Suisse
Reportage

Comment j'ai participé à un exercice de sauvetage en montagne

Illustration de l'article: « Comment j'ai participé à un exercice de sauvetage en montagne»
Image: watson

Comment je me suis retrouvé suspendu à un hélico

Avalanches, chutes ou randonnées qui tournent mal, les sauveteurs héliportés sont en première ligne en montagne. Mais comment travaillent-ils? Reportage lors d'un exercice conjoint d'Air-Glaciers et de la station de Montreux du Secours alpin suisse.
01.09.2024, 06:5801.09.2024, 10:46
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Mes pieds pendent dans le vide, quelques dizaines de mètres au-dessus des sapins. Mon bras autour du patin de l’hélicoptère, j'écoute le bruit assourdissant des pales de l’engin et j'évite de penser au fait que je ne suis relié au treuil que par une fine cordelette. Nous approchons de la zone d’atterrissage, sur la crête. Les blessés nous attendent.

Si je me retrouve dans une position aussi téméraire, c'est parce que je participe à un exercice conjoint d'Air-Glaciers et de la station montreusienne du Secours alpin romand. Rembobinons.

Cette année, la montagne a durement rappelé qu'elle pouvait «prendre» à tout moment: entre le drame de Tête-Blanche, un crash d'hélicoptère au Petit-Combin ou encore des chutes mortelles au Cervin, les drames se sont succédés dans les cimes et les équipes de sauvetage n'ont pas chômé.

Mais une opération de sauvetage en montagne, ça ressemble à quoi? Pour le savoir, rendez-vous de bon matin sur une crête escarpée, tout près du col de Jaman, dans les alpes vaudoises. Des casques jaune fluo se dressent au milieu des vaches qui pâturent. Les sauveteurs se préparent: on enfile son baudrier, on prépare sa radio. Le matériel technique est légion et des mousquetons en tous genres se dandinent aux hanches.

Hélitreuillés

Soudain, un vrombissement résonne dans la montagne et un appareil rouge pointe le bout de son nez à l'horizon. Décrivant un cercle par-dessus les sauveteurs, l'hélicoptère vient se poser en face de nous. Les sauveteurs se réjouissent de cet exercice: s'ils en réalisent une bonne dizaine par année, ceux-ci sont d'habitude terrestres.

J'ai participé à un exercice avec Air-Glaciers et la section montreusienne du Secours alpin romand.
Prêts pour l'exercice.Image: watson

L'hélicoptère décolle avec la première équipe. Les sauveteurs restants se préparent pour les rotations suivantes. L'appareil revient sur zone et se met en vol stationnaire, son souffle balayant les hautes herbes. Il se positionne au-dessus du spécialiste hélicoptère, vêtu d'orange vif. Le treuil descend à la verticale vers lui et il y accroche les deux sauveteurs suivants. D'un coup, le câble les remonte de plusieurs mètres jusqu'à la hauteur de l'appareil.

J'ai participé à un exercice avec Air-Glaciers et la section montreusienne du Secours alpin romand.
Les sauveteurs sont hélitreuillés.Image: watson

A peine ont-ils le temps de passer leurs mains autour des patins pour s'accrocher que l'appareil est déjà reparti dans l'horizon azur du matin vaudois. Ils resteront à l'extérieur jusqu'à ce que le pilote les dépose — c'est aussi ce qui m'attend.

Une cordelette qui lève deux tonnes

Je décollerai en binôme avec Yvon, actif depuis quinze ans dans le secours alpin. Nous nous avançons vers Olivier, le spécialiste hélicoptère. Il vérifie nos baudriers et fixe le mousqueton avec lequel l'appareil va nous faire décoller du sol. Une «bête» boucle en métal avec deux filins d'à peine quelques centimètres d'épaisseur. On dirait la cordelette de mon sac Freitag.

J'ai participé à un exercice avec Air-Glaciers et la section montreusienne du Secours alpin romand.
La vie des sauveteurs ne tient qu'à un fil — très solide.Image: watson

Je m'étrangle:

«C'est tout? C'est au bout de ça qu'on va être accrochés à l'hélico?»

Les deux sauveteurs rigolent doucement. «Ne t'inquiète pas», me répond Olivier. «Chacun de ces cordons peut soulever 2200 kilos, il y a de la marge.» En fait, la limitation de poids est plutôt située au niveau du treuil, qui peut supporter un peu plus de 200 kilos.

