Les tensions se multiplient entre la Suisse et l'Italie
La catastrophe de l'incendie de Crans-Montana plane comme un nuage sur les relations entre la Suisse et l'Italie. Les médias et membres du gouvernement italien ont critiqué à plusieurs reprises, et vivement, la communication et l'action des autorités suisses.
Et ce n'est pas le seul terrain de conflit entre les deux pays voisins. Des problèmes subsistent également dans plusieurs autres domaines, malgré deux accalmies notables.
La réadmission des migrants
En tant qu'Etat méditerranéen, l'Italie est l'un des principaux pays d'arrivée des migrants venus d'Afrique et du Proche-Orient. La coopération européenne en matière d'asile est régie par ce qu'on appelle l'accord de Dublin. La Suisse y participe également.
Selon cet accord, c'est en principe l'Etat dans lequel les demandeurs d'asile sont entrés et ont été enregistrés en premier qui est compétent pour la procédure d'asile. S'ils poursuivent leur route vers un autre Etat, celui-ci peut les renvoyer vers l'Etat de première entrée.
Or, le gouvernement de Giorgia Meloni refuse depuis 2022 de reprendre de la Suisse ces réfugiés dits «Dublin». Comme le rapportait la NZZ am Sonntag en février, la Suisse a dû, pour cette raison, mener une procédure d'asile pour 2540 personnes, alors que c'est l'Italie qui en aurait normalement été responsable. Le Conseil fédéral a, à plusieurs reprises, exhorté l'Italie à respecter ses obligations, sans succès jusqu'à présent.
Les frontaliers et la taxe sur la santé
Environ 78 000 frontaliers font quotidiennement la navette depuis l'Italie pour travailler dans le canton du Tessin. Ils représentent un tiers de l'ensemble des actifs. Cela engendre des embouteillages et des problèmes de circulation. Au Tessin, les plaintes sont nombreuses quant à la pression exercée par les nombreux frontaliers sur les salaires suisses. Leur nombre a toutefois légèrement diminué ces derniers temps.
Cela est aussi lié à l'accord fiscal entré en vigueur en 2023. Depuis lors, les personnes résidant en Italie et travaillant en Suisse doivent payer davantage d'impôts en Italie. Cet accord a mis un point final à un sujet de discorde qui durait depuis des années. En contrepartie, l'Italie a retiré la Suisse de sa «liste noire» des paradis fiscaux.
Mais un nouveau conflit est en train d'éclater. La région de Lombardie a annoncé, la semaine dernière, qu'elle allait soumettre, à partir de septembre, les frontaliers actifs dans le secteur de la santé à une taxe spéciale de 3% du salaire net. L'objectif est d'augmenter les salaires du personnel côté italien et de rendre ainsi les conditions de travail plus attractives. La mesure est contestée en Italie et critiquée par le Conseil d'Etat tessinois, qui la considère comme une violation de l'accord fiscal. La Confédération, elle, reste jusqu'ici discrète eu égard aux relations tendues.
Le coup dur de l'industrie des machines
Le cri d'alarme avait été fort lorsque l'industrie suisse des machines s'était vue de facto exclue du marché italien début 2026. En cause: une nouvelle loi de finances venue de Rome, qui promettait aux entreprises italiennes d'importantes réductions fiscales sous forme d'amortissements spéciaux, à condition qu'elles achètent leurs nouvelles machines dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen (EEE).
Les fabricants suisses avaient ainsi été laissés de côté par cette règle «Europe d'abord». En février, le gouvernement italien a annoncé qu'il adapterait cette réglementation et renoncerait à pénaliser la Suisse.
La coopération dans le trafic ferroviaire
La coopération dans le développement des liaisons ferroviaires s'est, elle aussi, améliorée. Le développement des lignes d'accès à la NLFA, importantes pour le trafic marchandises, avait longtemps pris du retard dans le sud. Depuis, l'Italie a achevé trois des quatre lignes d'accès au tronçon Gothard-Ceneri, et le financement de la quatrième est assuré.
Il faudra en revanche davantage de patience sur la ligne du Simplon: des travaux d'aménagement sont prévus côté italien jusqu'en 2028. Cet été, les voyageurs en train devront donc à nouveau se résoudre, pendant plusieurs semaines, à des liaisons de remplacement par bus.
