Suisse
Vaud

Le fiasco du F-35 menace ce plan à 24 milliards pour l'armée

Martin Pfister, chef du DDPS. Un F-35 et un missile sol-air: deux armements de la nouvelle armée suisse.
Martin Pfister, chef du DDPS. Un F-35 et un missile sol-air: deux armements de la nouvelle armée suisse.image: watson

Le fiasco du F-35 menace ce plan à 24 milliards pour l'armée suisse

Alors qu'enfle le scandale du F-35, la commission de la politique de sécurité du Conseil des Etats vote un plan pour l'armement dont watson révèle les détails à trois jours du début de la session d'automne des Chambres fédérales.
12.09.2026, 07:0212.09.2026, 08:24

Le scandale du F-35 menace de parasiter le plan pour l’armement du conseiller fédéral en charge de la Défense, Martin Pfister. De le faire capoter? La commission de la politique de sécurité (CPS) du Conseil des Etats s’est entendue, jeudi, sur le financement d’un paquet d’armement, dont les priorités sont la défense contre les missiles et les drones, la cybersécurité, ainsi que la modernisation des forces terrestres.

Et le F-35? Qu’il se fasse tout petit, comprend-on après les révélations accablantes, mardi, de la commission de gestion du Conseil national sur un prétendu prix fixe de l’avion de combat américain. Contrairement à la droite UDC et PLR du National, la CPS des Etats ne veut pas entendre parler de l’acquisition de 36 F-35, le nombre figurant dans la commande initiale. Elle se rallie à la position du ministre de la Défense, qui a proposé, l’an dernier déjà, de s’en tenir à trente appareils, afin de rester dans la fourchette des six milliards de francs votée par le peuple en 2020.

A une majorité de 5 voix contre 3 et 4 abstentions, les sénateurs siégeant à la CPS ont arrêté un financement de 24 milliards de francs. Cette enveloppe vaut pour les achats d’armements prévus dans la planification stratégique du Département de la défense (DDPS) s’étalant jusqu’à l’orée de 2040.

«Il faut respecter la décision populaire»

Une minorité de droite souhaitait 26 milliards de francs au lieu de 24. «Les deux milliards de plus auraient été en grande partie destinés à l’achat de six F-35 supplémentaires. Pour une majorité de la commission, il n’en était pas question», rapporte le conseiller aux Etats PLR vaudois Pascal Broulis, en l’occurrence favorable aux 24 milliards.

«J’estime qu’il convient de respecter la volonté populaire, qui s’est exprimée sur la somme de six milliards et non pas sur un nombre précis d’exemplaires, ni sur un modèle d’avion de combat en particulier.»
Pascal Broulis, conseiller aux Etats (PLR/VD)

Voici le montage financier

Les 24 milliards votés par la CPS des Etats doivent être approvisionnés par un versement annuel de la Confédération compris entre 1,3 milliard et deux milliards de francs. Où trouver l’argent? Le montage financier retenu par les sénateurs de la commission est le suivant. Membre de la CPS, le centriste jurassiens Charles Juillard en fournit le détail:

«Un montant de base d’environ 1,3 milliard, plus 500 millions prélevés sur les remboursements de la dette Covid, plus une TVA spéciale de 0,2% pendant douze ans n’affectant pas les biens de première nécessité.»
Charles Juillard, conseiller aux Etats (Le Centre/JU)
C'est quoi la TVA en Suisse

La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) est un impôt général sur la consommation prélevé par la Confédération.

La TVA repose sur l'idée que ceux qui consomment quelque chose apportent une contribution financière à l'Etat. Cependant, il serait trop compliqué que chaque citoyen doive rendre compte de sa consommation. La taxe est donc prélevée auprès des entreprises (producteurs, fabricants, commerçants, artisans, prestataires de services, etc.), qui doivent à leur tour répercuter la TVA sur le consommateur en l'incluant dans le prix ou en la mentionnant séparément sur la facture.

Le montant de la taxe dépend de ce que vous achetez. Il existe trois taux différents :


Le taux normal : 8,1 %

Il s'applique à la majorité des biens et services. Par exemple: les voitures, vêtements, appareils électroniques, honoraires d'avocat, prestations de coiffure.


Le taux réduit : 2,6 %

Il concerne les biens de consommation courante et de première nécessité. Par exemple, les denrées alimentaires (hors alcool), boissons non alcoolisées, livres, journaux, médicaments.


Le taux spécial pour l'hébergement : 3,8 %

Il est réservé exclusivement aux nuitées dans le secteur de l'hôtellerie

La TVA constitue actuellement la deuxième plus importante source de revenus de la Confédération.

