«Redonner du pouvoir d’achat»: la promesse de la droite vaudoise
Il n’y a pas que la saga Valérie Dittli qui rythmera la vie politique vaudoise ces prochaines semaines. La campagne autour de l'initiative visant à baisser de 12% l’impôt cantonal sur le revenu et la fortune des personnes physiques s’annonce déjà houleuse. Et promet quelques belles passes d’armes jusqu’au 27 septembre, date à laquelle les Vaudoises et Vaudois se prononceront.
Dénoncé comme «une arnaque fiscale» et «le casse du siècle» par ses opposants, le texte était défendu ce lundi 17 août par son comité de soutien, réuni dans l’un des salons feutrés de l’Hôtel de la Paix, à Lausanne. Dans ses rangs, on retrouve notamment l’UDC, le PLR, les Vert’libéraux, ainsi que la Chambre vaudoise immobilière (CVI), la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI) et la Fédération patronale vaudoise (FPV).
La classe moyenne au cœur de l’offensive
Pour le comité, qui avait récolté plus de 28 000 signatures lors du dépôt du texte, en avril 2023, il s’agit de corriger une fiscalité vaudoise jugée «vorace» et de «redonner du pouvoir d’achat aux classes moyennes». Les initiants affirment que Vaud pratique l’une des fiscalités les plus lourdes du pays pour les personnes physiques, juste derrière Genève.
Olivier Feller, conseiller national PLR et figure de proue du texte, a donc égrené les comparaisons intercantonales. Selon les chiffres présentés par le comité, un couple marié avec deux enfants et 125 000 francs de revenu brut paie 12 047 francs d’impôt cantonal dans le canton de Vaud, contre 6406 francs à Zurich. Il lance:
Même avec 12% de moins, assure-t-il, Vaud resterait dans la moyenne supérieure des cantons en matière d’imposition des personnes physiques.
Aurore Müller Gaudard, cheffe d’entreprise et présidente du comité de soutien, a insisté, elle, sur les salariés, indépendants, retraités ou patrons de PME dont les charges s’accumulent. «Profiter du fruit de son travail, c’est particulièrement important pour la classe moyenne.»
Chef du groupe vert’libéral au Grand Conseil, Jérôme de Benedictis a défendu une mesure «juste et simple», mais aussi «rapide» avec une application dès 2027. Réfutant l'idée d'un «cadeau aux riches», il a affirmé que cet allègement fiscal serait «efficace» et toucherait «directement» la classe moyenne, avec des rabais d'impôt qui ne seront «pas négligeables».
Et les 272 millions alors?
Sauf que les finances vaudoises sont dans le rouge. L’exercice 2025 a été bouclé sur un déficit de 156 millions de francs et le budget 2026 table sur environ 300 millions de déficit. Selon le Conseil d’Etat, l’acceptation de l’initiative entraînerait 272 millions de francs de recettes fiscales en moins par rapport aux allègements de 7% de l’impôt sur le revenu déjà prévus d’ici 2027. Alors, comment absorber ce manque à gagner?
Sur ce point, les initiants tablent sur les 3,2 milliards de francs de réserve de liquidités et quasi-liquidités dont dispose l’Etat. Et parient surtout sur la poursuite de la hausse de ses recettes fiscales année après année. Cédric Weissert, chef du groupe UDC au Grand Conseil résume:
Et de reprocher dans la foulée à la gauche de «jouer sur la peur» en agitant la menace de coupes dans les prestations essentielles à la population.
Quant au choix du timing de l’initiative, alors que les finances cantonales vont mal, Olivier Feller est affirmatif.
La bataille jusqu’au 27 septembre devrait donc largement se jouer autour des conséquences de ces 272 millions de recettes en moins. La gauche y voit la porte ouverte à des coupes et à un démantèlement des prestations publiques. Les initiants, eux, assurent que ce scénario n’aura pas lieu et accusent leurs adversaires de jouer sur la peur. Deux visions qui promettent une fin de campagne mouvementée.
