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Les demandes d'augmentation du budget de l'armée ou de livraison de matériel de guerre à l'Ukraine sont en hausse depuis le début de la guerre.
Les demandes d'augmentation du budget de l'armée ou de livraison de matériel de guerre à l'Ukraine sont en hausse depuis le début de la guerre.photo: KEYSTONE

Energie et livraison d'armes: comment les partis suisses s'emparent de la guerre

La guerre en Ukraine influence la politique suisse. Mais la frontière entre les partis est étroite. S'agit-il de se positionner clairement ou simplement de se démarquer des autres?
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14.05.2022, 08:02
Ann-Kathrin Amstutz / ch media

Lundi, le Conseil national a décidé d'augmenter le budget de l'armée de deux milliards de francs jusqu'en 2030. Cette décision est une conséquence directe de la guerre en Ukraine. C'est le changement le plus concret à ce jour dans la politique suisse, provoqué par l'attaque russe.

La guerre en Ukraine préoccupe de nombreux groupes d'intérêt et partis. Greenpeace, par exemple, a lancé, lundi, la campagne «Solar for Peace» pour plus d'énergie solaire. Et l'Union suisse des paysans trouve les mesures de réduction de l'utilisation des pesticides irresponsables au vu de la guerre en Ukraine. En bref: la guerre est partout dans la politique suisse. Qu'en font les partis?

UDC: derniers avocats de la neutralité ou sympathisants de Poutine?

Christoph Blocher, doyen de l'UDC, n'en démord pas.
Christoph Blocher, doyen de l'UDC, n'en démord pas.photo: keystone

Ce que demande l'UDC:

  • Réduire les taxes sur les carburants pour soulager le porte-monnaie des «personnes qui travaillent dur en Suisse» : c'est ce que demandait déjà l'UDC quelques jours après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, lorsque les prix du pétrole, du diesel et de l'essence ont augmenté de manière vertigineuse. Depuis, l'UDC exploite le sujet en déposant plusieurs motions au Conseil national et au Conseil des Etats.
  • En outre, l'UDC est le seul grand parti à ne pas soutenir les sanctions contre la Russie. Celles-ci porteraient atteinte à la neutralité de la Suisse, selon le ténor du parti populiste: l'ancien conseiller fédéral et doyen de l'UDC, Christoph Blocher. Ce dernier, veut lancer une initiative populaire sur la neutralité qui exclurait de manière générale les sanctions comme étant incompatibles avec celle-ci. L'UDC s'engage également pour une augmentation du budget de l'armée.

Ce que le parti veut obtenir:

  • En demandant une baisse des taxes sur les carburants, l'UDC s'adresse explicitement à la classe moyenne et aux artisans, dont le parti se veut le défenseur. Dans le débat sur la neutralité, l'UDC s'adresse d'une part aux partisans d'une image idéalisée de la Confédération, d'autre part, à ceux qui soit sympathisent avec Poutine, soit comprennent ses motivations. Selon un sondage réalisé par Tamedia en mars, il s'agit de la moitié des partisans de l'UDC.

Les obstacles:

  • L'UDC est assez isolée dans sa conception de la neutralité. La position des autres grands partis est claire: les sanctions contre l'agresseur russe ne violent pas la neutralité. Des personnalités de l'UDC comme Magdalena Martullo-Blocher, Andreas Glarner et Roger Köppel ont été critiquées pour avoir repris la propagande russe. Est-ce encore neutre ? On peut pour le moins en douter fortement.

PS: lutter contre leurs ennemis préférés, les banques et les oligarques

Ce que demande le Parti socialiste:

  • Depuis le début de la guerre, le PS exige que l'on coupe les vivres aux oligarques russes. Les socialistes veulent désormais aller encore plus loin: la Suisse doit confisquer les fonds russes sur les comptes bancaires suisses et les reverser à l'Ukraine.
  • Le PS dénonce «l'inaction et l'irresponsabilité» des autorités suisses qui, aux yeux des socialistes, appliquent les sanctions de manière trop laxiste. Le parti s'est également engagé pour des sanctions dans le domaine du commerce des matières premières et veut réduire la dépendance aux énergies fossiles. En outre, le parti appelle à la solidarité avec les réfugiés et organise des manifestations pour la paix.

