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Voici les réformes de l’AVS qui pourraient fonctionner

Les baisses de rentes sont hors de question: c'est ce que montre un sondage représentatif sur le financement de l'AVS.
Les baisses de rentes sont hors de question: c'est ce que montre un sondage représentatif sur le financement de l'AVS.Image: Arne Dedert / DPA

Le sondage qui tacle la stratégie du Conseil fédéral sur nos retraites

Le Conseil fédéral veut assainir l’AVS par une augmentation de la TVA, une mesure qui n’a aucune chance de réunir une majorité, comme le montre un sondage représentatif réalisé par le cabinet Deloitte. D’autres idées sont plus prometteuses.
26.08.2025, 12:2826.08.2025, 12:28
Florence Vuichard / ch media

La bonne nouvelle de la semaine dernière: le déficit de la caisse AVS est nettement moins important qu’on ne le pensait encore récemment, d'après les experts de la Confédération. Ceux-ci se montrent plus optimistes quant à l’évolution démographique et conjoncturelle et ont donc recalculé leurs projections avec de nouveaux chiffres.

Mais ces hypothèses pourraient vite se détériorer. L’économie risque de subir un coup dur si la Suisse ne parvient pas à éviter, par exemple, les droits de douane punitifs de 39% imposés par Donald Trump. De plus, il faut encore trouver une source de financement pour la 13e rente AVS.

Des solutions très impopulaires

Le Conseil fédéral veut financer cette rente supplémentaire, qui sera versée pour la première fois en 2026, par une hausse de la TVA de 0,7%. Mais cette solution n’est pas soutenue par une majorité, comme le montre clairement le nouveau sondage représentatif de Deloitte: seuls 26% des personnes interrogées y sont favorables, alors que près des deux tiers rejettent une telle augmentation.

Les autres propositions ne suscitent pas non plus l’enthousiasme des électeurs. L'augmentation de l’âge de la retraite, l’éternel cheval de bataille de la droite, se heurte à un refus très net: seuls 26% des sondés accepteraient de le déplacer à 67 ans, par exemple. Quant à l’idée d’adapter l’âge de la retraite à l’espérance de vie, elle ne convainc que 32% des sondés.

L’idée d’augmenter les cotisations salariales, portée par la gauche, obtient un peu plus de soutien: 44% y sont favorables, mais 49% s’y opposent. En revanche, la population refuse massivement toute réduction des rentes AVS, avec 81% de rejet. Même le gel des rentes au niveau actuel, ou une adaptation entraînant une hausse moins élevée qu’aujourd’hui, est rejeté par respectivement 73% et 66% des sondés.

La BNS devrait verser ses bénéfices

Que faire alors? Là encore, le sondage Deloitte apporte quelques réponses. Une courte majorité relative de 44% estime que la Confédération devrait augmenter sa contribution à l’AVS, tandis que 72% se prononcent pour que la Banque nationale suisse lui verse ses bénéfices.

De plus, 53% des personnes interrogées plaident pour une meilleure utilisation des marchés financiers afin de faire fructifier le capital de l’AVS. Autrement dit: obtenir plus de rendement des fonds existants pour améliorer la situation financière de l'AVS.

Reto Savoia, chef de Deloitte Suisse, reconnaît lui aussi qu'il s'agit là d'une grande opportunité qui n'a pas été suffisamment exploitée jusqu'à présent. Selon lui, si le fonds AVS pouvait investir avec un horizon de placement plus long, et pas seulement à court terme pour rester liquide, les rendements pourraient être améliorés.

Reto Savoia, directeur général de Deloitte Suisse.
Reto Savoia, directeur général de Deloitte Suisse.Image: dr

Doubler le fonds AVS

Pour y parvenir, il faudrait doubler la taille du fonds AVS, en passant de 50 à 100 milliards de francs. La Confédération devrait y contribuer sur plusieurs années, de manière temporaire. Un projet qui risque toutefois d’être difficile à mettre en place en période de finances fédérales serrées.

Savoia en est conscient. Il estime donc que ces dépenses supplémentaires devraient être compensées ailleurs. Et il ajoute:

«Nous paierons ces milliards de toute façon»
«Soit maintenant, pour constituer un capital supplémentaire permettant de garantir le financement durable de l’AVS, soit plus tard, quand il faudra combler ses déficits.»

Le chef de Deloitte Suisse est plus sceptique à l'égard de la proposition, très populaire dans son enquête, de faire appel à la Banque nationale. Outre les doutes concernant l'indépendance de la Banque nationale, il considère que les paiements ne sont «pas durables» ou «pas fiables» compte tenu des fluctuations importantes de ses bénéfices et de ses pertes.

Assouplir et récompenser les départs tardifs

Savoia reconnaît également un potentiel dans un autre résultat de l'enquête Deloitte: le soutien, selon lui élevé, à l'assouplissement de l'âge de la retraite:

«Les personnes interrogées ne considèrent pas seulement le fait de travailler plus longtemps comme une charge, mais aussi comme une opportunité»

Pour lui, c'est une opportunité qui n'est pas encore suffisamment exploitée. Un changement de mentalité s'impose en politique, mais aussi dans l'économie. Souvent, même dans les entreprises, tout le monde est obstinément fixé sur la date à laquelle les collaborateurs atteignent l'âge de la retraite.

«Nous devrions nous détacher de cette fixation à 65 ans»

Selon Savoia, chaque personne devrait pouvoir décider elle-même quand elle prend sa retraite, en fonction de sa santé, de sa situation financière et de son projet de vie. Un départ plus tardif serait récompensé par des rentes plus élevées. En parallèle, les entreprises devraient davantage valoriser leurs collaborateurs âgés.

Traduit de l'allemand par Anne Castella

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