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Suisse alémanique

Ces Suisses skient entre les prairies et racontent

Piste in Elm
Skier au milieu des prés – ça reste possible dans la station d'Elm, et son unique piste praticable.Image: watson

«On prend ce qu'on a»: ces Suisses skient entre les prairies

Beaucoup de stations suisses se plaignent du manque de neige. A Elm, dans le canton de Glaris, il n'y a plus qu'une seule piste ouverte, mais l'on continue malgré tout à skier. Pourquoi tant d'acharnement? Reportage.
01.01.2026, 11:5601.01.2026, 11:56
Hanna Hubacher
Hanna Hubacher
Michael Shepherd
Michael Shepherd

Une épaisse couche de brouillard recouvre le plateau suisse, tandis qu'à Elm, dans le canton de Glaris, le soleil brille. Le parking de la télécabine Elm-Ämpächli déborde. Elle monte à 1486 mètres, où elle débouche dans un domaine skiable verdoyant.

Car à Elm, comme presque partout en Suisse cet hiver, la neige fait cruellement défaut. Seules deux pistes sur seize sont ouvertes, dont la petite piste d'entraînement pour les enfants.

Malgré des conditions d'enneigement moyennes, les terrasses sont bien remplies: familles, groupes de jeunes, seniors, dont beaucoup sont en tenue de randonnée. Au soleil, il fait une chaleur printanière. Des skis et des snowboards sont posés devant le refuge.

La randonnée remplace la luge

Un peu à l'écart, trois jeunes femmes en combinaison photographient le panorama montagneux. Line, Basma et Maya sont en fait venues à Elm pour la luge. Maya arrive de France pour rendre visite à ses amies, les deux autres voulaient lui montrer la neige. «Mais là, on fait plutôt de la randonnée», confie Basma, 20 ans, en montrant les prairies verdoyantes qui les entourent, avant d'ajouter:

«Il n'y a pas de neige»
Line, Maya und Basma in Elm
Line, Maya et Basma sont venues de Zurich pour faire de la luge.Image: watson

Une famille croisée sur le chemin aurait aussi aimé faire de la luge. Il lui faudra se contenter d'une promenade. «C'est dommage pour les enfants», déplore la mère.

Mais le malheur des uns fait le bonheur des autres. A l'image d'Elisabeth, 78 ans. Sa veste nouée autour de la taille, elle parcourt le sentier caillouteux, équipée de ses bâtons de marche. Elle passe ses vacances dans sa résidence secondaire.

«Cela ne me dérange pas du tout. Certains sont dans le mauvais temps et le brouillard. Nous avons du soleil, c'est une chance»
Elisabeth in Elm
Elisabeth ne se formalise pas de l'absence de neige: «On a de la chance».Image: watson

Optimisme chez les skieurs

Plus loin, des skieurs et snowboardeurs en combinaisons colorées dévalent tout de même la montagne sur une bande blanche. Tout autour d'eux: des prairies verdoyantes. La piste bleue est la seule – hormis celle pour les enfants – qui soit ouverte. «Elle est bien préparée», estime un élève adulte de snowboard assis à côté de son professeur au bord de la piste.

La bande blanche passe devant une buvette, la Munggä. Sur sa terrasse, presque toutes les tables sont occupées. A 57 ans, Reto profite comme il peut de sa journée. La neige est certes un peu molle l'après-midi. Mais un facteur le réjouit: «Il n'y a pas trop de monde».

Reto im Skigebiet Elm
Reto est content de pouvoir skier.Image: watson

Non loin, deux adolescents se dirigent d'un pas décidé vers la petite auberge. Wim et Ben, respectivement 15 et 16 ans, participent à un camp de ski de plusieurs jours. «C'est très monotone, mais on prend ce qu'il y a à prendre», confie Ben. Wim appuie l'opinion de son camarde et approuve l'idée d'avoir maintenu le programme malgré le manque de neige:

«Je préfère skier sur de la neige artificielle plutôt que de ne pas skier du tout»
Wim, 15 ans

Un autre monsieur rencontré passe toute la semaine sur place avec sa famille. Leur journée de ski se termine peu avant 14h30. Huit descentes sur l'unique piste lui suffisent. «C'est un peu pénible, mais les exploitants font ce qu'ils peuvent».

Chiffre d'affaires en baisse

Les exploitants, ce sont les remontées mécaniques. Leur directeur, Stefan Elmer comprend la déception des touristes: «En ce moment, ils n'en ont pas pour leur argent». Pour éviter une hypothétique grogne de la clientèle, les remontées ont fait un geste et baissé le prix des forfaits de 10%.

«Nous vendons nettement moins de forfaits qu'à Noël dernier»
Stefan Elmer, directeur des remontées mécaniques d'Elm

Il n'est pas encore en mesure d'articuler de chiffres précis, mais une chose est sûre et même logique: la situation actuelle entraîne une baisse du chiffre d'affaires.

Si la fréquentation se maintient malgré tout, c'est grâce au soleil. Les pertes sur les forfaits sont ainsi compensées par les randonneurs qui utilisent la télécabine et s'attablent dans les restaurants d'altitude.

Et Stefan Elmer de préciser:

«Le beau temps importe tout autant que la neige»

Comme d'autres stations de même altitude, Elm mise d'ailleurs toujours davantage sur le tourisme estival et automnal. L'hiver demeure néanmoins la saison la plus lucrative, estime le responsable.

Conséquence: les remontées prévoient de développer leur système d'enneigement artificiel l'année prochaine. Cette solution nécessite beaucoup d'eau et d'énergie, mais Stefan Elmer relativise les préoccupations écologiques. Comparés au transport de la clientèle et à son hébergement, les «canons à neige» ne génèrent qu'une faible part des émissions de CO₂, selon lui.

Et d'enchaîner avec optimisme:

«L'hiver est loin d'être terminé»
Stefan Elmer, directeur des remontées mécaniques d'Elm

La haute saison, celle des vacances de février, n'a pas encore commencé. L'enneigement artificiel pourra se poursuivre dans la nuit de mardi à mercredi et on attend des précipitations la semaine prochaine. Avant cela, une grande fête du Nouvel An est organisée dans le domaine skiable, dont Stefan Elmer espère qu'elle remplira les restaurants.

Familie im Skigebiet Elm
Cette famille est venue avant tout pour le soleil et les frites.Image: watson

A 16 heures, le parking près de la télécabine s'est quasiment vidé. Une famille se déshabille devant sa voiture. Les enfants, fatigués, sont assis sur le bord du coffre. «Ce n'était pas une bonne journée», conclut la mère. Mais ils voulaient absolument aller skier pendant les vacances. Heureusement qu'il y a eu du soleil et des frites. Cependant, la famille ne reviendra pas dans ces conditions. Elle préfère attendre la neige.

(Adaptation en français: Valentine Zenker)

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Video: watson
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