La situation sécuritaire mondiale inquiète davantage les Suisses
Selon l'étude Sécurité 2026, 86% des sondés se montrent «plutôt» ou «très» pessimistes cette année face à la situation politique mondiale, contre 81% en 2025. L'avenir de la Suisse préoccupe, lui, environ un tiers du panel.
De manière générale, le sentiment de sécurité a baissé de 86% à 82% en un an. Ce taux se situe au plus bas niveau de ces vingt dernières années.
Toutefois, la population suisse se sent encore en sécurité, a nuancé mardi Tibor Szvircsev Tresch, professeur de sociologie militaire. Il a conduit l'enquête et a présenté ses résultats mardi devant les médias à Berne. Une majorité continue à être optimiste et la confiance dans les institutions reste stable.
L'image de l'armée est bonne, selon l'étude: près des trois quarts des personnes estiment que l'armée est un facteur de cohésion. Et 83% (+3 points de pourcentage en un an) des personnes considèrent l'armée «absolument» ou «plutôt nécessaire».
A l'inverse, 25% souhaitent abolir le service militaire obligatoire, contre 29% en 2025. Depuis la fin de la Guerre froide, ce taux n'a jamais été aussi bas, souligne le rapport.
Les dépenses militaires divisent
Dans le même temps, la part des personnes jugeant trop faibles les dépenses consacrées à la défense n'a jamais été aussi élevée (29%, +5 points) depuis 1986. Stefano de Rosa, un des auteurs du rapport, a noté une polarisation plus forte à ce sujet. Cela se ressent dans les débats au Parlement sur le financement de l'armée, a-t-il commenté.
A chaque fois, un tiers des personnes interrogées considère que ces dépenses sont trop élevées, trop faibles ou suffisantes. De Rosa a précisé qu'il n'a pas été demandé aux sondés comment financer les dépenses supplémentaires.
Davantage de coopération internationale
L'étude conclut aussi à la volonté d'une coopération renforcée en matière de politique de sécurité. Un peu plus de la moitié (56%, +3 points) est favorable à un rapprochement avec l'Otan.
Et 43% des personnes (+7 points) trouvent qu'une participation à une alliance européenne de défense serait gage de plus de sécurité qu'un maintien de la neutralité. Cette proportion n'a jamais été aussi élevée, note l'étude. De plus, la neutralité suisse ne peut plus être défendue militairement de manière crédible, d'après 59% des sondés (+6 points).
Cette tendance est observée en période de conflit, a-t-il continué, faisant référence à la guerre en Ukraine.
«Contradiction»
L'étude relève encore que 78% des répondants approuvent une aide non militaire aux pays voisins en cas d'attaque. Et 55% valident une livraison d'armes aux voisins directs en cas de guerre. Enfin, 31% sont favorables à l'envoi de troupes suisses pour défendre un pays voisin.
Davantage de personnes souhaitent renforcer l'armée et se rapprocher de l'Otan, mais elles ne veulent pas forcément dépenser plus d'argent à cet effet, a conclu le sociologue, parlant de «contradiction». Si on veut plus de sécurité, il faut payer, et la société n'a pas encore conscience de cela, selon lui.
L'étude a été réalisée par l'Académie militaire et le Center for Security Studies, sur mandat du département fédéral de la Défense (DDPS). Tous deux sont rattachés à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ).
Entre le 6 et le 30 janvier, 2089 personnes ont été interrogées (958 par téléphone et 1131 via une enquête en ligne). L'échantillon est représentatif de l'électorat suisse de langue allemande, française et italienne. La fourchette d'erreur peut aller jusqu'à +/- 2,1%. (ats/vz)
