Les services de Parmelin ont bloqué l’exposition d’un drone russe à Davos
Le président Volodymyr Zelensky a lui-même mentionné cette arme redoutée dans son discours, jeudi, au Forum économique mondial de Davos (WEF): «Les Shahed sont toujours là», a-t-il déclaré.
Les Shahed ce sont des drones de conception iranienne, utilisés par la Russie en essaims pour frapper la population civile ukrainienne, causant d’importants dégâts aux bâtiments et aux infrastructures. Après des attaques impliquant des centaines de drones, dont des Shahed, des milliers de foyers en Ukraine sont actuellement privés de chauffage, d’électricité et d’eau, par des températures glaciales.
Kiev a demandé une aide d’urgence à Berne pour la population. C’est ce qu’a déclaré le président de la Confédération, Guy Parmelin, après s’être entretenu avec Volodymyr Zelensky à Davos.
Au Département fédéral de l’économie de Parmelin, on sait donc très bien quelle menace les drones Shahed représentent pour la population civile à Kiev et dans de nombreuses autres villes ukrainiennes.
Les Shahed comme menace pour la Suisse
C’est aussi ce que savent les organisateurs de l’«Ukraine House» à Davos. Comme chaque année depuis l’attaque russe de 2022, les horreurs de la guerre y sont présentées dans une exposition durant le WEF, dans le but de réveiller les dirigeants, les leaders d’opinion et les politiciens.
Le lieu en question 👇
Cette fois, l’exposition a été organisée par Björn Geldhof, un Belge qui vit en Ukraine depuis 2009. Il l’a placée sous le titre «The futures’ frontline», la ligne de front du futur. «Aujourd’hui, la ligne de front est en Ukraine», confie-t-il dans un entretien avec Schweiz am Wochenende. Il ajoute:
Ce sont presque les mêmes mots que ceux employés par le président ukrainien dans son discours à Davos.
Ce scénario est représenté dans une vidéo produite à l’aide de l’intelligence artificielle: elle montre, à travers des images d’un réalisme apparent, des dizaines de drones Shahed s’écrasant dans des villes d’Europe occidentale. Davos est également touchée, avec des explosions près de la gare ou du centre des congrès.
L'idée? Montrer aux participants un vrai drone
Le commissaire de l’exposition, Björn Geldhof, aurait également souhaité présenter au «Ukraine House» l’épave d’un drone abattu par l’armée ukrainienne.
Il voulait rendre perceptible la taille impressionnante de cette arme.
Voyez plutôt 👇
Les Shahed ne sont pas de petits drones comme ceux que l’on trouve dans les magasins de jouets: ils mesurent environ trois mètres et demi de long et deux mètres et demi de large.
Mais au «Ukraine House», aucun drone Shahed n’était visible. Et ce, bien que les autorités de Davos aient, selon Björn Geldhof, autorisé la présentation de l’épave comme objet d’exposition. L’importation a échoué à cause des autorités fédérales, plus précisément au Secrétariat d’Etat à l’Economie (Seco), rattaché au Département fédéral de l’Economie du président de la Confédération, Guy Parmelin.
Pourquoi la Suisse ne veut pas de ce drone à Davos
Attention, c'est kafakien. Interrogé à ce sujet, le Seco a déclaré:
Jusque là, on suit.
Or, la loi suisse sur le matériel de guerre ne connaît pas de notion de «démilitarisation»: «Cela signifie qu’en principe, même du matériel de guerre endommagé reste soumis au champ d’application de la loi tant qu’il n’est pas entièrement détruit».
Le drone est donc couvert par l’embargo sur les armes à l’égard de l’Ukraine, «et l’importation temporaire suivie d’une réexportation vers l’Ukraine est interdite».
Même pour un petit saut de quelques jours à Davos, ça ne rigole pas.
Par cet embargo sur les armes, la Confédération entend garantir que la neutralité suisse ne soit pas violée. Aucun matériel militaire ne peut être livré à l’une des parties au conflit, même indirectement. La question occupe la classe politique depuis le début de la guerre.
D’une part, parce qu’au début de la guerre en particulier, des Etats européens ont vainement demandé à la Suisse l’autorisation de livrer à l’Ukraine du matériel de guerre qu’ils avaient autrefois acheté en Suisse. D’autre part, parce que cela exclut l’industrie suisse de l’armement des chaînes internationales de production et d’approvisionnement.
Mais ce drone, il ressemblait à quoi?
La loi s’applique donc désormais aussi à l’épave d’un drone Shahed qui devait être importée explicitement comme simple objet d’exposition. Il ne s’agirait que de la coque du drone, assure le commissaire de l’exposition, Björn Geldhof:
Il présente une expertise de l’Institut de recherche sur l’armement de l’armée ukrainienne, qui a examiné l’épave évidée du drone. L’appareil «présente des dommages au niveau du nez, et les composants assurant l’exécution de ses fonctions prévues manquent entièrement», indique le rapport en anglais.
Les experts ukrainiens concluent:
Il s’agit donc de débris de drone officiellement attestés. Mais pour les autorités fédérales à Berne, il s’agit néanmoins toujours d’une arme. On ne rigole pas.
Peut-être que les organisateurs et organisatrices de l’«Ukraine House» feraient mieux, l’an prochain, de s’adresser au Bureau fédéral de la culture s’ils souhaitent importer un objet d’exposition. (jah)
(Traduis de l'allemand par Tim Boekholt)
