«Je ne m’explique pas la chute de cet échafaudage. Toute la structure est tombée sur elle-même tel un château de cartes, comme les tours jumelles du 11-Septembre. Je n’ai jamais vu ça.» Emir*, la trentaine, patron d’une petite entreprise de construction œuvrant actuellement sur un chantier en Suisse romande, a vu comme tout le monde les images de cet amas de ferraille au bas d’un pan de la Tour Malley Phare, un immeuble de 60 m en construction, à Prilly, dans l’Ouest lausannois.
Il était 9h22, vendredi 12 juillet, lorsque le drame s’est produit, faisant 3 morts parmi les ouvriers, un Suisse de 43 ans, un Cap-Verdien de 35 ans et un Français de 30 ans. On dénombre aussi 8 blessés, dont quatre grièvement.
Le ministère public vaudois a ouvert une instruction pour déterminer les causes de l’accident. Le syndicat de la construction Unia, d’abord disert, souhaite à présent en dire le moins possible, «pour ne pas interférer avec le travail des enquêteurs», déclare Arnaud Bouverat, secrétaire d’Unia Vaud et député socialiste au Grand Conseil.
Emir et son équipe sont en train d’installer la charpente d’un immeuble de quatre étages, dûment entouré d’échafaudages. Le gros œuvre touche à sa fin.
Il ne prétend pas expliquer les raisons de la tragédie de Malley, qui le laisse perplexe, mais il a des hypothèses.
Emir commence par détailler quelques-unes des règles à suivre lorsqu’on érige un échafaudage. «Ces règles, dit-il, sont fournies par la Suva», l’organe de prévention des risques dans le secteur du bâtiment, qui, tragique ironie, se trouve être le maître d’ouvrage de la tour accidentée à Malley.
Au fur et à mesure de ses explications, Emir se figure de moins en moins les raisons pour lesquelles l’échafaudage de la Tour Phare Malley s’est effondré à la verticale.
Une cause évoquée, non confirmée, de l’accident de Malley, serait un poids emporté sur le monte-charge de l’échafaudage trop lourd pour la structure.
Emir émet alors une hypothèse pouvant expliquer la verticalité de la chute:
Pour tenter d'expliquer ce qui lui paraît inexplicable, l'entrepreneur envisage un autre scénario. «Il est possible que le dispositif de fixation de l’échafaudage au mur en construction ait subi des modifications et que l’équipe prenant ce vendredi-là son travail, n’en sachant rien, ait actionné le monte-charge avec un poids trop lourd. Mais cela paraîtrait étonnant, même si une faille dans la communication entre les équipes peut théoriquement se produire.»
Cela dit, dès lors qu’on ôte les tiges de fixation enfoncées dans le mur, opération qui coïncide avec le démontage de l’échafaudage, il y a des trous à boucher. «Cette opération se fait toujours en binôme. Un ouvrier retire les tiges, le plâtrier qui l’accompagne bouche les trous au fur et à mesure», assure Emir.
Au cours de son enquête, le ministère public vaudois demandera certainement à entendre le Contrôle des chantiers de la construction dans le canton de Vaud. Cet organe quadripartite réunit l’Etat de Vaud, une délégation patronale, une délégation syndicale ainsi que la Suva. Au sein de cette instance, on trouve la commission de surveillance du contrôle des chantiers, actuellement présidée par le syndicaliste Pietro Carobbio, responsable du secteur de la construction à Unia.
Pietro Carobbio précise ses prérogatives:
Jointe par e-mail, la Suva, renvoyant à «l’enquête en cours», n’a pas souhaité répondre à nos questions sur l’accident du chantier de Malley.
*Prénom modifié