Pourquoi l'UDC ne met pas le paquet pour «200 francs, ça suffit»
Sur leurs affiches, les partisans de l’initiative de réduction de la redevance de radio-télévision ne s’en prennent pas à la SSR. On y voit plutôt des jeunes, majoritairement souriants. «Plus d’argent pour vivre!», proclame le slogan.
Au lancement de la campagne du oui, le conseiller national (UDC/ZH), Thomas Matter, a souligné que les citoyens étaient déjà mis à rude épreuve par la hausse des primes d’assurance-maladie et l’augmentation des loyers. La baisse de la redevance de la SSR, de 335 à 200 francs, représenterait dès lors un allègement bienvenu, et cela chaque année.
Une orientation à gauche dénoncée
Matter a encore mis en avant deux autres arguments: selon lui, la SSR dispose d’une marge de manœuvre pour se réorganiser. Depuis l’an 2000, le service public aurait créé 1236 postes supplémentaires à plein temps. Il est désormais temps, estime-t-il, que la SSR «se recentre sur son mandat de base».
Le conseiller national UDC a en outre dénoncé, lors d’une conférence de presse à Berne, une «orientation politique marquée à gauche». Selon lui, la couverture médiatique des chaînes de la SSR est souvent biaisée; le nombre de plaintes déposées par les téléspectatrices et téléspectateurs aurait, en conséquence, fortement augmenté.
Une double peine pour les patrons d'entreprises
Le rôle de l'Union suisse des arts et métiers (Usam) est central dans la campagne du oui. L’organisation plaide pour que toutes les entreprises en Suisse soient exemptées de la redevance audiovisuelle.
Le conseiller national Fabio Regazzi (LC/TI), président de l’association, a qualifié de «construction bancale» le fait que les ménages comme les entreprises doivent s’acquitter de cette redevance. Cette double charge doit être supprimée.
Regazzi a cité l’exemple d’entreprises comme les garages, qui réalisent certes des chiffres d’affaires élevés, mais doivent composer avec des marges très faibles. L’un d’eux, dans le canton de Zurich, a bouclé l’an dernier sur une perte. Il aurait dépensé davantage pour la redevance audiovisuelle que pour ses impôts, la contribution étant calculée en fonction du chiffre d’affaires. Une situation que Regazzi juge aberrante.
Lors de la conférence de presse à Berne, il y avait plus de représentants du Parti libéral-radical que de l’UDC sur le podium. Le président et la vice-présidente des Jeunes libéraux-radicaux ont expliqué que les jeunes utilisaient peu l’offre de la SSR. Pourtant, ils doivent s’acquitter d’une redevance élevée.
Une campagne timide, car les priorités sont ailleurs
Quel budget le comité du oui est-il donc prêt à déployer pour sa campagne? Thomas Matter indique qu’environ un million de francs y sera consacré, ce qui n'est pas énorme. Les campagnes sur la suppression de la valeur locative et sur l’extension des routes nationales ont, elles, brassé des montants bien plus élevés.
Cette retenue financière correspond à l’image que renvoie le comité du oui: il avance le frein à main serré. Un conseiller national UDC explique que le parti a, cette année, des dossiers jugés plus prioritaires, comme la votation estivale sur la Suisse à dix millions d’habitants.
Une personne impliquée dans le comité du oui confie qu’il y a des politiciens favorables à l’initiative, mais qui craignent d’être mis à l’écart par les chaînes de la SSR s’ils s’engagent trop visiblement et qu’un oui l’emporte le 8 mars. Résultat: ils ne se battent pas avec toute l’ardeur possible.
Un fort soutien qui a surpris
Les scores élevés enregistrés par l’initiative dans les premiers sondages ont davantage surpris que réjoui certains élus UDC. Ils se disaient même prêts à retirer l’initiative des 200 francs si le Parlement fédéral acceptait d’exempter toutes les entreprises de la redevance audiovisuelle. Mais ce dernier n’a pas voulu aller dans ce sens.
L’UDC mène ainsi une campagne de votation contre son propre conseiller fédéral, Albert Rösti, qui a entre-temps pris position en faveur de la SSR. Une configuration que plusieurs élus jugent peu attrayante. Dans ce contexte, l’UDC a moins à gagner politiquement que face à un conseiller fédéral d’un autre parti.
Albert Rösti devait quant à lui expliquer jeudi devant les médias pourquoi il rejette l’initiative des 200 francs. Mais, toujours malade, il a décidé de reporter le rendez-vous.
