Voici le Guy Parmelin que les Suisses ont longtemps sous-estimé
Avec Guy Parmelin, c’est un conseiller fédéral qui n'a jamais vraiment correspondu aux clichés véhiculés sur son compte qui s’apprête à quitter le gouvernement. Il en a surpris plus d’un, notamment parce qu’il a souvent été sous-estimé.
Avant et juste après son élection au Conseil fédéral, le 9 décembre 2015, on le présentait comme un vigneron bien vaudois, bon enfant, représentant d’une UDC agricole à l’ancienne et plutôt conciliant. Sa propre formation l'a placé sur le ticket comme «candidat alibi» et le Parlement l’aurait élu avant tout pour empêcher l’UDC zougois Thomas Aeschi, considéré comme plus radical, d’accéder au gouvernement. Un homme qui aime boire un verre de blanc en bonne compagnie. Qui préfère lire des bandes dessinées plutôt que d’épais ouvrages. Et qui aura marqué les esprits par sa maîtrise approximative des langues étrangères. Comme lorsqu'il a déclaré face à la caméra, avant son élection:
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Ces boutades ont-elles seulement préoccupé Guy Parmelin? On peut en douter. C’était le conseiller fédéral qui, lors des voyages du gouvernement, portait un short, un bob de pêcheur et une pochette pour téléphone accrochée à la ceinture. Quoi qu'en pensent les gens.
«L'homme sous-estimé»
L’image publique de Guy Parmelin a commencé à changer en 2021. Il est alors passé de la Défense au très convoité Département fédéral de l’économie et a occupé pour la première fois la présidence de la Confédération.
Parmelin dans tous ses états!
En pleine pandémie de Covid, alors que la situation était tendue, il a apporté à la population une sorte de réconfort paternel. Il a trouvé le ton juste face aux sceptiques tout en prenant la défense du ministre de la Santé Alain Berset, très attaqué. («Vous trouvez sérieusement qu’il ressemble à un dictateur?», avait demandé Guy Parmelin à un journaliste.)
Souvenirs, souvenirs...
En juin 2021, le conseiller fédéral UDC a occupé la scène diplomatique sans commettre un seul faux pas. Lorsqu’il a accueilli Joe Biden et Vladimir Poutine à Genève à l’occasion du sommet américano-russe, il les dépassait d’au moins une tête.
Les voilà 👇
On pourrait donc raconter l’histoire d’un homme qui a pris de l’envergure au fil de son mandat. Mais ce serait là encore une mauvaise lecture, une perspective qui ne rendrait pas compte de la réalité.
«L’homme sous-estimé»: tel était le titre d’un portrait consacré au Vaudois avant son élection. «L’improbable Monsieur Parmelin», titrait un autre article. Mais il n’était improbable que pour ceux qui le connaissaient mal.
Le vrai Guy Parmelin
Reprenons les clichés un à un. Oui, Guy Parmelin a grandi dans la ferme familiale à Bursins, dans le canton de Vaud. Mais il a plus tard obtenu sa maturité à Lausanne, avec une orientation anglais/latin. Son domaine viticole n’a pas grand-chose à voir avec le romantisme des terrasses de Lavaux. L’exploitation familiale des Parmelin se trouve sur un terrain plat, entre le Léman et le Jura. Les vignes n’en occupent qu’une petite partie.
Au moment de son élection, Guy Parmelin était depuis longtemps politicien professionnel. Entre son mandat au Conseil national et son siège au conseil d’administration du puissant groupe agricole Fenaco, il lui restait peu de temps pour s’occuper de l’exploitation, dirigée par son frère.
Il a en effet conservé son goût pour les bandes dessinées une fois devenu conseiller fédéral. Mais il lit aussi des biographies et se rend avec son épouse Caroline à des concerts de musique de chambre et à l’opéra.
En 2015, l’allemand de Guy Parmelin n’était certes pas exceptionnel; mais il était meilleur que celui de nombreux Romands et que le français de nombreux Alémaniques qui ont siégé sous la Coupole fédérale.
Ensuite, en tant que conseiller fédéral, il a rapidement progressé. Après tout, son épouse Caroline est enseignante d’allemand. Son niveau d'anglais aussi était sous-estimé. Plus tard, à la tête du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche, tourné vers l’international, plus personne n’a eu de raison de se plaindre.
Un parcours stratégique
Finalement, Guy Parmelin n’était en aucun cas un «candidat alibi» lors de son élection en 2015. Il pouvait se prévaloir de plus de 20 ans d’expérience politique et s’était fait un nom sous la Coupole comme spécialiste des questions sociales et énergétiques.