L'hélico revient et fait un virage serré au-dessus de nos têtes. Alors qu'il se stabilise, le souffle des pales balaie les herbes autour de nous et fait voleter nos habits. Le treuil descend et le spécialiste l'attrape. Il accroche le petit mousqueton, fait un signe plus haut et c'est parti. A peine ai-je le temps de comprendre ce qu'il se passe que mes pieds décollent de terre.

La vidéo de l'exercice 👇

Vidéo: watson

Les pieds dans le vide au-dessus des sapins

«Mais qu'est-ce que je fous là?», me dis-je alors que je vois le sol s'éloigner à toute vitesse. Moi et mon binôme terminons notre ascension jusqu'aux patins de l'appareil, autour desquels Yvon passe son bras. Je fais de même. L'appareil s'élance au-dessus de la cime des arbres. Je suis concentré, les jambes dans le vide, plusieurs dizaines de mètres au-dessus des sapins qui défilent, dans le bruit et la fraîcheur du matin.

J'ai participé à un exercice avec Air-Glaciers et la section montreusienne du Secours alpin romand.
L'hélicoptère dépose les sauveteurs sur la zone de l'intervention.Image: watson

On arrive sur zone. Yvon me fait signe de lâcher le patin et le treuil nous fait descendre dans le vide. Comme en lévitation, nous volons vers la crête. Le deuxième spécialiste hélicoptère, Laurent, lui aussi en orange, nous attend. Il nous attrape au vol, nos pieds touchent le sol d'un coup. Un signe plus tard, le dispositif nous quitte et remonte vers l'appareil, qui fait un virage serré et repart dans les cieux.

«Ça va?», me demande Yvon avec un sourire alors que le bruit des pales diminue. J'ai à peine eu le temps de comprendre ce qu'il s'est passé. Ça requinque. Nous marchons quelques mètres pour aller nous mettre de côté. Quelques minutes plus tard, l'hélicoptère vient déposer deux autres sauveteurs. Ce rythme sera maintenu durant pas loin d'une heure.

«Jamais à l'abri d'un pépin»

Sur place, les premiers sauveteurs ont déjà remonté la pente abrupte pour rejoindre les deux blessés. D'autres débarquent des cieux avec leur matériel qui pend entre leurs jambes, notamment des cordes, des brancards pliables et un sac de matériel médical. Le responsable d'intervention sur le site de l'accident, le «RISA», a, lui aussi, débarqué. Après une bonne heure, tout le personnel est sur zone et l'hélicoptère s'éloigne définitivement.

J'ai participé à un exercice avec Air-Glaciers et la section montreusienne du Secours alpin romand.
Yvon scrute l'hélicoptère, qui termine ses rotations dans le ciel vaudois.watson

La radio grésille. C'est le directeur d'exercice: «Attention les gars, on est sur une zone avec de possibles chutes de pierres. Faites attention, il ne faudrait pas se blesser. D'autant qu'un chemin pédestre se trouve en-dessous.» Sur celui-ci d'ailleurs, une sauveteuse est dépêchée pour sécuriser le passage des randonneurs, pour que tout reste sous contrôle.

«On n'est jamais à l'abri d'un pépin. Un petit problème peut avoir des conséquences affolantes»
Olivier Berthoud, spécialiste hélicoptère et sauveteur

Je me rends compte qu'en montagne, le danger est présent en permanence et qu'il faut rester vigilant. Même un exercice peut se révéler périlleux.

Evacuation en tyrolienne

Dans l'exercice, deux randonneurs ont fait une chute depuis le sommet de la crête. Un appel radio crève le silence:

«Quel est l'état des blessés?»

La médecin réplique:

«Un jeune homme de 19 ans avec une fracture au fémur»

D'autres détails médicaux sont donnés. Le cas est considéré comme prioritaire. Une jeune femme de 22 ans, qui souffre de douleurs au dos, l'accompagne. Les deux vont être évacués via une tyrolienne. Plusieurs sauveteurs s'attellent pour tendre une corde de presque cent mètres de long.