Ce que le parti veut obtenir:

  • Les oligarques et les banques sont les ennemis préférés du PS, qui les prend désormais pour cible au nom de la justice sociale. Dès le début, le parti a tenté (en partie avec succès) de s'approprier la grande solidarité de la population suisse avec les réfugiés. Ainsi, il était possible de commander gratuitement auprès du PS des drapeaux aux couleurs de l'arc-en-ciel pour la paix, ce qui permettait au parti d'obtenir en retour de nombreuses adresses de sympathisants potentiels. Le PS a fêté un premier succès auprès de la commission de l'environnement du Conseil national: l'Etat doit verser 10 000 francs à chaque ménage qui remplace son chauffage fossile par une alternative écologique.

Les obstacles:

  • Le PS doit se méfier des tactiques, comme l'action des drapeaux pour obtenir des adresses: utiliser la guerre de manière trop évidente pour sa propre campagne électorale nuit à sa crédibilité.
  • Sur les questions de réarmement et de livraison d'armes, le PS peine à adopter une position claire : on se dit prêt à discuter, mais on reste passif. La demande de confiscation des fonds russes est également délicate et difficilement compatible avec les principes de l'Etat de droit – même les Verts ont réagi de façon sceptique à cette proposition.

PLR: traiter des sujets comme le débat sur l'Otan et le budget de l'armée

Ce que demande le PLR:

  • Le président du PLR Thierry Burkart souhaite une «collaboration beaucoup plus étroite» avec l'Otan. Le parti rejette une adhésion à l'Alliance, mais saluerait la participation à plusieurs de ses programmes. La Suisse ne pourrait pas se protéger seule contre toutes les menaces: il faudrait davantage de coopération internationale, selon son argumentation. En outre, le PLR demande une augmentation du budget de l'armée suisse, au même titre que les autres partis bourgeois.
Un coup de fil avec Hong Kong? Un rendez-vous d'affaires à Los Angeles? Le chef du PLR Thierry Burkart.
Un coup de fil avec Hong Kong? Un rendez-vous d'affaires à Los Angeles? Le chef du PLR Thierry Burkart.photo: keystone

Ce que le parti veut obtenir:

  • Si un rapprochement avec l'Otan était encore très controversé il y a quelques années, il semble désormais être une conséquence logique du déclenchement de la guerre. D'autres pays neutres comme la Finlande et la Suède, qui se sentent menacés par la Russie en raison de leur situation géographique, aspirent même à une adhésion.
  • Avec le politicien de la sécurité Thierry Burkart à sa tête, le PLR veut se démarquer sur les questions de sécurité. Un débat sur les relations de la Suisse avec l'Otan arrive au moment idéal. La demande d'une augmentation du budget de l'armée, qui fait partie du programme standard de la droite bourgeoise, a également beaucoup plus de chances d'aboutir qu'avant le début de la guerre: lundi, le Conseil national s'est également prononcé en ce sens. Le PLR sait utiliser ce courant à son avantage.

Les obstacles du parti:

  • Les plans de Burkhart conduiraient à une adhésion progressive à l'Otan, a critiqué le président du Parti socialiste Cédric Wermuth. A quoi ressemblerait une collaboration plus étroite avec l'Alliance sans adhésion? Jusqu'à quel point est-ce compatible avec la neutralité? Burkart reste vague à propos de ces questions et se contente d'invoquer une «conception flexible de la neutralité».

Le Centre: Enfin de bonnes perspectives pour les avions de combat de Viola Amherd

Ce que demande Le Centre:

  • A l'instar du PLR, le centre demande une augmentation du budget de l'armée et – bien entendu – l'acquisition la plus rapide possible de nouveaux avions de combat. Encore récemment, il s'agissait d'une épine dans le pied de la conseillère fédérale du Centre Viola Amherd, mais la guerre en Ukraine joue désormais en faveur des partisans des avions de combat.
  • Le président du parti, Gerhard Pfister, a fait sensation lorsqu'il a proposé que le Conseil fédéral autorise la livraison de munitions suisses à l'Ukraine via l'Allemagne. Ne pas le faire serait de la «non-assistance à personne en danger» de la part du Conseil fédéral, a tweeté Pfister. Il a ainsi alimenté le débat sur les livraisons de matériel de guerre et leur compatibilité avec la loi suisse et la neutralité.
Et maintenant, un F-35 Lightning II de l'U.S. Air Force.
Et maintenant, un F-35 Lightning II de l'U.S. Air Force.photo: keystone

Ce que le parti veut obtenir:

  • Ce serait un avantage pour Le Centre et pour Amherd que les avions de combat soient soumis au Parlement dès cet été, comme le souhaite la Commission de la politique de sécurité du Conseil des Etats. De même, le président Pfister semble flairer une opportunité de positionner Le Centre en tant que force pragmatique en ce qui concerne un nouveau concept flexible de neutralité – en collaboration avec le PLR. Pfister exige une neutralité basée sur des valeurs. Il ne se lasse pas non plus de reprocher au Conseil fédéral son manque de leadership dans cette crise.

