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Primes maladie: pourquoi elle est plus chère à Genève qu'Appenzell

Pourquoi en Appenzell on paie 50% de primes de moins qu'à Genève

Une nouvelle étude de la CSS apporte des explications aux fortes disparités des coûts de la santé entre les régions.
18.02.2026, 05:3518.02.2026, 08:35
Pascal Michel / ch media

Le lieu de résidence détermine largement le montant de la prime d’assurance maladie. Ainsi, les Genevoises et les Genevois (actuellement 489 francs de primes par mois) paient en moyenne, dans l’assurance de base, presque deux fois plus que les habitants d’Appenzell Rhodes-Intérieures (270 francs).

Cela reflète les coûts de la santé dans les régions, qui varient fortement en fonction du recours aux prestations. Le classement des cantons les moins chers et les plus onéreux fluctue certes légèrement chaque année. Sur le long terme, il demeure toutefois relativement stable.

Les Appenzellois génèrent régulièrement les coûts de santé moyens les plus bas de Suisse.
Les Appenzellois génèrent régulièrement les coûts de santé moyens les plus bas de Suisse.keystone

Ces différences considérables appellent des explications. Une thèse avance que les Appenzellois, réputés endurcis, consultent peu les médecins. Et lorsqu’ils le font, ils s’adressent volontiers à un guérisseur. A l’inverse, les Genevois, supposément plus sensibles, auraient tendance à recourir plus rapidement à des offres médicales coûteuses.

Mais de telles analyses schématiques suffisent-elles réellement à expliquer l’ampleur des écarts de coûts entre les régions? C’est la question qu’ont examinée les chercheurs Caroline Chuard-Keller et Philip Hochuli, de l’Institut CSS – un institut de recherche indépendant rattaché à l’assureur lucernois du même nom. Dans une nouvelle étude, ils ont analysé les données d’environ un demi-million d’assurés. Le jeu de données couvre les années 2010 à 2022.

Les déménagements comme source d’enseignements

L’originalité de l’enquête réside dans le fait que les chercheurs se sont concentrés sur les assurés de la CSS qui ont changé de lieu de résidence. Autrement dit, des personnes ayant déménagé d’une région chère vers une région moins coûteuse, et inversement. Caroline Chuard-Keller et Philip Hochuli ont ainsi cherché à observer comment ces personnes s’adaptent, et à trancher une question débattue depuis longtemps: l’offre de soins fait-elle grimper les coûts de la santé au niveau régional? Ou est-ce la demande des assurés qui diffère, par exemple entre Genève et Appenzell Rhodes-Intérieures?

Le versant de l’offre englobe tous les éléments que l’assuré ne peut pas influencer. Il s’agit notamment du nombre de médecins de famille, d’hôpitaux ou de pharmacies dans une région. Le style de traitement des médecins joue également un rôle. Certains prescrivent rapidement des médicaments, voire ordonnent des opérations. D’autres se montrent plus réservés.

Le versant de la demande renvoie aux préférences personnelles et aux comportements des assurés. Outre le niveau d’éducation ou la situation financière, il est question, par exemple, de la propension à prendre des risques. Celle-ci se manifeste par la rapidité avec laquelle une personne consulte un médecin et réclame un traitement. D’autres préfèrent attendre.

L’analyse de l’Institut CSS montre désormais que 60% des différences observées s’expliquent par la demande. Autrement dit, les primes sont plus élevées dans le canton de Genève parce que les assurés y consultent effectivement plus souvent un médecin ou demandent plus rapidement un médicament. Le reste de l’écart, soit encore 40%, relève de l’offre. Dans les régions plus coûteuses, on compte par exemple davantage de médecins, dont les prestations sont ensuite utilisées.

Les payeurs de primes peuvent influencer les coûts

Si l’étude montre que les deux mécanismes – l’offre comme la demande – peuvent constituer des moteurs importants des coûts, un examen détaillé révèle des différences notables. Pour les dépenses liées aux médicaments, l’offre joue un rôle marginal. «Cela n’a rien d’étonnant» pour Caroline Chuard-Keller. Elle explique:

«Si, par exemple, une diabétique déménage de Genève à Appenzell, elle aura toujours besoin de ses médicaments. Le nombre de pharmacies ou de médecins dans la région importe donc peu.»

Il en va de même pour les traitements de physiothérapie ou les consultations chez la gynécologue.

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Plus il y a de salles d'opération, plus il y a d'opérations.Image: keystone

La situation est différente pour les analyses de laboratoire ou les consultations chez le médecin de famille. Dans ces cas, le versant de l’offre est plus déterminant. Il pèse particulièrement lourd dans le domaine des interventions chirurgicales. Deux tiers des différences de coûts dans ce secteur s’expliquent par l’offre, c’est-à-dire par le nombre d’hôpitaux, l’attitude des médecins et leurs intérêts financiers.

«Le spécialiste peut influencer le fait qu’une intervention soit jugée nécessaire»
Caroline Chuard-Keller

L’étude montre ainsi que, dans les cantons où les coûts de la santé sont élevés, les interventions sont plus fréquemment prescrites.

La chercheuse souligne:

«Beaucoup d’assurés ne savent pas vraiment comment les primes sont calculées ni à quel point les écarts entre cantons sont importants.»
Caroline Chuard-Keller

L’étude révèle que la part que les assurés peuvent influencer – 60% – est néanmoins considérable. Dans le même temps, elle met en évidence le rôle important de l’offre disponible. Or celle-ci échappe au contrôle des assurés.

La responsabilité incombe dès lors au monde politique. Il pourrait, par exemple, exiger que des directives plus strictes soient appliquées en matière d’opérations. «Cela conduirait à des décisions plus uniformes quant au moment où une intervention doit effectivement être réalisée», conclut Caroline Chuard-Keller. (trad. hun)

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