Cette réforme des physios fait craindre une baisse de la qualité des soins
En avril encore, il était question d’un «moment historique». Après trente ans de blocage, Physioswiss, l’association des physiothérapeutes, est parvenue à négocier un nouveau tarif avec les caisses-maladie. Son directeur, Osman Bešić, s’était déclaré satisfait. Grâce à cet accord, il a pu éviter l’introduction d’un tarif imposé par le Conseil fédéral, qui aurait détérioré la situation de nombreux professionnels.
Mais au lieu de recevoir des remerciements, l’association est aujourd’hui la cible de vives critiques. Ses responsables doivent même faire face à des attaques personnelles.
La principale différence de la nouvelle structure tarifaire réside dans le passage d’un tarif forfaitaire à un tarif basé sur le temps. Au lieu de deux forfaits de traitement, différenciés selon la gravité du cas, il n’existe désormais plus qu’un seul tarif horaire calculé à la minute. Jusqu’à présent, les physiothérapeutes facturaient entre 1,20 et 1,80 franc par minute. Désormais, tous factureront 1,50 franc par minute.
Cette modification répond à des accusations d’abus: le tarif le plus élevé était parfois facturé alors qu’il ne correspondait pas à la prestation réellement fournie.
Avec le nouveau système, cette zone grise disparaît et les abus ne sont plus possibles. Pour Osman Bešić, il s’agit d’un véritable progrès:
Désormais, des prestations identiques seront rémunérées de la même manière. Le nouveau tarif couvre, en outre, l’ensemble des prestations, ce qui n’est actuellement pas le cas pour environ 15% d’entre elles.
Selon Osman Bešić, la grande majorité des quelque 13 000 membres de l’association y gagneront:
Le nouveau tarif des physios est-il vraiment avantageux?
Au sein de la profession, le mécontentement est pourtant profond. L’association Physio140 entend empêcher l’introduction de la nouvelle structure tarifaire sous le slogan: «La prise en charge ne doit pas échouer à cause du tarif.»
Alexandra Helbling, directrice générale de Physiozentrum, estime que «la nouvelle structure tarifaire ne répond pas aux exigences d’une physiothérapie moderne. Un tarif fondé sur le temps crée de mauvaises incitations». Désormais, un patient pourra être traité jusqu’à cinquante minutes, alors que cela n’est, selon elle, pas nécessaire dans la très grande majorité des cas. Elle explique:
Autrement dit: «Traiter plus longtemps ne signifie pas forcément mieux traiter.»
Osman Bešić dit comprendre en partie cette opposition. «Nous introduisons un changement radical dans une branche qui souffre déjà d’un sous-financement chronique.» Cette réforme suscite donc des inquiétudes. «Nous souhaitons tous une meilleure rémunération de la physiothérapie.» Mais les exigences du Conseil fédéral sont claires: l’introduction de la nouvelle structure tarifaire doit être neutre en termes de coûts. Dès 2027, les dépenses consacrées à la physiothérapie ne devront pas dépasser celles de l’année précédente.
Le Conseil fédéral doit trancher: quelle est la stratégie des opposants?
Comme pour le nouveau tarif des médecins, cette réforme fait aussi des gagnants et des perdants parmi les physiothérapeutes. Si la majorité en profite, une minorité devra en supporter les conséquences financières.
Les cabinets de physiothérapie employeurs (OdP), qui assurent environ la moitié des traitements en Suisse, sont particulièrement touchés. Selon Alexandra Helbling, ces structures investissent massivement dans la formation initiale et continue, les infrastructures, les équipements modernes ainsi que dans des emplacements centraux. Ces investissements sont essentiels. «Les technologies modernes permettent de mesurer les progrès en physiothérapie et de garantir la qualité des traitements», affirme-t-elle. A ses yeux, le résultat des négociations est inacceptable:
De fait, Physioswiss milite pour une meilleure rémunération qui, selon Osman Bešić, doit être dissociée de la nouvelle structure tarifaire. L’association a ainsi lancé vingt-six pétitions cantonales sous le slogan: «Donner 100%, recevoir 70%. Trouvez-vous cela juste?» Les cantons devraient fixer des valeurs du point tarifaire plus élevées, faute d’accord entre les caisses-maladie et l’association professionnelle. Rien ne garantit toutefois que cette démarche aboutisse.
Alexandra Helbling et ses alliés souhaitent, de leur côté, mettre en lumière les faiblesses du nouveau tarif et obtenir une place à la table des négociations. Là encore, l’issue reste incertaine. Si le Conseil fédéral approuve prochainement la nouvelle structure tarifaire, celle-ci entrera en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2027. (trad. hun)
