«Choqués» par le verdict contre l’«arnaqueur de Tinder romand»
«Vous n'avez pas pu vous empêcher de recommencer. Ça, c'est le cycle de la violence.» Le constat de la présidente Rüfenacht est sévère à l'égard de Fabien, surnommé «l'arnaqueur de Tinder romand».
Ce jeudi, le Tribunal régional du Jura bernois-Seeland, à Bienne, l'a condamné à 240 jours de peine privative de liberté avec sursis pendant quatre ans. Le Ministère public avait requis 12 mois de prison ferme.
Le prévenu est notamment reconnu coupable de lésions corporelles simples et de contraintes à réitérées reprises. Il est également condamné pour injure et détournement de valeurs patrimoniales. Il est en revanche libéré de la prévention de menace et de certaines infractions à la loi sur la circulation routière.
Le tribunal a jugé crédibles les récits des parties plaignantes, Laura Cirone et Vanessa Ramires. Celui de cette dernière est notamment qualifié de «libre, détaillé et cohérent». A l’inverse, Fabien «minimise considérablement la violence» et tend à se déresponsabiliser et à se victimiser, estime la présidente.
La justice retient également des violences contre le fils de Vanessa, âgé de trois ans au moment des faits. Fabien l’a giflé, puis a empêché sa mère de le prendre dans ses bras pour le réconforter. Il lui a aussi imposé une douche froide, qualifiée par la présidente d’«acte de pouvoir arbitraire» sur un enfant.
Humiliations et violences
C’est surtout la similitude du scénario d’une relation à l’autre qui inquiète le tribunal. La présidente décrit des relations qui commencent par une phase de «lune de miel», avant que les tensions ne s’installent et que Fabien y réponde par la violence. Alors qu’une procédure concernant Laura était déjà en cours, il entame une relation avec Vanessa. Selon la présidente, son comportement devient même «de plus en plus humiliant et violent». Est décrit alors un homme qui profite du «gîte et du couvert» et du soutien logistique de ses compagnes, tout en les humiliant dans le cadre domestique.
Pour tenter d’enrayer ce cycle, le tribunal assortit son sursis de quatre ans d’une règle de conduite: Fabien devra suivre, à ses propres frais, un programme destiné aux auteurs de violences conjugales. Il devra notamment apprendre à repérer les situations où la tension monte et à prendre ses distances avant qu’elles ne dégénèrent. La présidente insiste:
Malgré ce constat, Fabien n'ira pas en prison. Une décision difficile à encaisser pour les parties plaignantes, alors que le Ministère public avait réclamé une peine ferme.
La colère des victimes
A l'issue de l'audience, Laura Cirone ne cache pas sa colère. Encore sonnée par le verdict, elle confie:
La cuisinière âgée de 34 ans pointe surtout le contraste entre les mots très sévères de la présidente à l’égard de Fabien et la peine prononcée. «Quand on entend comment elle a parlé de lui, comment elle a décrit avec précision le cycle de violences et qu’au final il n'écope que d'un sursis… C’est hallucinant.»
Le tribunal a, par ailleurs, accordé 3000 francs de tort moral à Laura Cirone, 1200 francs à Vanessa Ramires et 1500 francs au fils de cette dernière. Pour Vanessa, la justice retient notamment les conséquences psychiques des actes commis par son ex-compagnon. Concernant le petit garçon, le tribunal considère également les atteintes psychiques comme établies. Il relève la peur persistante que l'enfant garde de Fabien.
Après trois années de procédure, Vanessa Ramires est amère.
Une dizaine de Romandes lésées
Car face à la justice, toutes les femmes qui ont croisé la route de «l’arnaqueur de Tinder romand» ont connu un destin différent. L’enquête publiée par Blick en janvier 2025 avait révélé les témoignages de nombreuses victimes, certaines ayant perdu plusieurs dizaines de milliers de francs.
Pour certaines, les plaintes pour escroquerie à la romance avaient été rejetées par les ministères publics neuchâtelois et valaisan. D’autres avaient tenté de récupérer leur argent par la voie des poursuites. Sans succès.
La Neuchâteloise Jeanne*, est la seule à être parvenue à faire condamner Fabien pour escroquerie à la romance dans une procédure distincte.
Laura Cirone et Vanessa Ramires auront attendu plusieurs années pour voir les violences qu’elles dénonçaient reconnues par un tribunal. Les faits sont désormais reconnus par la justice. Pour les deux femmes, la sanction, elle, n’est pas à la hauteur.
*prénom d'emprunt
