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Skinny Privilege: Michèle a perdu 60 kilos et ça a tout changé

Michèle a perdu 60 kilos et depuis tout le monde est gentil avec elle

Michèle a pu réduire son poids de 120 kilos à 60 kilos grâce à une opération de pontage gastrique. Depuis, tout le monde la traite plus gentiment. Le Skinny Privilege est réel, selon la tiktokeuse.
04.08.2024, 07:07
Kilian Marti
Kilian Marti
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«Je réalise seulement maintenant à quel point j'ai été traitée comme une merde, juste parce que j'étais en surpoids», regrette Michèle. Rencontrée à Lucerne, la tiktokeuse de 24 ans raconte combien les gens sont gentils avec elle depuis qu'elle a perdu 60 kilos suite à un pontage gastrique.

«Il s'agit de choses banales, mais qui font une différence flagrante. Depuis que je suis mince, les gens me regardent à nouveau dans les yeux quand ils me parlent. On me laisse monter d'abord dans le train et on s'assied à côté de moi. Quand j'étais obèse, je m'asseyais toujours seule.»

Pour Michèle, cela ne fait donc aucun doute: «Le Skinny Privilege est réel». Le Skinny Privilege désigne un phénomène dans lequel les personnes minces sont favorisées par la société par rapport aux personnes en surpoids. C'est comparable au Pretty Privilege, selon lequel les personnes «belles et normales» bénéficient d'avantages. Il peut s'agir d'un traitement plus amical et d'une plus grande attention de la part de la société, de meilleures opportunités professionnelles, d'un accès plus facile aux ressources et d'une meilleure prise en charge médicale.

IMC supérieur à 46

Michèle a toujours lutté contre son poids. Et avec ses émotions. Une des raisons était la relation avec sa mère, dont elle ne veut pas parler. Seuls ses deux frères ont encore des contacts avec leur mère. Pour Michèle, il n'y a que son père. Mais comme celui-ci travaillait et souffrait pendant un certain temps d'une dépendance à l'alcool, elle était le plus souvent seule avec ses pensées. Sa stratégie d'adaptation pour faire face au surmenage: manger.

«Manger m'a aidée à évacuer le stress»

Mais plus Michèle prenait du poids, plus elle s'isolait. Elle surmontait donc la solitude en mangeant. Un cercle vicieux.

Einmaliger Gebrauch: Michèle Gisin über Skinny Privilege
Le sourire est trompeur: Michèle n'était pas satisfaite de son poids. Image: zvg

«J'ai souvent essayé de perdre du poids en faisant du sport et en suivant des régimes. Mais dès que je perdais 20 kilos, je les reprenais. L'effet yo-yo était déprimant», explique Michèle. Elle a connu sa meilleure période vers la fin de l'école secondaire: «J'ai alors eu une bonne phase, mais aussi une phase extrême».

Pour une taille de 1,60 mètre, elle pesait alors 70 kilos et faisait du sport trois fois par jour. Cela n'a pas duré longtemps. Insidieusement, elle a repris du poids.

«Je ne l'ai pas réalisé tout de suite, mais au gymnase, je suis redevenue de plus en plus lourde, jusqu'à peser 120 kilos»

Avec un IMC de plus de 46, elle était considérée comme gravement obèse.

Obésité
Sont considérées comme obèses les personnes dont l'indice de masse corporelle est supérieur à 30. Selon les calculateurs de l'IMC, cette valeur est atteinte par exemple par un homme de 1,80 m pesant 98 kilos ou par une femme de 1,75 m pesant 92 kilos. Si l'on a un IMC compris entre 25 et 29,9, on n'est pas considéré comme obèse, mais comme en surpoids.
Einmaliger Gebrauch: Michèle Gisin über Skinny Privilege
Michèle a décidé de subir une restriction gastrique en 2023. Image: watson

Paradoxalement, chaque kilo supplémentaire la rendait un peu plus invisible aux yeux de la société. «Dans les groupes, on m'ignorait constamment. Et on chuchotait beaucoup dans mon dos», confie Michèle.

«Ce rejet, bien qu'il ne soit généralement pas exprimé, toute personne en surpoids le ressent. Cela m'a toujours rendue triste»

Mais pour que la frustration ne la dévore pas, elle a enfoui ses sentiments. Pendant des années, son état n'a cessé de se dégrader jusqu'à ce qu'elle décide, début 2023, de changer définitivement les choses: elle a alors subi un pontage gastrique.

