Un gardien de prison aidait des détenus romands à falsifier des preuves
Un désormais ancien gardien de la prison vaudoise de la Croisée vient d’être condamné par le Ministère public vaudois. Durant plusieurs mois, cet agent de détention a franchi la ligne rouge. Haschisch introduit derrière les barreaux, argent encaissé, messages clandestins transmis à des proches de détenus: entre avril et août 2025, ce gardien est progressivement devenu leur intermédiaire avec le monde extérieur.
Ces faits viennent de lui valoir une condamnation à six mois de prison avec sursis pendant deux ans et à 300 francs d’amende. L’ordonnance pénale rendue en juillet par le Ministère public vaudois n’ayant pas été contestée, elle est entrée en force.
Tout semble commencer en avril 2025. L’agent récupère à l’extérieur, auprès de contacts fournis par un détenu, deux lots de 15 grammes de haschisch. Il les lui remet en prison et reçoit, à chaque fois, 100 francs pour le service rendu. Quelques semaines plus tard, début juin, il recommence pour un autre détenu. Cette fois, il se procure une barrette de haschisch auprès d'un contact que le prisonnier lui a indiqué avant de la faire entrer à la Croisée.
Payé pour d'autres services illégaux
Ce natif du Maroc ne se limite pas aux stupéfiants. Le 1er mai, un homme lui verse 80 francs afin qu’il transmette un numéro de téléphone et une vapoteuse à un détenu. Le gardien ne s’exécutera finalement pas. Il conservera néanmoins l’argent. Mais l’aspect le plus sérieux de l’affaire se joue durant l’été 2025.
L'individu devient alors la courroie de transmission d’un détenu condamné pour des escroqueries, qui cherche depuis sa cellule à communiquer avec ses proches. En juillet et août, le gardien photographie des messages manuscrits du prisonnier avant de les envoyer à l’extérieur. Selon le Ministère public, ces instructions visaient notamment à falsifier des preuves matérielles et à empêcher la confiscation de valeurs patrimoniales provenant d’escroqueries.
Dans l’un de ces messages, le détenu demande par exemple à sa compagne de réunir des preuves de paiement concernant deux voitures et de faire signer des conventions commerciales en les antidatant à mars 2024.
Un autre document manuscrit sera retrouvé directement au domicile de l’agent lors d’une perquisition, le 26 août 2025. Le détenu y demande qu’un message soit transmis à une connaissance afin d’obtenir rapidement l’intervention d’un troisième avocat, notamment parce qu’il veut agir «avant que la police récupère les preuves» en sa possession.
Pour avoir servi de relais à ces démarches, le gardien a été reconnu coupable de complicité de blanchiment d’argent. A cela s’ajoutent l’abus d’autorité et la corruption passive pour les services clandestins rendus depuis la prison.
Des hormones et des stéroïdes chez lui
La perquisition va encore réserver une surprise aux enquêteurs. L’affaire déborde alors largement des murs de la Croisée. Dans le courant de 2024, avant les faits commis en prison, l’homme avait commandé sur un site chinois des médicaments et des produits anabolisants. Pour les acheminer, il les faisait d’abord livrer en France voisine avant de les importer clandestinement en Suisse.
Certaines commandes étaient groupées avec celles de connaissances. Les policiers découvriront chez lui un véritable assortiment: 44 fioles d’hormones de croissance, mais aussi des stéroïdes anabolisants et différents médicaments ou substances soumises à réglementation. Six comprimés supplémentaires seront retrouvés sur son lieu de travail.
Au terme de l’enquête, le Ministère public a retenu six infractions, allant de la corruption passive et l’abus d’autorité à la complicité de blanchiment d’argent, en passant par les infractions relatives aux stupéfiants et aux produits thérapeutiques.
Le procureur a fixé cet été la sanction à six mois de prison avec sursis pendant deux ans, soit, précise-t-il, une peine privative de liberté restant «tout juste» dans les limites permettant de régler l'affaire par ordonnance pénale. Une amende de 300 francs s’y ajoute
Le condamné n’a pas fait opposition. De plus, son ancien employeur, le Spen (Service pénitentiaire vaudois) a confirmé à watson que cet individu ne travaillait plus comme agent de détention.
