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«Allah akbar» dans une école à Cortaillod: «C'est un signal d'alarme»

Un homme non armé a tenté mercredi un brigandage dans une banque à La Chaux-de-Fonds.
Police neuchâteloise.Image: KEYSTONE

«Allah akbar» crié dans une école: «C'est un signal d'alarme pour la Suisse»

Suite aux événements survenus vendredi dans l'enceinte d'une école de Cortaillod (NE), watson a joint plusieurs spécialistes de la sécurité. Parmi eux, un expert du terrorisme islamiste alertant sur les effets de la guerre à Gaza, ainsi que le conseiller d'Etat neuchâtelois Alain Ribaux. Nos informations sur le suivi judiciaire du suspect, un «Algérien âgé d'environ 25 ans».
10.12.2023, 18:4411.12.2023, 10:36
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Pourquoi un individu, qui avait été placé toute une nuit en observation psychiatrique dans un hôpital neuchâtelois, a-t-il été reconduit le lendemain au Centre fédéral pour requérants d’asile de Boudry sans que son cas donne lieu à une surveillance particulière? «C’est l’une des questions à laquelle il va falloir répondre», assure le chef du Département de la sécurité du canton de Neuchâtel, Alain Ribaux, joint par watson.

Vendredi 8 décembre, aux alentours de 14 heures, l’individu en question s’est introduit dans l’enceinte du collège primaire des Corneilles, à Cortaillod, commune limitrophe de Boudry. D’origine algérienne, âgé d’environ 25 ans, apprendra-t-on le lendemain, il a alors crié «Allah akbar» (Allah est le plus grand), une formule reprise par les islamistes radicaux et parfois annonciatrice d’un acte meurtrier.

Avant cela, «un échange entre lui, une enseignante et un employé du service technique avait eu lieu», rapporte ArcInfo. Le plan Amok (mis en œuvre dans les écoles en cas d’attaques) était aussitôt déclenché par le personnel du collège, qui accueillait ce jour-là un peu plus de 300 élèves.

«L’alerte donnée, en sept minutes, deux patrouilles de police étaient sur place»
Alain Ribaux

Trente-quatre policiers en tout sont intervenus. Le suspect a été interpellé. Il n’était pas armé. De quoi pousser un «ouf» de soulagement après un moment de panique. Dans l’attente des secours, les élèves étaient confinés dans les classes.

Il s'est éclipsé

Selon la police neuchâteloise, l’homme était entré en Suisse le mercredi 6 par Genève et par le train, avant de se rendre le jour même au Centre fédéral pour requérants d’asile (CFA) de Boudry afin d'y déposer une demande d’asile. Au vu de son état mental, il a fait l’objet d’une prise en charge médicale, d’où son séjour d’une nuit dans les services psychiatriques du canton. Le vendredi matin, il a été raccompagné au CFA de Boudry.

Face à son comportement agité, le personnel du centre a une nouvelle fois alerté l’équipe médicale. Alors qu'un entretien était prévu avec lui, il s’est éclipsé. On le retrouvait plus tard dans l’enceinte d’un collège à crier «Allah akbar».

«Plus dérangé que dangereux», serait cet individu connu sous plusieurs identités et pour des faits de violence commis dans d’autres pays européens.

Alain Ribaux raconte:

«Suite à son arrestation, il avait du mal à se faire comprendre. Dans la cellule de police où il a été placé, on l’entendait surtout hurler»

«Il sera mis soit en détention provisoire, soit en milieu de traitement. C’est du ressort du ministère public», ajoute le chef du Département cantonal de la sécurité.

Fallait-il ramener le suspect au CFA de Boudry aussi tôt? N’aurait-il pas mieux valu le garder plus longtemps en observation, étant donné ses troubles psychiques constatés la veille? La médecine psychiatrique manque-t-elle de lits? «La doctrine, en ce domaine, est davantage celle d’un suivi ambulatoire des patients que leur enfermement», répond Alain Ribaux.

Il convient peut-être à présent d’élargir la focale.

«Le monde devient fou. Des épisodes semblent se répondre les uns aux autres»
Alain Ribaux

Alain Ribaux fait allusion à la situation au Proche-Orient, à ses répercussions parfois violentes, comme le 2 décembre à Paris, où un Franco-Iranien de 26 ans, invoquant le soutien de la France à Israël, a poignardé à mort un touriste allemand en criant «Allah akbar». Avant cela, le 13 octobre, c'est un jeune terroriste d'origine ingouche qui avait tué au couteau un professeur de français dans la cour d'un collège-lycée d'Arras, là aussi, au cri d'«Allah akbar». Tous deux ont fait allégeance à l'Etat islamique.

