A première vue, les chiffres du tourisme suisse semblent bons: au cours des neuf premiers mois de 2024, l'hôtellerie a enregistré 33,7 millions de nuitées, soit 1,8% de plus que l'année précédente. Mais à y regarder de plus près, le tableau s'assombrit. Le nombre d'hôtes nationaux, principal pilier de la branche, a connu une baisse de 0,6% au cours des trois premiers trimestres. Seule la hausse de 4,3% des touristes en provenance de l'étranger a permis d'obtenir un bilan positif.
Pour la première fois depuis longtemps, septembre, très pluvieux cette année, a enregistré une baisse globale des nuitées, en l'occurrence de 1,4%. Certes, les visiteurs étrangers ont été 2,9% plus nombreux à séjourner dans les hôtels qu'au même mois l'année précédente. Mais ils n'ont pas réussi à compenser la baisse de 5,7% des hôtes indigènes. C'est ce que montrent les données publiées lundi par l'Office fédéral de la statistique.
Les taux de croissance spectaculaires de la période post-Covid semblent terminés pour le moment. Cela pourrait surtout affecter certaines régions de montagne. Les régions à caractère urbain s'en sortent un peu mieux. La part des visiteurs étrangers y est plus élevée. En effet, ces derniers planifient souvent leurs vacances à l'avance et viennent même s'il pleut. Et pour les visiteurs locaux, un mauvais temps est un obstacle moins rédhibitoire pour le tourisme urbain que pour une excursion en montagne.
Au cours des neuf premiers mois, les cantons de Genève, d’Argovie et de Zurich ont enregistré les plus fortes augmentations par rapport à l’année précédente. En revanche, le Tessin, Uri et le Valais ont connu une baisse du nombre de nuitées. Le canton des Grisons a progressé légèrement en dessous de la moyenne nationale. Après neuf mois, le canton de Berne comptait le plus grand nombre de nuitées, suivi de Zurich et des Grisons. Cette tendance se répète chaque année, bien que Zurich dépasse généralement Berne sur l'ensemble de l'année, car Zurich obtient de meilleurs résultats durant les trois derniers mois de l’année.
Si l'on considère les plus grandes communes touristiques avec une moyenne d'au moins 10 000 nuitées par mois, le tableau est surprenant. Par rapport à l'année précédente, de nombreuses destinations connues sont dans le rouge. Crans-Montana (VS) a enregistré 10,6% de nuitées en moins au cours des neuf premiers mois par rapport à la même période de l'année précédente, Flims (GR), 8,4%, Adelboden (BE) 6,8%. Saanen (BE), Saas-Fee (VS) ou Lugano ont également perdu des visiteurs.
La commune aéroportuaire genevoise de Vernier a enregistré la plus forte croissance, avec une hausse de 55,6% des nuitées. Thoune, Coire, Winterthour et Unterseen, dans les cantons de Berne, Zurich et des Grisons, ont également connu une croissance à deux chiffres.
Sur une période de cinq ans, une tendance similaire se dessine. Vernier enregistre la plus forte hausse avec une augmentation de 128,9% des nuitées par rapport aux trois premiers trimestres de l'année 2019, suivie de Kloten, la commune aéroportuaire zurichoise (+79,9%), de Sion (+70,5%) et de Meyrin (GE) (+64,2%). En revanche, les plus fortes baisses des nuitées sur cette période de cinq ans ont été observées à Saas-Fee (VS) (-29,9%), suivie de Leysin (VD) (-14,8%), Davos (GR) (-13,5%), Locarno (-12,9%) et Crans-Montana (VS) (-12,4%).
En chiffres absolus, la ville de Zurich est restée la commune qui a enregistré le plus grand nombre de nuitées au cours des neuf premiers mois de l'année. Elle est parvenue à augmenter ce chiffre de 4,6% pour dépasser les 3 millions. Genève arrive en deuxième position avec une hausse de 2,8%, soit près de 1,8 million de nuitées, et Zermatt en troisième position avec une augmentation de 1,0%, soit près de 1,4 million de nuitées.
Parmi les six grandes villes de Suisse, Berne se distingue particulièrement au cours des cinq dernières années: la ville a augmenté le nombre de ses nuitées de 31,6% au cours des neuf premiers mois entre 2019 et 2024. La capitale vaudoise, Lausanne, s'en est moins bien sortie, puisqu'elle est toujours en baisse de 4,4%. Le nombre de nuitées a également progressé moins vite que la moyenne à Lucerne (+2,7%), qui souffre de la lente reprise du marché asiatique. Suivent Bâle (+4,2%), Genève (+4,9%) et Zurich (+8,8%).
En chiffres absolus, c'est la ville de Zurich qui enregistre la plus forte hausse en cinq ans: après trois trimestres, elle affiche 244 136 nuitées de plus qu'en 2019. Suivent Meyrin (GE) (+211 391), Berne (+197 527), Kloten (ZH) (+163 557) et Grindelwald (BE) (+131 746). A l'autre bout du classement, Davos (GR) perd un total de 102 494 nuitées, suivi de Saas-Fee (VS) (-77 857), Lauterbrunnen (BE) (-55 854), Montreux (VD) (-42 560) et Engelberg (OW) (-35 131).
Le tableau ci-dessous présente les nuitées des 189 plus grandes communes touristiques ainsi que leur variation en pourcentage.
Traduit et adapté par Noëline Flippe