J'ai participé à un exercice avec Air-Glaciers et la section montreusienne du Secours alpin romand.
Le «RISA» donne ses ordres à l'équipe.watson

«D'habitude, dans des conditions météorologiques excellentes telles qu'aujourd'hui, on évacue le blessé par hélicoptère», m'indique Claude Gavillet, chef des secours de la station de Montreux et président du Secours alpin romand. Mais pour les besoins de l'exercice, le blessé est évacué en tyrolienne.

«Ce genre de scénario a plutôt lieu en cas de mauvais temps, avec du brouillard par exemple»

«Un sauvetage terrestre de ce genre est gourmand en effectifs», raison pour laquelle l'hélicoptère est d'habitude privilégié, si la météo le permet.

Chutes de pierre

Soudain, on crie. «Attention, caillou!» Plusieurs sauveteurs répètent l'alerte alors qu'un gros bloc roulant à toute vitesse rebondit entre les sapins pour aller se stabiliser quelques mètres plus bas. Il est descendu «hors de l'axe de descente des sauveteurs». Tout va bien, donc — mais se faire faucher par un pareil boulet de canon transformerait à coup sûr l'exercice en une vraie opération de sauvetage.

Chaque sauveteur retourne à son affaire. L'écho des communications à la radio, calmes mais fréquentes, résonne dans la montagne. Il faudra s'armer de patience pour le reste de l'exercice. Le temps que le blessé soit installé dans la civière, que celle-ci soit attelée aux cordes et que le rappel guidé le long de la tyrolienne ait lieu, les minutes s'écoulent.

J'ai participé à un exercice avec Air-Glaciers et la section montreusienne du Secours alpin romand.
La civière rouge finit par pointer son nez parmi les sapins.Image: watson

L'habileté avec laquelle les sauveteurs bougent le long de la crête, parmi les rochers et les hautes herbes humides, est prodigieuse. Une deuxième ligne de rappel est préparée pour acheminer le blessé plus bas encore, jusqu'au chemin pédestre. Il pourra ensuite être évacué en portant le brancard à plusieurs, dans la montagne. L'exercice prend fin. Les sauveteurs récupèrent leur matériel et descendent la pente. Une grillade avec débriefing suivra.

Des passionnés de montagne

L'exercice aura été d'autant plus impressionnant que s'il s'agit de professionnels, sauveteur n'est pas leur métier. A l'instar de nombreux sapeurs-pompiers, il s'agit d'une activité annexe. Mais ils veillent et connaissent dans le moindre recoin les vallons de leur secteur.

«Le matin, on regarde la météo et le bulletin avalanche et on connaît la situation dans la région»
Laurent Masson, spécialiste hélicoptère et sauveteur

En cas d'intervention, l'hélicoptère peut venir «chercher» ces hommes et femmes chez eux ou au travail — il se pose dans le pré ou le champ le plus proche — avant de partir sur le lieu de l'accident.

«On est tous des passionnés de montagne»
Yvon, sauveteur en montagne

Plusieurs spécialisations existent, par exemple les maîtres-chiens ou les experts en canyoning, pour les sauvetages en rivière. Des exercices réguliers et des cours de formation continue ont lieu.

En moins de quinze minutes à l'hôpital

Du côté des pilotes d'Air-Glaciers, Christian est pilote pro dans la compagnie depuis 30 ans. Pour l'exercice, les conditions de vol étaient parfaites, m'indique-t-il.

«Froid et sec, c'est les meilleures conditions pour les hélicoptères»
Christian, pilote chez Air-Glaciers

Un équipage de sauvetage en hélicoptère est toujours constitué d'au moins un pilote, un ambulancier et un médecin. En fonction du terrain, un à deux sauveteurs les accompagnent. C'est dans cette logique qu'Air-Glaciers s'exerce avec les sauveteurs en montagne. «75% des interventions ont lieu avec au moins un guide», m'indique le pilote.

J'ai participé à un exercice avec Air-Glaciers et la section montreusienne du Secours alpin romand.
Christian, devant sa bécane.Image: watson

Lors d'un sauvetage d'urgence, on ne surcharge pas l'appareil, notamment s'il doit aller dans les hauteurs, ce qui va le pousser dans ses performances. Vu le réseau médical dense en Suisse, le patient arrive en moins de 15 minutes à l'hôpital.

«On prend juste ce qu'il faut pour aller sur place et stabiliser le blessé avant de le treuiller, puis repartir directement»
Christian, pilote chez Air-Glaciers
On est allé s'entraîner avec les sauveteurs alpins
Video: watson
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