Ce détail intrigue après l'annulation du sommet au Bürgenstock
Vendredi, à l’aube, coup de fil au Bürgenstock Resort Lake Lucerne. Objectif: tenter de réserver une chambre pour ce week-end, étant donné que «les discussions prévues entre les Etats-Unis, l’Iran, le Qatar et le Pakistan ont été reportées», comme le confirmait ce même matin le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).
Bien sûr, nous n’avons pas les moyens de dormir dans une suite à 1000 balles la nuit, perchés sur une crête à 500 mètres au-dessus du lac des Quatre-Cantons. Mais puisque le sommet a été annulé, le palace a peut-être été autorisé à rallumer sa routine. Un réceptionniste nous annonce alors que «l’établissement restera fermé au moins jusqu’à dimanche».
Raison invoquée?
Nous le savions déjà, malgré l’absence, à Nidwald, du vice-président américain JD Vance et du président du parlement iranien Mohammad Ghalibaf, la Suisse «reste pleinement engagée dans ses efforts pour favoriser le dialogue» et «poursuit les préparatifs». Mais cette dernière petite phrase nous a un brin titillés au réveil. Quels préparatifs exactement? Et surtout... où?
Quelques minutes plus tard, la communication du palace nous confirme, par email cette fois, que «selon la situation actuelle (vendredi 19 juin, 12h00), le Bürgenstock Resort Lake Lucerne reste fermé au public dans le cadre du Lake Lucerne Summit jusqu’à dimanche inclus». Surtout, on comprend que si JD Vance et Mohammad Ghalibaf ont annulé leur venue en Suisse ce vendredi, d’autres semblent toujours sur place:
Bien sûr, notre pays ne décide de rien. Le voilà tributaire de l’agenda et des passes d’armes diplomatiques des grandes puissances concernées, particulièrement turbulentes ces dernières heures. On rappelle, d’ailleurs, que ce sont les médiateurs pakistanais et qatariens qui ont proposé ce nid de luxe pour le sommet, laissant la Genève internationale la queue entre les jambes.
Déjà privée de la signature officielle au profit du château de Versailles et de l’entourloupe de Trump et Macron, la Suisse est désormais contrainte de ronger son frein le temps que les «contraintes logistiques complexes et non finalisées» (dixit Washington) se décantent.
Une situation extrêmement fragile, plus vraisemblablement due à la poursuite des lourds combats la nuit dernière au Liban, qui fige également le daily business du palace qatarien du Bürgenstock, où «les préparatifs en vue des événements et négociations se poursuivent».
Mais qui est sur place actuellement? De quels «préparatifs» parle-t-on? Pourquoi le complexe hôtelier est-il toujours réquisitionné malgré l’annulation de ce vendredi? Une rencontre y est-elle attendue/envisagée/espérée ce week-end encore?
A ce sujet, pas un mot de la part du Bürgenstock Resort Lake Lucerne, qui nous renvoie logiquement au DFAE. On dégaine alors notre boîte mail pour lui adresser toutes ces questions. Un porte-parole nous appelle dans la foulée, manifestement surpris par nos demandes précises au sujet de la logistique au sein du complexe hôtelier de luxe. Malgré quelques minutes d’échanges téléphoniques, nous n’obtiendrons aucune information claire, mais le département «tentera de nous répondre par email».
Sans que nous puissions savoir précisément ce qui se tramera entre les murs feutrés du palace jusqu’à dimanche soir, ce week-end sera pourtant toujours sous le signe de négociations fantômes au Bürgenstock. Les touristes, eux, sont priés d’aller voir ailleurs. Ce qu’ils ont d’ailleurs fait plus tôt cette semaine, lorsque le lieu du sommet a été choisi. Car il a évidemment fallu vider l’hôtel de sa prestigieuse clientèle, et qu’importe si, dans le lot, des couples avaient planifié de longue date une lune de miel ou un anniversaire de mariage.
Un branle-bas de combat qui n’a pas été facile à manœuvrer: «Il s’agit d’une mission opérationnelle liée à des questions sécuritaires et diplomatiques sensibles, dans le cadre d’un événement d’une grande portée internationale. Nous avons donc pris très au sérieux cette responsabilité envers nos clients», nous explique, de façon très corporate, Lauriane Zosso, porte-parole du palace.
Si les clients du palace ont été remboursés et certains ont pu trouver un point de chute dans la région, le directeur de l’établissement a confié au Luzerner Zeitung que de «nombreux clients ne comprenaient pas les raisons de leur relogement». C’est toute une région qui, même si elle a l’habitude de servir de terre diplomatique, a dû se dépatouiller en quelques heures, avec les moyens du bord. Le Schweizerhof de Lucerne a, par exemple, dégainé une douzaine de chambres pour être en mesure d’accueillir les clients du Bürgenstock.
De quelle manière l’établissement sera-t-il dédommagé et par qui? Le Qatar? Si l’établissement botte en touche, le DFAE nous informe que «les coûts engagés ainsi que les mesures organisationnelles prises par le complexe hôtelier du Bürgenstock en vue d’accueillir cette rencontre relèvent de la responsabilité de son propriétaire».
Ce sera d’ailleurs la seule réponse à nos questions que nous obtiendrons de Berne, car «aucune autre information ne peut être communiquée pour l'instant».
Le palace rouvrira-t-il lundi? Sur le site internet du complexe hôtelier, les réservations semblent néanmoins de nouveau possibles dès la nuit de mardi à mercredi prochain. Ce qui laisse théoriquement trois jours à la Suisse pour redevenir le centre de la diplomatie mondiale.
