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Echafaudages effondrés à Prilly: «On dirait le 11 septembre»

Les services de secours travaillent suite a l'effondrement d'un echafaudage de la tour en bois Malley Phare le vendredi 12 juillet 2024 a Prilly pres de Lausanne. Plusieurs personnes ont ete ...
Accident mortel de chantier. Malley, 12 juillet 2024.Image: KEYSTONE

«On dirait un 11-Septembre»: cet entrepreneur ne s'explique pas le drame de Malley

Entrepreneur dans la construction en Suisse romande, Emir* explique les règles de sécurité d'un échafaudage et émet diverses hypothèses sur les raisons du tragique accident de chantier survenu vendredi dernier à Malley (VD). Par ailleurs, des questions se posent sur l'organe vaudois de contrôle des chantiers.
16.07.2024, 05:5017.07.2024, 16:06
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«Je ne m’explique pas la chute de cet échafaudage. Toute la structure est tombée sur elle-même tel un château de cartes, comme les tours jumelles du 11-Septembre. Je n’ai jamais vu ça.» Emir*, la trentaine, patron d’une petite entreprise de construction œuvrant actuellement sur un chantier en Suisse romande, a vu comme tout le monde les images de cet amas de ferraille au bas d’un pan de la Tour Malley Phare, un immeuble de 60 m en construction, à Prilly, dans l’Ouest lausannois.

Il était 9h22, vendredi 12 juillet, lorsque le drame s’est produit, faisant 3 morts parmi les ouvriers, un Suisse de 43 ans, un Cap-Verdien de 35 ans et un Français de 30 ans. On dénombre aussi 8 blessés, dont quatre grièvement.

Le ministère public vaudois a ouvert une instruction pour déterminer les causes de l’accident. Le syndicat de la construction Unia, d’abord disert, souhaite à présent en dire le moins possible, «pour ne pas interférer avec le travail des enquêteurs», déclare Arnaud Bouverat, secrétaire d’Unia Vaud et député socialiste au Grand Conseil.

Les hypothèses d'un patron de chantier

Emir et son équipe sont en train d’installer la charpente d’un immeuble de quatre étages, dûment entouré d’échafaudages. Le gros œuvre touche à sa fin.

«On a tout fait, des fondations à la toiture»
Emir

Il ne prétend pas expliquer les raisons de la tragédie de Malley, qui le laisse perplexe, mais il a des hypothèses.

Les images sont impressionnantes👇

Vidéo: watson

Emir commence par détailler quelques-unes des règles à suivre lorsqu’on érige un échafaudage. «Ces règles, dit-il, sont fournies par la Suva», l’organe de prévention des risques dans le secteur du bâtiment, qui, tragique ironie, se trouve être le maître d’ouvrage de la tour accidentée à Malley.

Comment tient un échafaudage?

«Un échafaudage est fait de cadrans, le nom donné aux tubes verticaux en aluminium, et de plateaux, les parties horizontales sur lesquelles marchent et travaillent les ouvriers. Les cadrans sont retenus au mur en construction par des tiges d’environ 15 cm en acier galvanisé. La Suva impose de fixer l’échafaudage au mur tous les quatre cadrans, tous les quatre tubes, donc. Mais on peut réduire l'intervalle des poins d'accroche à tous les deux ou tous les trois cadrans. Cette opération de fixation se fait de bas en haut, sur toute la surface occupée par l’échafaudage.»
Emir

Au fur et à mesure de ses explications, Emir se figure de moins en moins les raisons pour lesquelles l’échafaudage de la Tour Phare Malley s’est effondré à la verticale.

«Sur YouTube, il y a des vidéos montrant des échafaudages en train de s’effondrer. Généralement, c’est dû à de graves intempéries, comme de forts coups de vent. Mais dans ces cas-là, l’échafaudage tombe de côté, ou à la renverse, pas sur lui-même»
Emir

Une cause évoquée, non confirmée, de l’accident de Malley, serait un poids emporté sur le monte-charge de l’échafaudage trop lourd pour la structure.

«Imaginons que c’est une fois le monte-charge arrivé en haut de l’échafaudage que celui-ci a cédé. Dans cette éventualité, les parties de l'échafaudage entraînées dans la chute auraient dû tomber plus loin qu’au pied du mur, comme lorsqu’on chute soi-même d’un rocher ou d’un arbre. On part en arrière. Là, ça n'a visiblement pas été le cas.»

Emir émet alors une hypothèse pouvant expliquer la verticalité de la chute:

«Si la chute part du haut de la structure et fait tomber l’ensemble de l’échafaudage à la verticale, on peut imaginer que c’est en hauteur, sur toute la longueur des plateaux, là où marchent les ouvriers, que la charge était trop lourde et comme uniformément répartie. Mais quel type de charge aurait-on placée là?»
Emir

Une faille dans la communication?

Pour tenter d'expliquer ce qui lui paraît inexplicable, l'entrepreneur envisage un autre scénario. «Il est possible que le dispositif de fixation de l’échafaudage au mur en construction ait subi des modifications et que l’équipe prenant ce vendredi-là son travail, n’en sachant rien, ait actionné le monte-charge avec un poids trop lourd. Mais cela paraîtrait étonnant, même si une faille dans la communication entre les équipes peut théoriquement se produire.»

Cela dit, dès lors qu’on ôte les tiges de fixation enfoncées dans le mur, opération qui coïncide avec le démontage de l’échafaudage, il y a des trous à boucher. «Cette opération se fait toujours en binôme. Un ouvrier retire les tiges, le plâtrier qui l’accompagne bouche les trous au fur et à mesure», assure Emir.

L'organe vaudois au coeur du dispositif de contrôle

Au cours de son enquête, le ministère public vaudois demandera certainement à entendre le Contrôle des chantiers de la construction dans le canton de Vaud. Cet organe quadripartite réunit l’Etat de Vaud, une délégation patronale, une délégation syndicale ainsi que la Suva. Au sein de cette instance, on trouve la commission de surveillance du contrôle des chantiers, actuellement présidée par le syndicaliste Pietro Carobbio, responsable du secteur de la construction à Unia.

Pietro Carobbio précise ses prérogatives:

«Ma tâche, au sein de cette instance quadripartite, porte principalement sur des aspects sociaux: le contrôle de l’application de la convention collective ou la dénonciation du travail au noir. Si, lors d’une visite de chantier, je constate un manquement à la sécurité, j’en avise la Suva. C’est la Suva qui est chargée du contrôle proprement dit des règles de sécurité sur les chantiers.»

Jointe par e-mail, la Suva, renvoyant à «l’enquête en cours», n’a pas souhaité répondre à nos questions sur l’accident du chantier de Malley.
*Prénom modifié

Des échafaudages s'effondrent à Prilly-Malley.
Video: watson
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