Blocher voulait tuer cette initiative UDC «pro-Poutine»
L’initiative sur la neutralité, sur laquelle la population suisse votera cet automne, est un projet phare du doyen de l’UDC Christoph Blocher. Son rejet par le Parlement est cependant acté depuis longtemps. Après de longs allers-retours, le Conseil national et le Conseil des Etats se sont mis d’accord pour renoncer également à un contre-projet.
Christoph Blocher voulait empêcher cette décision à la dernière minute, comme le montrent des recherches de TeleZüri et watson. En coulisses, il a proposé à plusieurs parlementaires influents de retirer l’initiative si le Parlement acceptait un contre-projet. Interrogé, le tribun zurichoix confirme:
Cela laisse entendre que Christoph Blocher pense perdre la votation populaire sur son initiative. Il pourrait bien avoir raison.
Une initiative liée à la Russie
Retour en arrière: Christoph Blocher a lancé l’initiative sur la neutralité en réaction à l'attitude de la Suisse dans le cadre de la guerre en Ukraine. Aux yeux du Zurichois de 85 ans, la réaction n’était pas neutre, car la Suisse officielle a explicitement témoigné sa solidarité avec l’Ukraine et sanctionné la Russie.
De fait, aux yeux de l’agresseur, la Suisse a perdu sa neutralité en devenant un Etat «inamical». Elle n’a donc pas pu jouer un rôle de médiation entre les deux parties. Et l’UDC a averti que la Suisse serait entraînée dans des conflits internationaux si elle n’était plus perçue comme neutre.
C’est ainsi qu'avec l’association «Pro Schweiz», Christoph Blocher a lancé une initiative qui vise à préciser la neutralité dans la Constitution. Premier alinéa:
En outre, la Suisse ne devrait rejoindre aucune alliance militaire et ne devrait plus pouvoir appliquer de sanctions allant au-delà des sanctions obligatoires de l’ONU. Des mesures de contrainte contre la Russie deviendraient ainsi impossibles, en raison de son droit de veto à l’ONU.
Le peuple ne veut pas interdire les sanctions
Ses opposants ont rapidement parlé d’une «initiative pro-Poutine». Or, aider indirectement le président russe passerait mal au sein de la population, comme le suggère un sondage Sotomo. Selon celui-ci, la neutralité bénéficie certes d’un large soutien, mais la possibilité de sanctionner des agresseurs aussi.
C’est dans cet esprit qu’un contre-projet a été élaboré au Parlement. Différence essentielle avec l’initiative: les sanctions devraient rester possibles sans restriction. Seule la définition de la neutralité doit entrer dans la Constitution, comme Christoph Blocher le proposait.
Blocher visait une victoire partielle
Christoph Blocher aurait ainsi partiellement gagné. Pour s'éviter une défaite, l'ancien conseiller fédéral était même prêt à une concession majeure: renoncer à l’interdiction des sanctions.
Au final, le peuple décidera de l'avenir de la neutralité dans les urnes cet automne. Ce sera tout ou rien. Christopher Blocher, lui, se prépare à la campagne et l'affirme:
(trad. btr)