«Sevrage»

Le pontage ou bypass gastrique est la méthode chirurgicale la plus courante chez les personnes obèses. Elle consiste à couper l'estomac après l'entrée de l'œsophage. Il ne reste alors qu'une petite poche gastrique directement reliée à l'intestin grêle. En Suisse, cette intervention n'est toutefois possible que si l'on remplit les conditions suivantes:

  • avoir un IMC supérieur à 35
  • avoir suivi sans succès un traitement non chirurgical de perte de poids pendant deux ans
  • avoir une bonne compréhension des risques et des conséquences de l'opération
  • signer une déclaration d'engagement à suivre un traitement dans un centre agréé

Michèle remplissait ces conditions, raison pour laquelle la caisse d'assurance maladie a payé son intervention. Elle savait cependant que le pontage gastrique n'était pas un remède miracle. «C'est plutôt comme une béquille qui vous aide à marcher. Il faut faire le chemin soi-même.» Et ce chemin était semé d'embûches.

«Après l'opération, j'ai souvent pleuré parce que je voulais manger quelque chose, alors que je n'étais pas censée le faire. On n'opère que l'estomac, on est toujours obèse dans le cerveau»

Rétrospectivement, elle aurait été heureuse de bénéficier d'un soutien psychologique pendant cette période. «La nourriture était mon addiction et j'étais en sevrage.»

Elle a souvent été en prise à des «dumpings» parce qu'elle mangeait trop vite, trop ou pas ce qu'il fallait. Lorsque l'on consomme trop de glucides avec un bypass gastrique, le taux de glycémie augmente et diminue ensuite rapidement. Plus d'un an après l'opération, le comportement alimentaire de Michèle s'est toutefois stabilisé et les «dumpings» sont devenus plus rares.

«Je mange environ un quart d'une portion de restaurant»

Elle est aujourd'hui très satisfaite de son poids de 60 kilos. Mais même avec un bypass gastrique, le risque qu'elle redevienne massivement en surpoids subsiste. Michèle devra faire attention à son alimentation tout au long de sa vie.

Skinny Privilege

Michèle parle de tout ce qui a changé depuis l'opération de pontage gastrique dans ses vidéos sur Tiktok (@mischi.mp4, en allemand).

«Quand j'étais encore obèse, je n'aurais jamais osé me montrer devant une caméra. Mais maintenant, je me sens suffisamment en confiance pour partager mon parcours avec les autres.»

Elle se confie notamment sur les côtés obscurs de son opération. Selon elle, le bypass gastrique n'est pas la solution la plus simple, mais le dernier recours. Elle raconte aussi ses crises de larmes, le travail émotionnel et mental que l'intervention implique et le changement d'attitude à son égard depuis qu'elle a perdu du poids. Le fameux Skinny Privilege.

«Depuis mon bypass gastrique, je suis mieux traitée. D'un côté, je trouve cela agréable, mais cela me rend aussi très triste quand je pense à l'ancienne Michèle, en surpoids et qui n'a jamais reçu de compliments ou d'aide»

Selon elle, les avantages sociaux d'être une personne mince sont vastes. Non seulement dans la vie privée, mais aussi dans la vie professionnelle. Elle a déjà reçu plusieurs offres d'emploi dans le domaine de la création de contenus depuis qu'elle n'est plus obèse. «Les gens me disent que je corresponds parfaitement à leur marque. Personne ne me l'aurait dit avant.»

Skinny Privilege: ce qu'en dit la recherche
Contrairement au Pretty Privilege, il n'existe pas encore d'études portant sur la minceur et le succès (professionnel), selon Roman Althans, interrogé par watson. Celui-ci mène des recherches sociologiques sur l'attractivité à l'université Heinrich Heine de Düsseldorf. Roman Althans explique comment le poids peut avoir un impact sur la réussite personnelle: «Les personnes en surpoids sont exposées à des discriminations et des stigmatisations dans différents contextes. En outre, la minceur est un élément important de nos jours de l'attractivité physique». Or, il est prouvé que les personnes séduisantes ont plus de facilité à chaque étape de leur carrière.

Michèle espère que ses vidéos permettront d'éduquer les gens et de leur faire prendre conscience que les personnes en surpoids doivent être traitées et intégrées de la même manière que les personnes minces.

«Pour moi, ce n'était pas très agréable d'être grosse. Mais d'autres sont satisfaits de ce qu'ils sont. Tout le monde mérite donc d'être bien traité. Être en surpoids ne te rend pas moins précieux.»
Einmaliger Gebrauch: Michèle Gisin über Skinny Privilege
Michèle est désormais heureuse comme elle est. Image: watson

Traduit et adapté de l'allemand par Tanja Maeder

D'obèse morbide à star de la corde à sauter
Video: watson
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