Ils ont analysé le sang des centenaires suisses et ont percé leur secret
Notre sang contient des centaines de protéines. Elles transportent l’oxygène, les hormones et les vitamines, orchestrent la défense immunitaire et règlent le métabolisme. Leur composition change au fil des années. Cette «signature» protéique fonctionne comme une horloge biologique: elle indique à quel rythme avancent les processus inflammatoires et dégénératifs dans l’organisme.
Une équipe des universités de Lausanne et de Genève a voulu savoir si les centenaires possèdent une signature particulière. Dans le cadre de l’étude SWISS100 – la première étude nationale consacrée aux personnes de 100 ans en Suisse –, les chercheurs ont comparé trois groupes: quarante centenaires, soixante octogénaires et quarante adultes en bonne santé âgés de 30 à 60 ans. Les octogénaires représentaient le «vieillissement normal». Cette comparaison permettait de distinguer les changements biologiques qui touchent presque tout le monde de ceux qui caractérisent les personnes dépassant le centenaire.
Les scientifiques ont analysé 724 protéines sanguines, principalement liées aux inflammations ainsi qu’aux maladies cardiovasculaires et métaboliques. Selon l’équipe dirigée par le biologiste genevois Karl-Heinz Krause, qui publie ses résultats dans la revue spécialisée Aging Cell, 37 protéines présentent un profil frappant. Chez les centenaires, leur concentration ressemble davantage à celle observée chez les 30 à 60 ans qu’à celle des octogénaires.
Un système immunitaire équilibré
Ces protéines au profil «juvénile» concernent d’abord la régulation de l’inflammation. Avec l’âge, le système immunitaire entre souvent dans un état d’alerte permanent – un phénomène appelé «inflammaging» par les chercheurs. Cette inflammation chronique à bas bruit est considérée comme un moteur des maladies cardiovasculaires, du diabète ou de la démence. Or, chez les centenaires, tout indique un système immunitaire finement équilibré, loin d’un organisme en tension constante.
Leur défense cellulaire semble également mieux contenir le stress oxydatif, ce processus comparable à une rouille invisible qui endommage progressivement les cellules. Le métabolisme énergétique paraît lui aussi plus stable. Enfin, la signature protéique observée touche l’apoptose, le mécanisme programmé d’élimination des cellules âgées ou défectueuses: trop faible, il favorise le cancer; trop intense, il accélère la dégradation des tissus.
Au final, atteindre un âge très avancé ne relèverait pas d’un unique «gène miracle», mais plutôt de la capacité du corps à maintenir, pendant plus d’un siècle, un équilibre subtil entre inflammation, réparation et renouvellement cellulaire. (adapt. tam)
