Ces chiffres montrent l’ampleur des addictions en Suisse
Vin chaud, apéritif, fêtes de fin d'année: l'alcool fait partie intégrante des Fêtes de fin d'année. Or, cette normalité apparente peut devenir problématique, comme le montrent de nouveaux chiffres issus du système national de monitoring Act Info.
Pourquoi les hommes sont-ils deux fois plus nombreux que les femmes à suivre un traitement contre la dépendance?
Ivo Krizic: Les hommes consomment en moyenne plus souvent et en plus grande quantité, que ce soit de l'alcool ou des drogues illégales. Mais l’écart dans la consommation est moins marqué que celui observé dans les chiffres des traitements. Cela indique que les femmes ont moins recours à un traitement professionnel.
Qu'est-ce qui les en dissuade?
Plusieurs choses. Celles qui souffrent de problèmes de dépendance pourraient être plus stigmatisées que les hommes, en particulier les mères. Il leur est alors plus difficile de se rendre dans un centre. Cela peut parfois s'accompagner, par exemple, de craintes concernant la garde de leurs enfants. S'ajoutent les obligations familiales, qui empêchent parfois de trouver le temps de suivre une thérapie. On débat également de la nature du système d'aide: il aurait longtemps été davantage axé vers les hommes, avec trop peu d'offres spécifiquement destinées aux femmes.
Pourquoi les hommes ont-ils plus souvent une consommation problématique que les femmes?
Il n’existe pas de réponse simple ou définitive. Outre des facteurs biologiques, la consommation problématique est peut-être davantage acceptée socialement chez les hommes ou s’inscrit dans des schémas historiques.
Indépendamment du sexe, le monitoring montre également que l'alcool est de loin la cause la plus fréquente de prise en charge.
Oui. 50% de toutes les admissions en traitement, ambulatoire ou stationnaire, sont dues à l'alcool. Cela tient en grande partie au fait qu'on le considère comme normal dans de nombreux contextes, après le travail, après le sport, au bar ou en famille. C’est précisément pour cette raison que les schémas problématiques sont souvent identifiés tardivement, tant par l’entourage que par les personnes concernées.
Que veut dire «chroniquement risqué»?
Concrètement, cela signifie en moyenne plus de deux verres standard par jour pour les femmes et plus de quatre pour les hommes. Un verre standard correspond à une chope de bière ou à un verre de vin.
Pourquoi ne se fait-on soigner en moyenne qu'à partir de 45 ans pour l'alcool, alors qu'on le fait déjà à partir de 27 ans en moyenne pour le cannabis?
L'alcool est accepté socialement. Les traitements ne commencent généralement qu'à l'apparition des problèmes de santé, familiaux ou financiers. Il en va autrement pour le cannabis. Environ 20% des admissions ont trait à des mesures judiciaires, contre près de la moitié auparavant. Ces interventions précoces concernent principalement les jeunes.
Qui sont les personnes les plus touchées, les citadins ou les ruraux?
Dans l'ensemble, on constate que l'addiction touche autant les villes que les campagnes. Certes, la majorité des personnes en traitement vivent en ville, mais c’est aussi là que réside la plus grande partie de la population.
En ce qui concerne l'alcool, les zones rurales sont même légèrement surreprésentées, tandis que pour la cocaïne, elles sont plutôt légèrement sous-représentées.
Quelle évolution nécessite aujourd'hui une attention particulière?
La hausse des cas liés à la cocaïne. Les admissions en traitement stationnaire et ambulatoire progressent depuis des années. Rien que pour la cocaïne, on a récemment enregistré plus de 5000 dossiers par an. Si l'on ajoute les cas où la cocaïne n'est pas la principale raison du traitement, mais où elle est consommée en complément, le nombre grimpe encore.
Pourquoi?
La production et l'importation de cocaïne en Europe ont nettement augmenté, ce qui a rendu cette substance plus facilement accessible. Parallèlement, les modes d'approvisionnement ont changé. Aujourd'hui, il n'est plus nécessaire de connaître personnellement quelqu'un pour se procurer de la drogue, devenue très facile à obtenir.
Idem pour le cannabis ou l'héroïne. Pourquoi ne constate-t-on pas là une hausse comparable du nombre de prises en charge?
Dans le cas de la cocaïne, c'est multifactoriel. D'une part, il y a la consommation classique pendant les loisirs et les fêtes. D'autre part, on s'en sert pour rester performant, supporter le stress ou traverser des périodes difficiles. Cela reflète une société qui accorde une grande importance à l'efficacité et à la performance.
Quel rôle joue le crack – la cocaïne que l'on fume – dans cette évolution?
Ces dernières années, l'augmentation de la consommation de crack est frappante. Les personnes dépendantes vivent souvent dans des conditions très précaires, consomment plusieurs substances et étaient souvent déjà fortement affectées par une dépendance aux opiacés. Le crack accélère considérablement les problèmes sociaux et de santé existants.
A-t-on suffisamment de ressources pour contrer cette tendance? La Suisse risque-t-elle de connaître une crise de la cocaïne après l'épidémie d'opioïdes des années 1990?
On cherche certes des solutions, notamment sous la forme d'échanges entre villes ou de tables rondes. Mais les autorités fédérales prennent parallèlement des mesures d'économie en matière d'addiction. Il est donc difficile de développer la prévention et l'aide aux toxicomanes là où les besoins augmentent actuellement, en particulier dans le domaine de la cocaïne et du crack.
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(Traduit et adapté par Valentine Zenker)
