On a suivi Manfred Bühler le jour où l’UDC a bu la tasse
La journée avait pourtant bien commencé pour Manfred Bühler. Ce dimanche matin, le conseiller national UDC du Jura bernois avait enfourché son vélo pour partir en balade, à l'instar des nombreux sportifs à deux-roues que j'ai doublé sur les ravissantes routes de forêt de la campagne du coin. Je le retrouve devant l'école de Cortébert.
C'est dans ce village de 700 habitants que le citoyen Bühler va voter. Une petite commune bien loin des plateaux genevois de la RTS, que notre homme fréquente souvent, comme habitué de l'émission Infrarouge. Le débat, il en a l'habitude et c'est quelque chose qu'il apprécie dans notre pays, me dit-il frais et douché à la terrasse du Café de l'Ours.
Nous évoquons la campagne de votation. Que pense-t-il de celle des opposants, surnommée «l'initiative du chaos» et menée en commune entre libéraux-radicaux et socialiste? «Cette alliance objective n'est pas très saine», lâche-t-il.
«On a refusé de remettre en cause certains totems, comme la libre-circulation, qui sert les intérêts de certaines grandes entreprises comme des syndicats», déroule-t-il, et de préciser: «Comme ça, ils peuvent justifier leur financement pour régler des problèmes qu'ils créent eux-mêmes.»
Au vote
Mais il est passé onze heures et le bureau de vote a ouvert. Comme dans de nombreux villages suisses, c'est l'école qui en fait office. Manfred Bühler y serre des mains avant de glisser son bulletin dans l'urne.
Une des employées porte par ailleurs un t-shirt de la Grève féministe. Elle n'aura, selon toute vraisemblance, pas voté exactement comme le politicien UDC. N'y a-t-il pas parfois quelques tensions dans l'air avec les opposants politiques? «Je ne crois pas», me dit-il. «J'ai mon point de vue, que l'on aime ou pas, mais pour lequel je suis élu.»
Manfred Bühler entre, ensuite, dans sa voiture — un ronronnant et puissant véhicule de couleur vive. «Je vais encore me faire critiquer pour mon bilan carbone», rigole le politicien. Et moi, qui roule en Ford Ka, lui demande de ne pas trop mettre les gaz en entrant sur l'autoroute.
Au même endroit qu'en 2014
Je suis donc le politicien sur les routes bernoises, jusqu'à la bourgade d'Aarberg. C'est là, en 2014, que l'UDC a fêté sa victoire après le passage de l'initiative «Contre l'immigration de masse». Elle a loué la même salle en toute connaissance de cause, espérant refaire le même résultat.
En montant les marches, Manfred Bühler est encore optimiste. Il y rencontre nombre de ses collègues du Parlement. Le président du parti, Marcel Dettling, et le chef du groupe UDC aux chambres, Thomas Aeschi, sont déjà là.
Mais à 12h30, une première tendance tombe, et elle déjà en faveur du «non». L'espoir est encore permis dans la salle, mais sans «oui» clair, c'est tout de même la douche froide.
L'initiative prend l'eau
Face à moi, Manfred Bühler est visiblement déçu, même s'il faut bien évidemment garder la tête haute face à toutes ces caméras. «Il y a une surmobilisation des opposants dans les milieux urbains. Ce qui est surprenant, comme à Genève, qui souffre d'une augmentation de population non maîtrisée avec un marché locatif très tendu», analyse-t-il.
L'heure avance et les résultats se creusent. Vers 14h, il semble évident que l'initiative prend l'eau. Manfred Bühler part manger une part de pizza et moi, je pose quelques questions au président de l'UDC.
Des souffrances «pas encore assez grandes»
L'Union démocratique du centre ne convaincra pas le peuple suisse, cette fois-ci. Je retrouve Manfred Bühler, qui scrolle sur ton téléphone. Lot de consolation pour le conseiller national: sa commune de Cortébert a voté «oui», ainsi que plusieurs communes voisines du Jura bernois. Le district, lui, votera «non» à 51,9%.
Pour autant, il estime que «le résultat d'aujourd'hui ne fera pas disparaître les problèmes que nous pointons du doigt».
Il dénonce, pour le coup, «des solutions autoritaires de gauche pour contrôler le marché du logement ou empêcher les automobilistes d'utiliser leur voiture».
Un jour on gagne, un jour on perd. «Parfois, la minorité romande gagne, comme aujourd'hui, parfois elle se soumet, comme en 1992 avec le vote sur l'Espace économique européen (EEE) — et elle ne reviendrait aujourd'hui pas en arrière sur cette question», estime-t-il.
L'UE dans la ligne de mire
Le politicien voit déjà les futurs combats à venir pour lui, notamment sur la question des Bilatérales III. «Il y a des dispositions qui vont aggraver cette situation dans le paquet que nous préparons avec l'Union européenne.»
Le futur, c'est en effet tout ce qu'il reste, car pour ce qui est de la votation de ce dimanche, les jeux sont faits. Il est 15h et Manfred Bühler quitte les lieux. Peut-être pour aller un deuxième tour en vélo? «On verra», dit-il, avant de passer la porte.
