Voici la proposition de MickelTV aux CFF pour retourner son bad buzz
«Outre le fait que la personne sur la vidéo risquait sa vie, près de 13 trains ont été ralentis par cet acte.» La phrase, sèche, vient des CFF. La régie ferroviaire annonce porter plainte, dénonçant «une mise en danger et une entrave à la loi sur le chemin de fer».
Derrière cette gabegie qui a fait les choux gras de la presse et chauffé une ribambelle de pendulaires fin juillet: Mickaël Morandi, 23 ans, fribourgeois, streameur connu sous le nom de MickelTV (ou encore celui de Mickaelplaidecoupable).
«C'était vraiment un petit live, chill», assure-t-il.
Le lieu, pourtant, n'a rien d'improvisé. «Peu de temps avant, je me promenais en voiture dans le coin et j'ai vu le coucher de soleil. J'ai vu les rails, le lac: je trouvais la vue magnifique pour un live. J'ai trouvé ces escaliers qui menaient au vignoble, et je me disais qu'ici, je n'embêtais personne.» Une fois qu'un train s'est arrêté à sa hauteur, dit-il, «j'ai tout de suite arrêté le live et j'ai remballé mes affaires.»
«Ça ne me semblait pas illégal»
Le jeune homme le répète à l'envi: il n'y avait aucune intention de mal faire. En décembre déjà, il confiait vouloir «faire percer la Suisse» sur TikTok et «aller beaucoup plus loin» dans ses vidéos. Il n'était visiblement pas prêt pour ce genre de percée.
Aujourd'hui, il assume vouloir transformer ce bad buzz en vitrine, usant d'un certain opportunisme pour retomber sur ses pattes. Il dit avoir tenté de contacter les CFF:
Un courriel envoyé, resté sans réponse. Du côté des CFF, la société confirme seulement l'avoir reçu et transféré, sans plus de commentaire.
Quant à la police, il l'assure cordiale, même si elle «cherche tous les trucs illégaux » qu'il pourrait faire. «J'essaie de faire des lives qui sont légaux.»
Menaces et amende salée
Le retentissement de l'affaire lui a valu son lot de messages injurieux, et jusqu'à des menaces de mort - certains lui suggérant, en anglais, de se suicider. «J'accepte le jeu des réseaux sociaux. Il y a des personnes qui m'ont menacé de me retrouver, et ma boîte de messages privés s'est remplie d'insultes.»
Une audition l'attend prochainement. Cette fois, il sent que l'amende pourrait être salée. «J'ai contacté un avocat, parce que là, ça a l'air chaud. Financièrement, ça me fait un peu peur, je n'ai pas des fonds illimités», confie le créateur de contenu, qui cumule des millions de vues sur TikTok et des centaines de milliers d'abonnés sur les différents réseaux sociaux. «Si j'ai une amende de 1000 francs, c'est ok. Mais si je prends 20 à 25 000 francs...»
«Pour les médias, je ne m'excuse pas»
C'est surtout contre la presse que Mickaël Morandi tourne sa colère. «Les médias disent que je renvoie une mauvaise image. Pour moi, le problème, c'est la couverture médiatique, qui a été désastreuse.» Il reconnaît, dans la foulée, comprendre l'inquiétude que peut susciter l'image d'un jeune mettant sa sécurité en danger près des voies, mais reproche aux journalistes de n'avoir retenu que quinze secondes de son live, celles où le danger saute aux yeux, en ignorant, selon lui, les cinq minutes de mise en garde qu'il dit avoir formulées pendant la demi-heure de diffusion.
Il nous l'affirme lors de notre appel, mardi 4 août:
Il aura tout de même eu droit à son portrait dans Le Matin Dimanche de ce week-end.
Il insiste sur le volet prévention de ses vidéos: «A la fin, j'ai même fait un petit message en disant que si des gens qui me regardent ne sont pas bien dans leur vie, s'ils ont des idées bizarres, je leur dis de venir m'écrire.» Des messages qu'il affirme recevoir, et auxquels il dit répondre un par un, pendant et après ses lives.
Viré de son emploi à La Poste il y a environ deux mois - retards à répétition et selon lui, image jugée peu compatible par l'entreprise -, Mickaël Morandi est aussi celui qui s'astreint, dit-il, à ne pas dépasser certaines limites, comme il nous le confiait en décembre 2025.
Mais a-t-il, cette fois-ci, franchi la ligne?
Puis, sans transition:
«Ces défis ont toujours existé»
Pas d'excuses, donc, mais une franche aversion pour la couverture médiatique. Un exploit qui n'est pas du goût de Pro Juventute. Sa porte-parole, Anne-Florence Débois, se dit inquiète face à ce type de vidéos: «Ce qui est intéressant, c'est ce que ce genre de comportement dit des réseaux sociaux et de la jeunesse: ils y recherchent avant tout une reconnaissance et une validation à travers les likes. Plus j'en fais, plus j'ai cette reconnaissance.»
Elle vise directement les algorithmes, qui continuent de proposer ce type de vidéos, comme celles de MickelTV. «Ils faudraient qu'ils protègent plus les jeunes utilisateurs et utilisatrices de ce type de contenus. Car aujourd'hui, la construction de l'identité passe malheureusement par les réseaux sociaux.»
La police instruit pour l'instant le dossier. Quant à la douloureuse que pourrait essuyer Mickaël Morandi, rien n'est encore arrêté. Contacté, le Ministère public vaudois précise que «la plainte n'est pas parvenue au Ministère public» et qu'«aucune procédure pénale n'est donc ouverte à son encontre» à ce stade.
