La maladie d'Alzheimer recule, et on sait pourquoi
Il s’est passé beaucoup de choses en 130 ans. Tellement que nous vivons aujourd’hui en moyenne 36 ans de plus que ceux qui sont nés autour de l’an 1900. Mais la question se pose: notre cerveau suit-il le rythme?
Les prévisions ne le laissent pas supposer de prime abord, bien au contraire: d’ici 2050, le nombre de personnes atteintes de démence devrait doubler en Suisse et même tripler dans le monde.
Une prévalence en forte baisse
Cela implique une augmentation colossale des besoins en soins. Selon Alzheimer Suisse, 315 400 personnes seront touchées par la démence en Suisse en 2050. En effet, une population qui vit en moyenne 36 ans de plus est logiquement plus exposée aux troubles cognitifs.
Pourtant, une donnée cruciale est souvent oubliée: le risque individuel de développer une démence a chuté de manière spectaculaire. Aux Etats-Unis, entre 1984 et 2024, le nombre de cas de démence par tranche d’âge a diminué des deux tiers, comme l’ont révélé en 2025 trois chercheurs en neurosciences de la Duke University School of Medicine.
Leurs travaux confirment cette tendance dans plusieurs pays, et pas seulement aux Etats-Unis: la Suède, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la France ont enregistré des évolutions similaires, malgré des méthodes de collecte de données différentes.
Les chercheurs illustrent cette baisse dans un graphique frappant: plus les groupes d'âge sont nés tardivement, plus la prévalence de la démence diminue. Parmi les 85-89 ans nés entre 1895 et 1899 aux Etats-Unis, 30% étaient atteints de démence. Ce chiffre tombe à 13% pour ceux nés entre 1935 et 1939.
Et les personnes âgées de 85 à 89 ans en 2024 n’avaient plus qu’un risque de 10% d’être atteintes de démence.
Ce qui préserve notre santé cérébrale
«Ces reculs étaient inattendus et ont été largement ignorés», écrivent les chercheurs. Chaque année, la baisse s’élève entre 2,5 et 3%, et aucun ralentissement ne semble être en vue. Mais alors, quels facteurs ont donc rendu les cerveaux de ceux nés dans la première moitié du XXe siècle plus sains? Et cette tendance se poursuivra-t-elle pour les générations suivantes?
Une seule étude a identifié deux facteurs possibles, selon les chercheurs: la diminution du tabagisme et l’augmentation du niveau d’éducation (notamment celui des femmes).
D’autres facteurs de risque de démence, mieux traités médicalement au fil du XXe siècle, sont également connus: le diabète, un taux de cholestérol élevé, l’hypertension, la perte auditive et visuelle. Les premières générations du siècle dernier ont également souffert de malnutrition et de traumatismes précoces pendant la Grande Dépression et les deux guerres mondiales. Ensuite, les conditions de vie se sont améliorées.
De récentes évolutions positives
Le nombre de fumeurs a commencé à diminuer dès 1965, avec la prise de conscience des dangers du tabac. Les antidépresseurs sont apparus. A partir des années 1970, la consommation d’alcool a aussi reculé. Dans les années 1980, la qualité de l’air s’est améliorée, notamment en Suisse, un facteur clé pour la santé cérébrale.
Ces avancées récentes laissent espérer que la tendance se poursuivra pour les générations ultérieures. Les chercheurs écrivent même:
La médecine genrée, encore émergente, pourrait bientôt expliquer pourquoi les femmes sont bien plus touchées par Alzheimer. De nouveaux facteurs de risque pourraient ainsi être identifiés et neutralisés. C'est important, car, comme l'écrivent les chercheurs: «A une époque où les capacités cognitives sont plus importantes que jamais», il est crucial d’agir.
De réels risques de recrudescence
Mais d’autres risques ont émergé ou augmenté au cours des 130 dernières années: l’obésité et la sédentarité. Le diabète, bien que mieux traité, est aussi plus répandu. Contrairement aux pays européens cités, le Japon n’a pas enregistré de tendances positives. Aux Etats-Unis, les résultats varient selon les groupes: la population afro-américaine a même vu une augmentation des cas.
D'autres experts pensent donc que la probabilité de développer la maladie d'Alzheimer pourrait à nouveau augmenter. Bogdan Draganski, directeur de la clinique universitaire de la mémoire à l'hôpital universitaire de Berne, déclare qu'il ne s'attend pas à ce que la tendance à la baisse de la démence se poursuive:
La recherche dans ce domaine et la collecte de données viennent seulement de commencer.
Un vaccin réduit déjà le risque de démence
Certains pensent qu'il existera, un jour, un vaccin qui protégera contre la démence. En effet, avec l'âge, le système immunitaire ne parvient manifestement plus à éliminer certaines protéines nocives des structures cérébrales.
Une vaccination peut déjà réduire ce risque: il s'agit du vaccin contre la varicelle ou l'herpès zoster (zona). Deux études menées au Pays de Galles et en Australie ont montré, l'année dernière, que le risque de développer une démence était réduit de 20% chez les personnes vaccinées. Une enquête menée au Canada vient de le confirmer. Cette étude a uniquement comparé le vaccin vivant Zostavax et les personnes non vaccinées. Mais le vaccin Shingrix a montré un effet encore plus important dans une étude publiée dans Nature en 2024.
On soupçonnait depuis longtemps les virus de l'herpès de favoriser la démence. Il semble qu'un vaccin soit efficace, même lorsque les premiers symptômes sont déjà apparus. Chez les hommes, l'effet est moins marqué. Le médecin américain Eric Topol a résumé ces découvertes sur la plateforme Substack:
