20% dans cette ville située dans le désert de Tabernas, dans la zone la plus aride d'Europe. Au contraire, je suffoquais à Rio de Janeiro, au Brésil, cette année, où le thermomètre atteignait les 38°C — mais où l'humidité est située entre 50% et 80%.
Soit au-delà du seuil considéré comme «très élevé» par Lionel Peyraud. Mais dans d'autres zones du monde, c'est encore pire. Euronews rappelle ainsi que dans certaines zones de l'Inde, les températures ont atteint les 48°C ce mois de juin, avec un taux d'humidité pouvant taper les 90%. Résultat: la mortalité monte en flèche. Selon une étude scientifique, pour «chaque journée de chaleur extrême», on estime que 3400 décès supplémentaires sont à comptabiliser dans le pays le plus peuplé du monde.
C'est aussi là que le danger sanitaire du réchauffement climatique prend tout son sens: dans les zones de la planète où l'humidité est déjà très haute — la Colombie, l'Inde, la Thaïlande —, l'augmentation de quelques degrés peut vite prendre un visage drastique et mortel.
