«Du jamais vu»: en Suisse, les poissons sont décimés par la chaleur
« Catastrophique! » C'est ainsi que David Bittner, le directeur de la Fédération suisse de pêche, décrit la situation des poissons dans le pays. Il alerte:
Jamais un tel phénomène n'avait autant touché la faune piscicole suisse.Deux causes, étroitement liées, expliquent cette situation: le manque d'eau et les températures élevées des rivières.
Les plus petites d'entre elles sont particulièrement touchées. L'eau a carrément disparu sur des tronçons de ruisseaux et de rivières toujours plus longs. David Bittner explique:
Lorsque l'eau vient à manquer, ce ne sont pas seulement les poissons qui meurent, mais également les moules, les écrevisses, les insectes, soit tous les organismes vivants. Les oiseaux et les amphibiens, eux, se nourrissent de ces insectes et se retrouvent touchés par ce phénomène.
À cela s'ajoute le stress permanent lié aux températures élevées de l'eau. Le biologiste détaille:
Tous les cours d'eau se réchauffent
Si dans les ruisseaux le principal problème est le manque d'eau, dans les rivières plus importantes, c'est la température qui cause des soucis à la faune. L'Aar, la Limmat ou le Rhône ont régulièrement dépassé les 25 degrés. Les affluents plus froids, là où les poissons pourraient normalement trouver refuge, disparaissent eux aussi. L'ombre, la truite, le chabot et le vairon sont les espèces les plus menacées.
La situation est légèrement moins dramatique dans les lacs, où les poissons peuvent encore se réfugier dans des zones plus profondes. Mais les écosystèmes lacustres se transforment eux aussi, en particulier la stratification entre eaux froides et eaux chaudes, et donc les processus métaboliques ainsi que la chaîne alimentaire.
Lorsque celle-ci est modifiée, les poissons ne trouvent plus de nourriture dans leur habitat, par exemple lorsque les zones littorales peu profondes s'assèchent. Il n'existe toutefois pas, dans les lacs, de phénomène de mortalité massive comparable à celui observé dans les ruisseaux et rivières.
Les régions de montagne ont été épargnées par cette hécatombe. Les températures de l'eau y sont plus basses et le bassin versant plus vaste, notamment grâce à l'eau de fonte des glaciers. L'utilisation de l'eau y est en outre bien moins intensive que sur le Plateau, où un habitant consomme en moyenne 150 litres par jour pour les toilettes, la douche et la cuisine, sans compter l'agriculture, qui cherche à sauver ses cultures par l'irrigation.
Il faudra plusieurs années pour repeupler les rivières
Selon David Bittner, cet été caniculaire aura des conséquences durables:
Le directeur de la Fédération suisse de pêche ajoute:
Pour David Bittner, il n'est pas si simple d'y remédier, même par l'élevage en pisciculture:
Chaque cours d'eau est unique, que ce soit du point de vue de sa composition chimique, de sa nourriture ou des espèces qui l'habitent. Lorsqu'une souche de truites disparaît, elle ne peut tout simplement pas être remplacée.
Les nuisibles sont tranquilles
Contrairement aux poissons, les rats des villes ne souffrent pas de la chaleur, explique Marcus Schmidt, expert du service de prévention des nuisibles de la ville de Zurich. Les rats, même s'ils aiment nicher près de l'eau, ne rencontrent pas de problèmes à cause de la chaleur. Il n'y a pas non plus lieu de craindre une prochaine invasion de cafards comparable à celle des pays méditerranéens.
Les conditions de forte chaleur profitent à tous les insectes, en particulier aux fourmis et aux guêpes, ainsi qu'à des espèces invasives thermophiles comme le frelon asiatique et la fourmi Tapinoma magnum.
Le service de prévention des nuisibles reçoit de plus en plus de demandes concernant la blatte forestière, une espèce indigène inoffensive qui prolifère dans les jardins.
Celles-ci ne font que s'égarer occasionnellement à l'intérieur des habitations. Elles ne nécessitent aucun traitement et quittent les maisons après deux ou trois jours sans s'y reproduire.
Traduit de l'allemand et adapté par Joel Espi