Le Vaudois a travaillé de manière stratégique à son accession au Conseil fédéral. Considéré comme un UDC modéré, Guy Parmelin s’est nettement déplacé vers la droite après son passage du Grand Conseil au Conseil national, rejoignant ainsi le centre du pouvoir de l’UDC suisse. En 2011, il a refusé de se porter candidat au gouvernement vaudois malgré les pressions de ses partenaires bourgeois: il attendait qu’un siège se libère au Conseil fédéral. On s’est moqué de lui pour cela. Quatre ans plus tard, il entrait au gouvernement national.
Guy Parmelin a repris d’Ueli Maurer le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), alors encore clairement considéré comme un département de second rang. Il y est resté plutôt discret. Après seulement trois ans, il a quitté le DDPS dès qu’une occasion s’est présentée et s’est assuré, début 2019, la tête du Département de l’économie.
Ce changement s’est fait aux dépens de Karin Keller-Sutter (PLR), nouvellement élue et ambitieuse, qui a dû se contenter du Département de justice et police. A partir de là, c'était clair: Guy Parmelin était bien soutenu au sein du Conseil fédéral et capable de réunir des majorités autour de ses dossiers.
La «force tranquille»
Ce qu’on peut toutefois lui reprocher: Guy Parmelin n'aura pas été un homme aux grandes visions politiques. Au Département de l’économie, il mise sur son instrument politique préféré pour les dossiers importants: la table ronde. Il réunit les principaux acteurs, cherche un terrain d’entente et se satisfait des modestes compromis qui en sortent. Il s’agit souvent de simples plans d’action sans véritable portée ou de déclarations d’intention qui sonnent bien.
Le conseiller aux Etats vaudois Pierre-Yves Maillard, plus haut représentant syndical de Suisse, apprécie la méthode Parmelin, notamment dans le dialogue entre les partenaires sociaux. Il nous déclarait l’an dernier:
Parmi ses qualités, le socialiste cite le fait que Guy Parmelin n’est «ni autoritaire ni vaniteux» et qu’il ne cherche pas à être sous les projecteurs.
La conseillère nationale vaudoise PLR Jacqueline de Quattro, qui connaît Guy Parmelin depuis des décennies, loue, elle aussi, son travail discret et ciblé: «Il connaît les dossiers et a le sens des majorités politiques». Elle le décrit comme une «force tranquille».
Le conseiller national écologiste et agriculteur bio Kilian Baumann, en revanche, a connu Guy Parmelin comme un conseiller fédéral qui, en matière de politique agricole, «présentait sans grande ambition ce que l’administration avait préparé». Selon lui, il a assisté sans agir à la disparition de nombreuses exploitations agricoles et s’est généralement conformé aux souhaits de l’agriculture conventionnelle.
Finir par la fin
En onze ans au Conseil fédéral, l’UDC, parti des paysans, ne lui a pourtant jamais reproché de ne pas assez en faire. Sur les thèmes centraux de l’UDC, l’immigration et l’Europe, son département préparait, en étroite coordination avec le parti, des co-rapports particulièrement tranchés. Mais alors qu’Ueli Maurer et Albert Rösti adoptaient parfois une posture d’opposition fondamentale au sein du gouvernement, Guy Parmelin était intéressé par les solutions constructives, comme l'a rapporté un département dirigé par le PS:
On ne lui connaît pas de conflits personnels majeurs avec les autres membres du gouvernement. Cela tient probablement en partie à ce que le conseiller national du Centre Markus Ritter appelle la «légèreté romande» de Parmelin. Le Vaudois possède un humour prononcé et sait l’utiliser pour détendre les situations tendues. Lors de l’éloge funèbre de son compagnon de route, l’ancien syndic de Lausanne Daniel Brélaz (Les Verts), décédé fin 2025, Guy Parmelin a même réussi à faire rire l’assemblée.
Le ministre de l'Economie sait également rire de lui-même. Fin 2024, le petit magazine satirique romand La Distinction lui a décerné un prix de rhétorique récompensant la déclaration publique la plus «amphigourique» de l’année. L’honneur lui est revenu pour sa phrase:
Le conseiller fédéral a insisté pour enregistrer un message vidéo de remerciement juste avant d’accueillir une délégation chinoise. Il s’est dit très heureux d’être admis au «Panthéon romand des fabricants de phrases creuses», avant de conclure avec une nouvelle formule:
Et puisqu’il faut bien terminer par une fin, Guy Parmelin quittera le Conseil fédéral le 31 décembre 2026, après onze ans au gouvernement. (adapt tma)
