L'«arnaqueur de Tinder romand» enfin face à ses victimes
C’est ce mercredi 19 août que s’ouvre le procès de «l'arnaqueur de Tinder romand». Souvenez-vous, en janvier 2025, une enquête de Blick avait révélé cette histoire complètement folle. Celui qui avait été surnommé Fabien, un Suisse âgé de 33 ans, était accusé d’avoir soutiré des dizaines de milliers de francs à de jeunes femmes à travers toute la Suisse romande, tout en leur faisant subir des violences psychologiques et des violences physiques. Love bombing, tentatives d’apitoiement, chantage, menaces, humiliations, violences physiques, coups: Fabien ne reculait devant rien pour parvenir à ses fins.
Devant le Tribunal régional du Jura bernois-Seeland, à Bienne, le prévenu doit répondre à une longue liste d'infractions: voies de fait à réitérées reprises, lésions corporelles simples, obtention illicite de prestations d’une assurance sociale ou de l’aide sociale, détournement de valeurs patrimoniales mises sous main de justice, injure, utilisation abusive d’une installation de télécommunication, menaces, contrainte ainsi que plusieurs infractions à la loi sur la circulation routière (dépassement de vitesse, usage abusif de plaques de contrôle et conduite sans autorisation). Il est présumé innocent.
Le «papa solo» qui ciblait les mères célibataires
Fabien affectionnait tout particulièrement les applications de rencontre en ligne pour cibler ses futures proies. De préférence, des mères célibataires ou des femmes fraîchement séparées. Pour inspirer confiance, Fabien n’hésitait pas à se mettre en scène sur TikTok, en «papa solo», victime de son ex-compagne qui l’empêchait de voir son enfant. Au fil des témoignages recueillis à l’époque par Blick, le même scénario se répétait: déclarations d’amour enflammées dès les premiers jours, emménagement rapide chez la femme choisie, confession sur sa situation difficile, mauvaise passe, besoin d’un coup de pouce. Puis, doucement, le piège se refermait.
Ce mythomane en série avait fait de l’escroquerie à la romance un métier. Blick avait égrené la liste de ses victimes dans ses colonnes. Vanessa Ramires avait emprunté 15 000 francs à une proche. Mélissa* avait perdu 10 000 francs, Elsa*, 500 francs et Laurence*, une Vaudoise, 4 000 francs. Nora*, cuisinière vaudoise, avait été plumée de 23 000 francs. Jeanne*, elle, de plus de 30 000. La Neuchâteloise est la seule à l’avoir fait condamner pour arnaque à la romance.
Puis il y avait eu Marine*, qui chiffrait ses pertes à 10 000 francs, et la Vaudoise Sabrije*, qui lui avait prêté un peu plus de 1000 francs sans jamais les revoir. Toutes l’ont mis aux poursuites. Sans succès. Ses amis hommes aussi en ont fait les frais. Stanis Bryois et Bastien* ont vu leur compte en banque s’alléger de 5 000 et 2 000 francs.
Une première audience complètement lunaire
Après une première tentative de procès lunaire en janvier 2025 – ni Fabien ni son avocat ne s'étaient présentés à l’audience –, la seconde devrait être la bonne pour les principales plaignantes, Vanessa Ramires et Laura Cirone.
Une année et demie s'est écoulée depuis cette audience avortée. Une éternité pour les deux femmes, qui ont tenté de reprendre le cours de leur vie tout en sachant que cette affaire finirait tôt ou tard par les rattraper.
Laura Cirone connaît Fabien mieux que la plupart de ses victimes présumées. Elle a partagé sa vie et a eu un fils avec lui. Dans l'enquête publiée par Blick en janvier 2025, la Bernoise racontait avoir subi des violences durant leur relation, y compris pendant sa grossesse. «J'ai été frappée, avant, pendant et après ma grossesse», témoignait-elle alors. Elle décrivait également les dénigrements incessants de son compagnon, qui lui répétait qu'elle était une mauvaise mère, et affirmait n'avoir jamais reçu les pensions alimentaires dues pour leur enfant. A watson, la cuisinière de 36 ans confie:
«Il ne reviendra pas, maman, t’es sûre?»
Vanessa Ramires avait, elle aussi, dénoncé des violences. La Fribourgeoise avait partagé la vie de Fabien durant environ une année avec son fils. Elle affirme que son ex-compagnon s'en était également pris à son garçonnet, à qui il avait assené une violente gifle. Un épisode qui, trois ans plus tard, continue de hanter le petit garçon. «Il se souvient de tout. Il évoque très souvent cet épisode. Et me demande: «Il ne reviendra pas, maman, t’es sûre?»
La relation avait aussi laissé Vanessa dans une situation financière catastrophique. Elle avait emprunté 15 000 francs à une proche et, après leur séparation, avait dû retourner vivre chez ses parents avec son fils.
Vanessa Ramires au micro de RTL
Si la Fribourgeoise est parvenue à rembourser ce prêt, les factures d’avocat continuent à s’empiler. «Je paie 750 francs par mois. J'ai déjà déboursé plus de 9000 francs et ce n'est pas terminé», déplore celle qui n’a pas droit à une assistance juridique, car elle vit sous le même toit que ses parents.
«Je me suis vraiment sentie lâchée par la justice », souffle-t-elle. Vanessa regrette d'autant plus cette situation que témoigner publiquement avait aussi, pour elle, un objectif: encourager d'autres femmes confrontées à des violences ou à des mécanismes similaires à pousser la porte d’un poste de police.
Pour les deux femmes, l'essentiel est désormais ailleurs: clore le chapitre d’une affaire qui rythme leur vie depuis plusieurs années.
Si Laura reste confiante – «J'attends de ce procès qu'il soit jugé à juste titre » –, Vanessa a cessé d'espérer que la justice puisse réparer tout ce que cette histoire lui a coûté.
La jeune femme âgée de 34 ans est toujours suivie par une psychologue. Elle a changé de métier. Elle n'a plus de dettes ni de poursuites. Et après plusieurs années passées chez ses parents, elle s'apprête enfin à emménager dans son propre appartement à la fin du mois. Elle conclut: «J'ai enfin trouvé mon chez-moi. Je me dis que le mois d'août sera au moins le mois du changement.»
*prénoms d'emprunt