Possibilité d'emprunter 12 milliards: c'est-à-dire?

A cela s’ajoute un mécanisme d’emprunt d'un maximum de 12 milliards de francs, non assujettis à la règle constitutionnelle du frein aux dépenses. Charles Juillard en explique la technique:

«Ces 12 milliards ne s’ajoutent pas aux 24 milliards. Leur but est de permettre au DDPS, si nécessaire, d’engager des dépenses supérieures à la moyenne annuelle de deux milliards de francs durant la période prévue, lorsque, une année ou une autre, des achats d’armement le nécessitent.»
Charles Juillard, conseiller aux Etats (Le Centre/JU)

Cela signifie que les sommes empruntées seraient amorties, à terme, par l’enveloppe des 24 milliards. Par exemple, pour rester dans la moyenne annuelle de deux milliards, le DDPS dépenserait une année trois milliards, dont un par l’emprunt, mais un seul l’année suivante.

Le chef du DDPS Martin Pfister souhaitait une TVA temporaire de 0,5% pour abonder son fonds pour l’armement. La CPS du Conseil des Etats a consenti 0,2%. Les explications de Pascal Broulis:

«L’armée est une tâche ordinaire d’une démocratie. Elle doit se financer par le budget courant et non pas par des impôts supplémentaires»
Pascal Broulis, conseiller aux Etats (PLR/VD)

Les membres de la commission de la politique de sécurité des Etats sont encore convenus que l’excédent de près d’un milliard de francs du budget 2026 de la Confédération sera versé au fonds de 24 milliards pour l’armement.

«Cela fera un milliard de moins à financer par la suite»
Pascal Broulis, conseiller aux Etats (PLR/VD)

Vendre les actions Swisscom?

Dans la commission, la proposition de la vente d’une partie des actions Swisscom détenues par la Confédération pour alimenter le fonds dédié à l'armement n’a pas convaincu et a été retoquée.

Rien ne dit que le montage financier décidé par la CPS des Etats sera approuvé en plénière lors de la session d’automne des Chambres fédérales qui s’ouvre ce 14 septembre.

Au National, l’UDC et le PLR ne sont pas sur la ligne des 24 milliards, comme nous le confirme l’UDC et ancien pilote militaire Thomas Hurter. Membre de la commission de la politique de sécurité de la Chambre basse, le Schaffhousois plaide pour 36 et non pas 30 F-35.

«36 avions de combat sont déjà un minimum, alors 30… Cela ne répondrait pas aux besoins de l’armée suisse»
Thomas Hurter, conseiller national (UDC/SH)

La Vaudoise Jacqueline De Quattro déterminée

Même appréciation chez la PLR vaudoise Jacqueline De Quattro, présidente de la CPS du National. Jointe par watson, elle n’entend manifestement pas se laisser impressionner par les polémiques sur le F-35.

«Il faut aller de l’avant maintenant. On a besoin de ces avions car la menace augmente. Nous devons être à même de nous défendre ces prochaines années. Renoncer à ces avions comme le demande la gauche ou en limiter le nombre serait irresponsable.»
Jacqueline De Quattro, conseillère nationale (PLR/VD)

A la suite de la parution du rapport de la commission de gestion du National sur le soi-disant «prix fixe» de l’avion de combat américain, le coprésident du Parti socialiste, Cédric Wermuth, a demandé au Conseil fédéral «qu’il mette enfin un terme à l’acquisition du F-35».

Les socialistes veulent une «adéquation risques/coûts»

Au PS, le conseiller national vaudois Samuel Bendahan, co-président du groupe socialiste aux Chambres fédérales, nous affirme que «le problème numéro un est celui de l’adéquation entre les risques auxquels la Suisse fait face et les réponses apportées».

«Nous, les socialistes, ne sommes pas opposés en soi aux dépenses d’armement, mais nous voudrions connaître exactement les besoins, avant de financer à grands frais des programmes.»
Samuel Bendahan, conseiller national (PS/VD)

Dissocier le scandale du F-35 du débat de fond sur l'armement s'avère mission impossible à trois jours de l'ouverture de la session d'automne du Parlement fédéral.

Les attentats du 11 septembre
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
1 Commentaire
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
1
Valais: vers un dépistage gratuit des maladies sexuelles
Une large majorité du Grand Conseil valaisan soutient l'idée de rendre gratuits les dépistages des infections sexuellement transmissibles (IST) pour les jeunes jusqu'à 25 ans.
Les députés ont accepté un postulat issu des partis du Centre du Valais romand, du PLR et du PS. Ce texte, qui n'est pas contraignant, demande au gouvernement cantonal d'analyser la situation.
L’article