Les obstacles du parti:

  • Le Centre ne doit pas se montrer trop arrogant face à ces signes favorables: La conseillère fédérale Amherd a été sévèrement critiquée lorsqu'elle a demandé le retrait de l'initiative populaire contre l'achat d'avions de combat. Certains y ont vu une atteinte au processus de démocratie directe.
  • Le président du centre Pfister doit accepter le reproche d'avoir retourné sa veste. Ce n'est qu'en automne dernier que la loi sur le matériel de guerre a été renforcée: les exportations d'armes vers des pays impliqués dans des guerres sont interdites sans exception. Lors de cette décision du parlement, Le Centre a fait pencher la balance. Le fait que tout soit soudainement différent suscite également des controverses au sein du parti.

Les Verts: en temps de guerre, quel est le rôle du parti de la paix?

Ce que demandent les Verts:

  • «Les énergies renouvelables sont des énergies de paix et de liberté», tel est le slogan actuel des Verts. Les carburants fossiles ne seraient pas seulement nocifs pour le climat, mais rendraient également la Suisse dépendante d'Etats autoritaires comme la Russie. C'est pourquoi les Verts réclament «plus que jamais» une transition énergétique verte et le développement des énergies renouvelables. En collaboration avec le PS, les Verts lancent une initiative pour un fond climatique qui demande plus d'argent pour la protection du climat et de la biodiversité.

Ce que le parti veut obtenir:

  • La guerre rend présentables des revendications diamétralement opposées aux intérêts des Verts, comme le réarmement ou les subventions aux carburants. Les Verts doivent veiller à ne pas être mis à l'écart des thèmes liés à la guerre. Ils travaillent d'autant plus inlassablement sur leurs thématiques principales, à savoir la protection du climat et la transition énergétique.

Les obstacles du parti:

  • Le réarmement est en vogue, on discute jusque dans les milieux de gauche de la livraison d'armes à l'Ukraine: les temps sont durs pour les Verts, qui se considèrent eux-mêmes comme un parti de la paix. Leur avertissement selon lequel le réarmement ne crée qu'une fausse sécurité pour la petite Suisse n'est pas entendu. Il semblerait que les Verts fassent de la politique en passant à côté des principales préoccupations de la population.

Vert'libéraux : revendication radicale sur les livraisons de matériel de guerre

Ce que demandent les Vert'libéraux:

  • Le jour où la guerre a éclaté, les Vert'libéraux ont déjà exigé que la Suisse reprenne les sanctions de l'UE. En temps de guerre, il serait encore plus important que la Suisse se rapproche de l'Europe.
  • Le PVL s'est ensuite positionné sur la question des exportations d'armes: Beat Flach, spécialiste de la politique de sécurité, a demandé que celles-ci soient autorisées lorsqu'une démocratie doit se défendre sur son propre territoire. Les biens d'armement ne devraient être livrés qu'à des démocraties «qui respectent les droits de l'Homme», et non à des pays comme l'Arabie saoudite. Le PVL a rejeté l'augmentation du budget de l'armée. Il estime que le lien entre les dépenses militaires et le produit intérieur brut n'a pas de sens.

Ce que le parti veut obtenir:

  • Entre le centre et le PLR, il n'est pas facile pour le petit parti libéral-radical d'être perçu comme une voix indépendante. C'est pourquoi les Verts libéraux misent parfois sur des revendications plutôt exotiques, comme celles de Flach, qui suscitent en revanche beaucoup de réactions. En outre, le parti met particulièrement en avant sa position pro-européenne, qui le distingue des autres partis.

Les obstacles du Parti:

  • Selon un politologue, la proposition de Flach n'est pas seulement en contradiction avec la neutralité, mais semble également «très peu élaborée». Il est également frappant de constater qu'après le premier communiqué sur le déclenchement de la guerre, le PVL Suisse n'a pas publié un seul autre communiqué à ce sujet. Le président Jürg Grossen reste invisible. Il semble que le parti ait du mal à trouver la bonne stratégie de communication.

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La démission du haut diplomate russe Boris Bondarev a fait l'effet d'un coup de tonnerre et a provoqué un séisme dans la Genève internationale. Motif de cette agitation? La longue lettre de démission du principal intéressé. Elle prend la forme d'un règlement de comptes avec le Kremlin et critique vertement la guerre russe en Ukraine. On y lit par exemple:

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