Les marges de Coop et Migros trop élevées? Monsieur Prix répond
C'est une question qui taraude régulièrement les consommateurs suisses lorsqu'ils regardent leur ticket de caisse: est-ce que je paie trop cher? C'est cette question que le surveillant des prix, Stefan Meierhans, avait voulu approfondir à l'automne 2023.
Sur la base d'une vérification préalable des prix des aliments bio, il avait alors lancé une observation du marché portant sur l'ensemble du commerce de détail alimentaire suisse. Cette enquête faisait suite à des informations que le surveillant des prix avait reçues de partenaires de Coop et de Migros.
Un secteur aux très faibles marges
Le débat sur les marges avait suscité des réactions vives dans la population. Mais il avait aussi irrité les deux grands distributeurs. Car ceux-ci avaient dû se justifier publiquement de leur politique tarifaire, et avaient fermement rejeté toute idée de ponction artificielle. Interrogé sur le sujet, Philipp Wyss, le directeur de Coop, avait expliqué dans une interview avec CH Media (éditeur de watson) il y a un an:
Il avait en outre présenté le calcul suivant:
Au final, il resterait à Coop 1,70 franc. Wyss avait alors résumé:
Que le surveillant des prix ait jugé la marge sur le bio potentiellement trop élevée avait provoqué la perplexité de Wyss:
Que Stefan Meierhans se soit focalisé sur la marge brute avait manifestement agacé le directeur de Coop. Ce qui compte, c'est la marge nette, «et celle-ci n'est, au final, pas plus élevée pour les produits bio que pour les produits conventionnels».
Il existe toutefois aussi un rapport de la Commission de la concurrence (Comco) qui a relevé des indices d'une position dominante de Coop, voire des traces d'abus de cette position. La réponse de Wyss:
Aucun indice clair d'abus
Ce rapport de la Comco n'avait eu aucune suite. Et voilà que Meierhans capitule à son tour. Ceux qui attendaient un séisme en seront pour leurs frais. Nouvelles révélations ou mesures décidées? Rien de tel. L'enquête s'achève en toute discrétion.
Après le tohu-bohu d'il y a deux ans et demi, Meierhans annonce ses conclusions en moins d'une page dans une lettre d'information. L'observation du marché révèle, certes, que le commerce de détail alimentaire suisse reste fortement concentré. Les entrées sur le marché d'Aldi et de Lidl n'y ont rien changé. Selon la lettre:
L'ouverture d'une procédure d'examen pour abus de prix n'est donc pas justifiée. C'est pourquoi il a décidé de clore l'observation du marché.
Meierhans ne souhaite pas pour autant délivrer un brevet d'innocence aux grands distributeurs. Il ne peut toujours pas exclure que Coop et Migros occupent une position collectivement dominante, ou du moins une position de puissance sur le marché du commerce de détail alimentaire suisse. Il soulève:
La surtaxe helvétique
Les données collectées dans le cadre de l'observation du marché ne démontrent, toutefois, pas que ces marges s'expliquent par des bénéfices indûment élevés des distributeurs alimentaires suisses. La marge nette et ce qu'on appelle la rentabilité des capitaux seraient comparables à celles du commerce de détail alimentaire européen.
Comment expliquer, dès lors, cette marge brute élevée, que l'association des articles de marque Promarca critique depuis des années, notamment à l'égard de Coop, le plus grand vendeur de marques du pays?
Meierhans a désormais une réponse. Celle-ci tiendrait aux coûts d'exploitation élevés, mais aussi au fait que l'efficience du commerce de détail alimentaire suisse est inférieure à celle de l'étranger.
Cette efficience moindre serait probablement liée à des facteurs externes, écrit Meierhans. Le niveau des coûts est généralement plus élevé en Suisse. Les préférences de la clientèle suisse sont différentes et il existe une réglementation qui renchérit les coûts. Ce qu'il entend concrètement par là reste non précisé. S'agissant des préférences des consommateurs, on peut, toutefois, noter que les supermarchés de Migros et de Coop sont considérés comme nettement plus accueillants que ceux des discounters, qui dominent souvent dans les pays européens.
Mais cela a un coût. Ainsi, Coop utilise, par exemple, du gneiss tessinois comme revêtement de sol dans la grande majorité de ses succursales.
Une domination orange pas prête de s'arrêter
Meierhans ne peut, cependant, pas exclure «que l'efficience moindre soit au moins en partie le résultat de la structure oligopolistique du marché et, en lien avec cela, de la pression sur les prix plus faible dans le commerce de détail alimentaire suisse». Les diverses vagues de baisses de prix annoncées par Aldi, Migros et Coop en 2024 et 2025 sembleraient l'indiquer. Meierhans poursuit:
Le pain à 99 centimes d'Aldi et plusieurs réductions sur les produits carnés ont, par exemple, récemment fait sensation. Il prend note avec satisfaction de l'intensification de la concurrence par les prix. Il se demande toutefois si cette évolution est durable et significative sur le plan concurrentiel. La question reste ouverte.
Pour le proche avenir, Meierhans ne prévoit pas de grands bouleversements sur le marché. Aldi et Lidl continueront certes de croître, mais très lentement. Sa conclusion:
