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Vaud

Initiative 12%: des pubs très politiques font enrager le PS vaudois

VAUD: La campagne des pro-12% faut bondir le parti socialiste
La campagne sur les réseaux sociaux pour l'initiative des 12% a mis en pétard les socialistes vaudois. De g. à d.: Benoît Gaillard, conseiller national (PS), Oriane Sarrasin, présidente du PS vaudois, et le conseiller national PLR Olivier Fellerwatson

Cette campagne utilise une méthode qui scandalise le PS vaudois

Faire campagne avec les mots de ses adversaires? Les partisans de l’initiative des 12% en ont fait une stratégie sur les réseaux sociaux. La présidente du PS Vaud dénonce une citation tronquée, tandis que le Département de la conseillère d'Etat Christelle Luisier regrette des propos «détournés de leur contexte». Le camp du oui, lui, assume sa méthode.
19.08.2026, 05:0019.08.2026, 14:35

«L’Etat fonctionne trop en silo (...) C’est une perte d’énergie, de temps et d’argent.» Depuis vendredi 14 août, cette petite phrase circule sur les réseaux sociaux dans une campagne sponsorisée du comité de l’initiative des 12%, soutenu par la droite vaudoise et les milieux patronaux. Sous le slogan «Quand l’Etat gaspille et dysfonctionne», les affiches reprennent des déclarations de plusieurs personnalités politiques pour défendre une baisse d’impôts présentée comme «juste et équitable».

Parmi elles, les conseillers d’Etat Christelle Luisier (PLR) et Roger Nordmann (PS), mais aussi une adversaire déclarée de l’initiative: Oriane Sarrasin, présidente du Parti socialiste (PS) vaudois et de la Commission de gestion (COGES) du Grand Conseil. C’est à elle qu’est attribuée la phrase sur un Etat fonctionnant «trop en silo» et la «perte d’énergie, de temps et d’argent». Le hic? La socialiste assure que ses propos ont été découpés et assemblés pour leur faire dire tout autre chose.

Utiliser les citations de ses adversaires est de bonne guerre dans une campagne politique. Sauf que celle-ci, Oriane Sarrasin assure ne jamais l’avoir prononcée telle quelle. «Ce qui me dérange, c’est qu’on utilise une citation tronquée», s’agace la socialiste au téléphone.

La citation en question:

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Pour comprendre, il faut remonter au 29 avril dernier et à la présentation à la presse du rapport annuel de la COGES que préside Oriane Sarrasin. Ce jour-là, il est notamment question des conséquences des réorganisations de départements intervenues en cours de législature. Dans sa dépêche, l’agence de presse Keystone-ATS, dont les informations sont reprises par de nombreux médias suisses, rapporte alors que la COGES pointe une problématique récurrente: l’Etat fonctionne trop en silo. Certains dossiers déjà bien avancés auraient ainsi généré du travail supplémentaire et pris du retard lors de leur transfert d’un département à l’autre.

Une citation taillée à la hache?

C’est à propos de ces transferts qu’Oriane Sarrasin déclare: «Dans certains cas, cela freine même des projets de décrets ou de lois. C’est une perte d’énergie, de temps et d’argent.» Sur l’affiche des pro-12%, les deux passages se retrouvent accolés: «L’Etat fonctionne trop en silo (...) C’est une perte d’énergie, de temps et d’argent», le tout attribué à Oriane Sarrasin. Or, dans la dépêche de Keystone-ATS, la première phrase n’est pas une citation de la socialiste, mais une formulation de l’agence résumant un constat de la COGES. La seconde concernait précisément les conséquences du transfert de dossiers entre départements.

La socialiste déplore:

«On me fait dire quelque chose que je n’ai même pas dit»
Oriane Sarrasin, présidente du PS vaudois

Les propos repris ont été tenus avec sa «casquette de présidente de la Commission de gestion du Grand Conseil, et non celle de présidente du PS vaudois». «En aucun cas la COGES ne fait ses travaux pour aller dans le sens d’une initiative ou contre une initiative», insiste-t-elle.

Surtout, elle conteste le raccourci entre les dysfonctionnements relevés par la COGES et les économies nécessaires pour financer la baisse fiscale. «On n’a en aucun cas prétendu que c’est par ce genre de gains qu’on peut gagner 300 millions par année.» Sans nier que des gains d’efficience soient possibles au sein de l’Etat, elle regrette de voir les travaux de la commission ainsi récupérés dans la campagne. «Je suis surtout déçue par la méthode employée par le comité des 12%.»

Le PS dénonce une campagne «trompeuse»

L’affaire fait également bondir Benoît Gaillard, conseiller national socialiste et coprésident du comité opposé à l’initiative. Il attaque:

«Le comité du oui cherche à tromper. Sur les chiffres, on le savait, mais désormais aussi sur qui soutient ou non leur texte extrémiste»
Benoît Gaillard, conseiller national socialiste

L'élu reproche aux initiants de tenter d’«embrigader» dans leur communication la présidente du Conseil d’Etat, un conseiller d’Etat socialiste et la présidente du PS, «pourtant tous notoirement opposés à l’initiative».

Pour Benoît Gaillard, la méthode est problématique, tout comme la réaction de ses adversaires: «Contactés, ils ne réagissent pas et ne mettent pas fin à cette pratique. C’est regrettable.» Le camp du non, assure-t-il, entend pour sa part «rester sur le terrain des arguments».

Les pro-12% assument

Contacté par watson, Olivier Feller, conseiller national PLR et figure de proue de l’initiative, balaie les accusations. Il insiste d’abord sur l’origine des propos utilisés: «Chaque déclaration, chaque citation est issue soit d’un rapport officiel ou d’un organe de contrôle, soit d’un article de presse. Ce ne sont pas des citations que nous inventons.»

Sur le cas d’Oriane Sarrasin, Olivier Feller conteste toute manipulation. Confronté au fait que la phrase «L’Etat fonctionne trop en silo» n’apparaît pas entre guillemets dans la dépêche de Keystone-ATS, il renvoie au sens général du passage. Selon lui, la COGES constate bien un travail en silo, tandis que sa présidente évoque une «perte d’énergie, de temps et d’argent». Pour le conseiller national, l’affiche reflète donc correctement le constat rapporté par l’agence de presse.

«Cela montre que des opposants à l’initiative 12% reconnaissent qu‘il y a des dysfonctionnements de l’appareil étatique qui coûtent cher, et c'est ce qui dérange le PS»
Olivier Feller, conseiller national PLR

Et d’ajouter: «Je conteste évidemment le caractère déloyal», insiste-t-il. Selon l'élu PLR, la source est clairement indiquée et les lecteurs peuvent consulter la dépêche originale et «se forger leur propre opinion».

La citation de Christelle Luisier

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Même ligne de défense concernant Christelle Luisier. Le fait que la présidente du Conseil d’Etat soit opposée à l’initiative ne rend pas son utilisation trompeuse aux yeux d’Olivier Feller. «Aucun lecteur de bonne foi ne peut penser que Madame Sarrasin ou Madame Luisier sont favorables à l’initiative», assure-t-il, invoquant notamment la séparation graphique entre les citations et le message de campagne.

Un département pas fan de la méthode

Du côté du Département des finances, du territoire et du sport (DFTS), on apprécie modérément le procédé. Madame Luisier n’a «pas été informée en amont de l’utilisation de ses propos», précise le Département à watson. Il reconnaît que la phrase reprise dans la publicité a bien été «prononcée publiquement» par la conseillère d’Etat, mais souligne qu’elle l’avait été dans un tout autre contexte: une interview radiophonique du 17 novembre 2025 consacrée au budget 2026 et aux mesures d’économie décidées par le gouvernement «afin que ledit budget respecte le petit équilibre, comme l’impose la Constitution vaudoise». Le Département ne cache pas son malaise face à l’utilisation politique qui en est faite:

«Il est regrettable que des propos de la présidente du Conseil d’Etat tenus en novembre 2025 soient détournés de leur contexte et mis en résonance avec l’un des arguments des initiants»
Département des finances, du territoire et du sport (DFTS)

Olivier Feller contre-attaque

Aux accusations de citations détournées, Olivier Feller répond par un inventaire des méthodes du camp d’en face. Il reproche à son tour aux opposants de présenter des chiffres «totalement inexacts». En cause: le coût de la baisse de 12% de l’impôt sur la fortune, chiffré à 100 millions de francs par le camp du non, contre 82 millions selon Olivier Feller. «Un arrondi de 22%», ironise-t-il.

L’élu PLR revient également sur les visuels de campagne des opposants, générés par intelligence artificielle (IA) et mettant en scène les conséquences supposées de la baisse fiscale sur les services publics. Pour Olivier Feller, ces images cherchent à faire croire que les centaines de millions de recettes en moins seraient autant d’argent directement retiré à la police ou à d’autres prestations de l’Etat. «L’écœurement est un peu sélectif», pique-t-il.

La campagne en question:

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«Le plus osé, c’est d’affirmer qu’il n’y aura ‘pas de coupes’ quand on veut baisser les recettes de 300 millions de francs. Même le ministre de la Formation Frédéric Borloz a parlé de 500 postes d’enseignants menacés», rétorque Benoît Gaillard.

«Et quoi qu’il en soit: nous avons au moins l’élégance de ne pas détourner le nom de nos adversaires pour manipuler les électeurs»
Benoît Gaillard, conseiller national (PS)

Dans cette campagne où les uns font parler leurs adversaires et les autres font parler l’IA, chaque camp accuse l’autre de tordre la réalité.

Quant aux publicités sponsorisées mettant en scène Oriane Sarrasin, seront-elles retirées? Rien n’est encore décidé. La demande de Benoît Gaillard a été transmise au groupe chargé de la campagne, indique Olivier Feller. Avant de conclure: «Nous ne sommes pas dans l’agitation. On verra ce qu’on décide.»

Lorde au bord de l'Aar avant son concert au Gurten
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Lorde au bord de l'Aar avant son concert au Gurten

Lorde incognito au bord de l’Aar.

source: instagram/lorde
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