Rima Hassan à l'Uni de Genève: le rectorat défend sa décision
Après sa venue au festival Fri-Son de Fribourg en janvier 2025, au festival Black Movie de Genève le même mois et la même année, au Parlement fédéral en juin 2026 à l’invitation du conseiller aux Etats socialiste genevois Carlo Sommaruga, président du groupe parlementaire Suisse-Palestine, la militante pro-palestinienne Rima Hassan participera, le 23 septembre, à une table ronde à l’Université de Genève, a appris watson et comme indiqué sur une publication du réseau Linkedin.
L'eurodéputée répond à l’invitation d’une doctorante en droit de l’Unige, qui coorganise cet événement avec l’AESPRI, l'Association des étudiants en science politique et relations internationales, et une assistante-doctorante au Global Studies Institute de l’Unige, qui modérera les échanges.
Autorisations nécessaires
Thème de la rencontre: «Médias et Palestine: la bataille des récits». Sont également conviées à cette table ronde la journaliste indépendante Khadija Toufik, présentée comme «reporter de guerre», et Manal Totry Jubran, professeure de droit à l’Université Bar-Ilan, située en Israël.
Comme l'indique encore la publication Linkedin dédiée à ce débat:
La venue en Suisse Rima Hassan, élue de La France insoumise, le parti de gauche radicale du candidat à la présidentielle française Jean-Luc Mélenchon, ne passe jamais inaperçue. Sa participation à Fri-Son avait été précédée d’une autorisation du Conseil d’Etat fribourgeois. Sa visite au Parlement fédéral, cette année, avait suscité l’opposition de l’UDC.
Outre la réputation sulfureuse de Rima Hassan, devenue une icône de la défense du peuple palestinien dans le monde francophone, c’est son procès à venir, en octobre (il devait avoir lieu initialement en juillet), pour «apologie du terrorisme», qui fait débat dès lors qu’elle est invitée à se rendre dans une institution publique.
Procès pour «apologie du terrorisme»
Le 26 mars, l’eurodéputée insoumise avait publié un tweet, dans lequel elle faisait référence à Kōzō Okamoto. Le tweet renvoyait, sans distance critique, à un attentat perpétré le 30 mai 1972 à l'aéroport israélien de Lod-Tel Aviv, dans lequel Kōzō Okamoto, un Japonais de l’Armée rouge japonaise, était impliqué.
L’attentat avait fait 26 morts, dont un Canadien, huit Israéliens et 17 citoyens américains de Porto Rico. Le tweet de Rima Hassan était accompagné de la citation suivante du terroriste japonais, mort cette année en juillet:
Le tweet litigieux👇
Dans un long portrait nuancé consacré aux polémiques et affaires judiciaires concernant Rima Hassan, le journal Le Monde se demandait, le 27 août dernier, au sujet du tweet lui valant un procès:
Que dit l'Université de Genève?
Informé en amont du projet de table ronde avec la participation de Rima Hassan, le rectorat a donné son autorisation, signale à watson le service de communication de l’Unige. Interrogé sur le procès prévu en octobre où elle doit comparaître pour «apologie du terrorisme», le service de presse répond:
Le service de presse ajoute:
En février dernier, le rectorat avait déjà donné son autorisation à la venue dans ses murs pour une conférence du porte-parole du collectif «Urgence Palestine», Omar Alsoumi, qui devait être jugé en mai en France pour «apologie du terrorisme».
A propos de pluralisme, des membres du corps professoral de l’Unige feraient valoir leur malaise face à la table ronde du 23 septembre, qui «ne respecte pas la pluralité des approches», estime l'un d'eux, qui demande, sous couvert d'anonymat:
Banaliser l'accusation de génocide contre Israël?
Ces enseignants critiqueraient en particulier l’absence de tout membre académique de l’Unige à cette table ronde, «alors que beaucoup parmi eux ont une expertise sur le sujet», affirme notre interlocuteur.
Lequel soupçonne «ce type de rencontre de vouloir, au nom d’une critique des narratifs médiatiques, imposer un narratif cherchant à banaliser l’accusation de génocide contre Israël, alors que ce terme représente un enjeu à la fois juridique, politique et historique».
Autre crainte: que «des propos flirtant avec l’antisémitisme fusent au cours de la rencontre».
Les organisateurs de la table ronde mettent en garde sur ce point:
Jointes par e-mail par watson pour leur donner la parole, deux personnes liées à l’organisation de la table ronde n’avaient pas donné suite au moment de la publication de cet article.
«Grain de sable dans le système»
Le média français engagé à gauche Arrêt sur images décrit Khadija Toufik, l’une des trois invitées du débat, comme un «grain de sable dans le système».
Le site poursuit:
Professeure récompensée de plusieurs prix
La troisième invitée, Manal Totry-Jubran, issue de la minorité arabe en Israël, appartient au monde académique. Cette docteure en droit, professeure associée à l’Université Bar Ilan, dans le district de Tel-Aviv, a été récompensée de plusieurs prix pour ses travaux, dont l’un en 2023 pour la rédaction d’«articles juridiques exceptionnels en hébreu».
En 2024, une plateforme juridique néerlandaise publiait l'un des ses articles, intitulé, en français: «La crise de la démocratie dans le chaos de l'attaque du 7 octobre et de la guerre à Gaza: le cas des citoyens palestiniens d'Israël».