Son délit: avoir menacé la population

La piste terroriste est pour l'instant écartée dans l’affaire de Boudry. Une enquête pénale est ouverte. Il est à cette heure reproché au prévenu d’avoir «jeté l’alarme dans la population par la menace», un délit puni d’un maximum de trois ans de prison ou d’une peine pécuniaire.

Il n’empêche. Pour Frédéric Esposito, directeur de l'Observatoire universitaire de la sécurité (OUS) à l’Université de Genève, «l’événement sans conséquences graves qui s’est produit à Boudry doit être considéré comme un signal d’alarme».

«On a tort de se croire en Suisse à l’abri des violences qui frappent ailleurs. Elles peuvent aussi nous atteindre»
Frédéric Esposito

«Il y a dans les milieux du renseignement une préoccupation croissante liée au processus de radicalisation pouvant découler du conflit israélo-palestinien», explique Frédéric Esposito.

Ce spécialiste du terrorisme, entre autres islamiste, rappelle que «des réseaux terroristes essaient de faire passer des gens en Occident, que ces réseaux peuvent aussi entrer en contact avec des réseaux criminels».

Frédéric Esposito estime qu’«il faut aborder la problématique de l’asile sous deux aspects, sécuritaire et humanitaire».

«On constate une augmentation du nombre de requérants en Suisse. Certains ont subi de forts traumatismes. Il y a parmi eux des grenades dégoupillées, qu’il ne faut pas laisser dans cet état. Les centres de requérants ne sont pas toujours des centres de stabilité. Il y a là des gens qui veulent travailler et auxquels on ne permet pas de le faire, car ils n’ont pas vocation à rester en Suisse. C’est le cas, généralement, des jeunes hommes en provenance du Maghreb. Mais tous les jeunes hommes originaires du Maghreb ne viennent pas en Suisse pour y travailler. Il arrive qu’on crée, de fait, dans ces centres, un univers carcéral sans en dire le nom, alors que ce ne sont pas des prisons.»

Pour André Duvillard, ancien délégué du Réseau national de sécurité et ancien commandant de la police cantonale neuchâteloise, «cette affaire de Boudry va encore compliquer les relations entre la population et le centre de requérants d’asile», dit-il, joint par watson.

«Des profils comme celui de cet Algérien de 25 ans, il y en a des dizaines qui se baladent en Suisse. Avec ce qui se passe en ce moment à Gaza, il s’agit de faire attention, car ce sont des personnes psychologiquement perturbées, dont on sait qu’elles sont influençables et qui sont particulièrement susceptibles de passer à l’acte»
André Duvillard

Intervenant samedi soir dans l’émission Forum de la RTS, le conseiller d’Etat neuchâtelois Alain Ribaux a tenu à rassurer la population. La sécurité autour des écoles ne sera pas renforcée car «on n’a pas identifié une augmentation du risque», a-t-il dit.

«On est dans un canton sûr. Il n’y a pas plus de risques à Neuchâtel qu’ailleurs en Suisse ou dans le monde»
Alain Ribaux

Les habitants de Boudry et alentour regroupés dans l’association «Bien vivre à Neuchâtel» (autrefois nommée «Bien vivre à Boudry»), se plaignent des «incivilités» que générerait la présence du CFA dans ce district côtier du lac. Joint par watson, Dastier Richner, qui préside l’association, dénonce des cas de harcèlement de rue ou dans les transports en commun dont sont victimes, selon lui, des «jeunes femmes entre 15 et 25 ans».

Une tentative de viol, par un requérant du centre boudrysan, a eu lieu l'été dernier dans le chef-lieu du canton. Si le président de «Bien vivre à Neuchâtel» se félicite de ce que le nombre de requérants au CFA de Boudry ait été ramené de 800 à 480, il déplore la persistance du phénomène des incivilités.

Dans l’immédiat, le ministre cantonal en charge de la sécurité, Alain Ribaux, espère que le jeune Algérien interpellé samedi dans l’enceinte du collège de Cortaillod sera «renvoyé dans son pays», déclare-t-il à watson. L’Algérie acceptera-t-elle de le reprendre?

«Il y a deux ans, elle s’y refusait. Mais depuis quelque temps, les expulsions en direction du Maghreb ont repris, comme m’en a informé il y a deux ou trois mois la cheffe du Département fédéral de justice et police, Elisabeth Baume-Schneider»
Alain Ribaux

La période apparaît comme instable à divers titres. Il ne s’agit pas d’exagérer les risques. Il ne s’agit pas non plus de les minimiser.

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