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On s'est baladé dans l'Alpstein, ce lieu suisse privilégié par Instagram

Le Seealpsee et son impressionnant décor font le bonheur des internautes.
Le Seealpsee et son impressionnant décor font le bonheur des internautes.reto fehr

On s'est baladé dans ce lieu suisse privilégié pour Instagram

Dans les montagnes appenzelloises, l’Alpstein et ses environs sont devenus de hauts lieux touristiques. Depuis cette saison, des rangers veillent sur les randonneurs. Reportage.
23.08.2026, 18:4923.08.2026, 18:49
Reto Fehr / watson.ch

Avant, l’Alpstein (AI) servait de décor alpin paisible. On peut certes encore y trouver de la tranquillité, reste à savoir où et quand. Car depuis 2015, l’Aescher – et avec lui toute la région – a connu un coup de projecteur au niveau planétaire.

Le magazine National Geographic a mis en couverture cette auberge de montagne au cadre spectaculaire. Des stars comme Ashton Kutcher ou Roger Federer ont alors partagé des photos de leur passage sur place avec des millions d’abonnés.

La une du magazine il y a plus de dix ans.
La une du magazine il y a plus de dix ans..national geographic

Depuis, de nombreux curieux ont accouru pour eux aussi partager leurs impressions. L’Aescher, le Seealpsee et la Saxerlücke sont désormais devenus des hauts lieux touristiques fréquentés par des visiteurs du monde entier.

Tous ne connaissent pas les règles de la bienséance – ou ne les respectent simplement pas. Pour tenter d’y remédier, des rangers sont déployés depuis cette saison. Leur mission: sensibiliser sur la base d'un dialogue constructif.

Cet engouement ne s'explique toutefois pas seulement par les réseaux sociaux. «On connaissait déjà régulièrement des journées de très forte fréquentation dans les années 1970», explique Ruedi Zürcher, président de l’Association des aubergistes de montagne de l’Alpstein. «Mais à l’époque, c'était seulement le dimanche».

Il y a tout le temps du monde

Aujourd’hui, le grand parking de la station inférieure du téléphérique de l’Ebenalp, à Wasserauen se remplit davantage du lundi au dimanche. Il constitue le point de départ pour l’Aescher et le Seealpsee. Il faut parfois même déborder sur une immense prairie mise à disposition pour le stationnement.

Durant les mois d’été, les voitures remplacent les vaches.
Durant les mois d’été, les voitures remplacent les vaches.reto fehr

Un grand parking ne suffit évidemment pas à maîtriser les flux touristiques. Il existe par ailleurs aussi de très bonnes possibilités de park and ride à Gossau (SG), où le stationnement est gratuit le week-end, et la liaison ferroviaire vers Wasserauen est également bonne. D’autres concepts sont en outre à l’étude pour améliorer la situation.

Hormis l'affluence, il y a aussi le comportement des visiteurs. Tous n'ont pas conscience des règles à respecter lors d’une journée en montagne. C’est pourquoi, depuis cette année, des rangers sillonnent l’Alpstein dans le cadre d’un projet pilote de trois ans. Ils assurent une présence principalement le week-end, mais parfois aussi en semaine et le soir.

Ces rangers - quatorze au total - n’influencent aucunement le nombre de visiteurs. Leur rôle est d’aider à faire évoluer les comportements, surtout dans les lieux les plus fréquentés. Nous avons accompagné l’un d’eux, Daniel Staubli, au Seealpsee.

Il est l’un de ceux qui sillonnent la zone cet été.
Il est l’un de ceux qui sillonnent la zone cet été.reto fehr

Les «rangers» veillent au grain

Sa motivation principale? «Je passe énormément de temps dans la région et cela me permet de faire quelque chose d’utile». Lui-même habite près de Wil (SG), à environ 40 minutes en voiture.

Les rangers ne devraient-ils pas être des habitants du coin? «Dans notre équipe, environ la moitié le sont. L’autre moitié, comme moi, vient d'un peu plus loin. Je comprends parfois peut-être un peu mieux les gens, parce que je vis moi-même en plaine».

Les rangers ne sont pas habilités à infliger des amendes ni à intervenir en vertu de la loi comme pourraient le faire des policiers. Ils ne se considèrent d’ailleurs pas comme des «agents de l’ordre classiques». Ils vont à la rencontre des touristes d’égal à égal et leur signalent les comportements problématiques sans leur donner d’ordres de manière autoritaire.

