L’attaque de Winterthour montre que la Suisse a des problèmes
En Europe, quand un musulman s'en prend à des inconnus en criant Allahou akbar, le même discours ressurgit. Pour nier l’évidence, on met en avant des troubles psychiques qui justifient une «folie meurtrière». L’auteur aurait dû être interné en psychiatrie. Le médecin qui, peu auparavant, n’avait constaté ni danger pour lui-même ni danger pour autrui et l’avait laissé repartir aurait commis une erreur monumentale. Cette explication est commode, mais elle ne suffit pas.
Le médecin de la Psychiatrie intégrée de Winterthour (IPW) a-t-il été informé par la police du passé islamiste et violent du terroriste lorsque Nesip D. a été admis pour un placement à des fins d’assistance? Les autorités refusent de répondre.
Tentative de meurtre, mais pas que
Nesip D. a-t-il agi lors d’un épisode psychotique lorsqu’il a poignardé trois personnes? Son état permet-il alors d'écarter la piste de l'attentat? Si oui, c’est le ministère public cantonal qui enquêterait aujourd’hui pour un homicide de droit commun, et non le Ministère public de la Confédération. Celui-ci a ouvert une procédure pénale contre Nesip D. pour «soupçons de multiples tentatives de meurtre ainsi que de participation ou de soutien à une organisation terroriste». Par ailleurs, de nombreux terroristes, quelle que soit leur idéologie, souffrent de troubles psychiques.
Lorsque l’auteur est rentré à Winterthour depuis la Turquie, ni la police ni le Service de renseignement ne sont intervenus. Comme aucune infraction ne lui était reprochée à ce moment-là, ce n’était pas d’abord à la police d’agir. Sans soupçon concret, la police ne peut pas enquêter de manière préventive, et on s'en réjouit. La prévention du terrorisme relève de la compétence du Service de renseignement de la Confédération (SRC). Mais où était celui-ci lorsque Nesip D. est rentré chez lui?
Là encore, les autorités ne fournissent aucune information. On ignore même à quel moment le binational suisse et turc est réellement réapparu en Suisse. Il n’a ressurgi sur les écrans radar de la police zurichoise que trois jours avant l’attentat. Mais était-il déjà là auparavant? Comme son père l’a déclaré dans un entretien au Blick, l’habitant de Winterthour serait rentré peu après les dernières vacances d’été. Il aurait donc dû attirer l’attention des autorités de sécurité depuis plusieurs mois déjà.
Le SRC absorbé par ses propres problèmes
Alors, que fait exactement le SRC? Comme depuis des années, il semble surtout occupé par ses propres affaires. Son directeur, Serge Bavaud, en fonction depuis six mois, est actuellement en train de réorganiser l’échelon dirigeant après le passage malheureux de son prédécesseur, Christian Dussey. Il avait envoyé ses collaborateurs suivre des ateliers de lutte contre le sexisme tout en démantelant le système suisse d’alerte précoce, le plongeant dans le chaos.
Sans les informations fournies par ses partenaires à l'étranger, le SRC ne peut pas remplir sa mission. Les années de réorganisations successives lui ont fait perdre de nombreux collaborateurs disposant d’un savoir-faire précieux et de contacts importants. De plus, il est probablement le plus strictement réglementé au monde.
Le sexisme dans les administrations est à déplorer. Mais la lutte contre ce fléau ne constitue pas la mission prioritaire du SRC. De même, promouvoir à des postes de direction des femmes disposant de peu, voire d’aucune expérience dans le renseignement afin de satisfaire des quotas ne fait pas partie de ses tâches. Le service devrait protéger la Suisse contre les menaces en s’appuyant sur les personnes les plus compétentes disponibles.
La police a également sa part de responsabilité. Elle devrait pouvoir mieux communiquer avec les autres autorités et disposer enfin des moyens nécessaires pour traquer sous couverture les djihadistes sur internet. Il faut en outre permettre le recours à l’intelligence artificielle (IA) sous certaines conditions, comme le prévoit la révision de la loi cantonale sur la police à Zurich. Les journalistes peuvent mener des enquêtes sous couverture ou utiliser l’IA dans leurs recherches, et l’on voit mal pourquoi la police ne pourrait pas faire de même.
(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)