«Si tu présentes les choses comme un conseil, cela fonctionne souvent mieux que si tu donnes un ordre»

«Jusqu’à présent, les gens ont toujours fait ce que je leur demandais», ajoute-t-il.

Le panneau signalant l’interdiction de faire du feu doit à nouveau être fixé près de l’espace barbecue.
Le panneau signalant l’interdiction de faire du feu doit à nouveau être fixé près de l’espace barbecue.reto fehr

Mais pourquoi faut-il des rangers? N’est-il pas évident de ramasser ses déchets, de ne pas écouter de musique à plein volume et de ni caresser ni nourrir les vaches? «Je ne comprendrai jamais pourquoi certains visiteurs laissent leurs détritus, par exemple», répond Daniel Staubli, avant de poursuivre:

«En plaine, certains les jettent aussi par la fenêtre de leur voiture. Donc ils n'ont pas de raison de faire autrement ici.»

Un problème sociétal, donc.

Une partie de la jeune génération a peut-être aussi récemment découvert la randonnée sans avoir auparavant été «obligée» d’en faire avec ses parents. «Mes parents m’ont appris dès le début à tout redescendre. Ca ne discutait pas, se souvient le ranger, ce sont les modèles qui manquent, parfois. Si quelqu’un n’en a pas eu, je suis là pour le sensibiliser.»

Tout semble en ordre avec ces baigneurs au bord du lac.
Tout semble en ordre avec ces baigneurs au bord du lac.reto fehr

La plupart du temps, cela ne cache pas forcément de mauvaise intention. Dans d’autres cultures, l’élimination des déchets et les systèmes de collecte ne sont pas aussi développés qu'en Suisse.

Les touristes viennent du monde entier

Car oui, les visiteurs que nous croisons autour du Seealpsee en ce beau samedi viennent incontestablement de la planète entière.

En revanche, Daniel Staubli n'est absolument pas mandaté pour ramasser les déchets. Cela pourrait même devenir contre-productif:

«Si les gens voient que quelqu’un nettoie de toute façon derrière eux, ils en laisseront encore davantage»

Il a bien sûr un sac-poubelle et des gants en caoutchouc avec lui, mais ne ramasse que les ordures les plus incommandantes, et généralement sans se faire remarquer.

En route vers l’un des coins de baignade les plus prisés.
En route vers l’un des coins de baignade les plus prisés.reto fehr

Car depuis cette saison, les touristes peuvent également se procurer de petits sacs-poubelle autour du lac, dans les auberges de montagne, aux principaux croisements de sentiers, dans les gares et aux points d’accès à l’Alpstein, puis les jeter une fois redescendus dans la vallée:

«Ca fonctionne très bien. Mais peut-être aussi parce qu’ils sont vraiment jolis et servent davantage de souvenir ou de sac pour les maillots de bain mouillés.»

Selon un premier bilan toutefois, les lieux seraient globalement devenus plus propres.

Toujours à portée de main.
Toujours à portée de main.reto fehr

La tenancière de la petite auberge au bout du lac confirme des problèmes d'ordure persistants. Nous le constatons nous-mêmes durant les 30 minutes environ que nous passons sur la terrasse.

Des clients viennent régulièrement lui remettre leurs déchets ou leurs sachets contenant des déjections canines, obligeant la patronne à leur expliquer que ce n’est pas possible.

Mieux vaut ne pas s’approcher aussi près des vaches que ces deux hommes pour prendre une photo.
Mieux vaut ne pas s’approcher aussi près des vaches que ces deux hommes pour prendre une photo.reto fehr

En parlant de chiens, autour du lac de Seealp, comme dans tout l’Alpstein pendant la saison, ceux-ci doivent être tenus en laisse. Il arrive malgré tout régulièrement que certains courent en liberté. Lorsque le ranger intervient, leurs propriétaires obtempèrent alors en se montrant très compréhensifs.

Difficile pourtant de croire qu’ils ignoraient la règle. Des panneaux très trônent un peu partout.

Il a fallu encadrer les touristes

Les écriteaux sont d’ailleurs l’un des moyens utilisés pour rappeler les consignes d'usage. Bon, d'accord, ils ne sautent pas toujours immédiatement aux yeux. On ne les trouve pas non plus en bas, près de la gare et du parking.

Camping interdit, pêche interdite, feux uniquement aux emplacements prévus, drones interdits, musique forte interdite: difficile de dire qu’on ne savait pas.
Camping interdit, pêche interdite, feux uniquement aux emplacements prévus, drones interdits, musique forte interdite: difficile de dire qu’on ne savait pas.reto fehr

Mais, en chemin, ils ont été posés sous les panneaux jaunes bien connus. Les informations sont par ailleurs disponibles en plusieurs langues à la buvette.

Le «je ne savais pas» en devient ainsi peu plausible. Même si Daniel Staubli le reconnaît: «Il faudrait peut-être parfois rendre tout cela plus visible encore».

Autre problème important dans la région, le camping sauvage. Il est en principe interdit en dehors des terrains prévus à cet effet dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures. Pourtant, les rangers rencontrent des campeurs pratiquement à chaque ronde. Ils les redirigent alors vers un alpage voisin où ils peuvent passer la nuit, en dépannage et moyennant finance.

Non, aucune créature miniature ne saute sur le dos de ce baigneur.
Non, aucune créature miniature ne saute sur le dos de ce baigneur.reto fehr

«En mai, j’ai rencontré un groupe. Il faisait un froid de canard et il y avait encore de la neige. Je leur ai dit: allez plutôt dans la vallée du Rhin, c’est beau et plus agréable là-bas à cette période. Ils ont suivi mon conseil», raconte Staubli. Au cours d’un service, qui dure environ une journée, il intervient entre 10 et 20 fois.

Face à certaines situations, les bras lui en tombent régulièrement. Il explique:

«Je rencontre sans cesse des Allemands ou des Polonais qui ont vu les images quelque part, roulent pratiquement toute la nuit et viennent uniquement pour prendre cette photo.»

Le public est clairement devenu plus international. Ce qui ne signifie pas pour autant que seuls les étrangers enfreignent les règles.

Les concernant, il est plus difficile de déterminer l'efficacité de du travail de prévention. En effet, ces personnes ne reviendront de toute façon jamais:

« Pour certains, il s’agit seulement de prendre la photo et de pouvoir dire "j’y étais"»

De nombreux rangers sont désormais déployés dans toute la Suisse et l’arc alpin. Peut-être que l’un des conseils donnés à ces instagrameurs leur servira lors d’un prochain séjour ailleurs dans le pays.

Les effets des rangers vont être évalués

L’utilité du travail de Daniel Staubli et de ses collègues fera l’objet d’un bilan détaillé après cette première saison. Certains estiment que ce n’est de toute façon qu’une goutte d’eau dans l’océan, tandis que d’autres croient à des effets positifs.

Alors que nous faisons plusieurs fois le tour du lac ce samedi, on remarque tout de même que certains identifient le ranger. Il porte certes une tenue officielle, mais ni gilet fluorescent ni vêtements particulièrement voyants. Et c’est voulu.

Daniel Staubli viendrait-il ici à titre privé le week-end? Il se contente de sourire et explique qu’il connaît suffisamment de chemins nettement plus tranquilles, même le samedi.

Il comprend aussi les locaux qui se plaignent d’un «trop grand nombre» de touristes:

«Quand on connaît cet endroit depuis longtemps et qu’on sait comment c’était autrefois, alors oui, bien sûr. Aujourd’hui, il y a certainement davantage de touristes dans les hotspots les plus prisés.»

Mais comprend-il que «tout le monde» veuille voir un jour le lac de Seealp de ses propres yeux? «Je trouve ça bien que les gens aillent dans la nature. Je suis très tolérant sur ce point et j’estime que tout le monde a le droit de venir ici. Mais il y a des règles à respecter».

Nos chemins se séparent dans l’après-midi. Daniel Staubli monte encore jusqu’à Meglisalp. Il y aurait là-haut un autre endroit où les campeurs sauvages aiment passer la nuit. À l’approche du soir, ils commencent peu à peu à se mettre en route. Quelqu’un lui a par ailleurs signalé une tente abandonnée.

Sur le chemin du retour vers le parking, je croise encore dans l’après-midi de nombreux marcheurs qui remontent la petite route escarpée. Certains portent des tentes. Les surveillants ne risquent pas de manquer de travail.

Plus tard, il m’envoie une photo de la tente abandonnée. Des randonneurs l’avaient déjà apportée jusqu’à Meglisalp. Il ne déplore sinon aucun incident majeur.

(Adaptation en français: Valentine Zenker)

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