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Image: Shutterstock / montage sainath bovay
Analyse

Le médoc anti-Covid arrive, peut-on laisser tomber le vaccin?

Mardi, le CHUV et l'EPFL ont annoncé avoir découvert un puissant anticorps qu'ils espèrent transformer en médicament contre le Covid. Aux Etats-Unis, une pilule contre le virus est sur le point d'être homologuée. Ces nouveaux remèdes remettent-ils en cause l'offensive vaccinale du Conseil fédéral?
14.10.2021, 05:5614.10.2021, 10:12
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Un puissant anticorps capable d'éliminer le Covid. Voici la découverte dévoilée par le CHUV et l'EPFL mardi soir. Une trouvaille qui pourrait rapidement se transformer en un traitement très efficace: «Cette recherche ouvre la voie à de nouvelles applications thérapeutiques en tant que médicament destiné à protéger les personnes à risque.»

Ces dernières semaines, d'autres bonnes nouvelles ont été annoncées sur le front des remèdes contre le virus. Aux Etats-Unis, par exemple, Merck cherche à homologuer sa pilule anti-covid, un traitement simple à administrer qui permettrait de réduire par deux les risques d'hospitalisation et de décès des personnes infectées.

La pilule, peut-elle
remplacer la piqûre?

L'arrivée de ces différents médicaments remet-elle en cause l'importance de la vaccination? En clair: peut-on éviter la piqûre et compter sur les futurs traitements pour nous sauver si nécessaire?

«Bien sûr que non, comme dit l'adage, c'est mieux de prévenir que de guérir. On va continuer à encourager la vaccination»
Serge De Vallière, infectiologue au CHUV

Infectiologue au CHUV, Serge De Vallière salue le développement des différents remèdes contre le virus tout en invitant à rester prudents. «C'est un outil supplémentaire, mais il ne faut pas prendre le risque de transmettre le message qu'on peut se reposer sur ces traitements. Ce serait une attitude dangereuse.»

Le vaccinologue genevois Alessandro Diana affirme lui aussi que l'apparition de ces remèdes ne doit pas ralentir l'offensive vaccinale. Le spécialiste souligne toutefois l'importance de ne pas opposer médicament et vaccination, à ses yeux les deux mesures sont synergiques. «Grâce au traitement, on pourra sauver des vies et tant mieux. Ils sont complémentaires, mais le médicament ne doit pas voler la vedette à la vaccination.»

«L'humanité est en train de s'armer contre le Covid»
Alessandro Diana, vaccinologue

Pourquoi favoriser la vaccination?

«En règle générale, le traitement est plus dangereux que le vaccin. Il y a des risques de réactions allergiques sévères, par exemple», observe Serge De Vallière. Sans s'exprimer sur les futurs médicaments contre le Covid dont on ne connaît pas encore les résultats détaillés, l'infectiologue rappelle que les traitements sont, de manière générale, moins efficaces que les vaccins.

«Aux soins intensifs, neuf personnes sur dix ne sont pas vaccinées. Même s'il y a un remède, pourquoi prendre le risque d'en arriver là?»
Alessandro Diana, vaccinologue

Autre argument, beaucoup plus pragmatique, la différence financière entre les deux mesures. «Le vaccin coûte infiniment moins cher», assure Serge De Vallière. Alessandro Diana détaille: «Les deux doses valent 60 francs. Combien va coûter ce médicament? Sans doute plus. Il faut aussi prendre en compte qu'une journée aux soins intensifs est facturée plusieurs milliers de francs. Et vous risquez d'y rester plusieurs semaines.»

«Dans le rapport coût-efficacité, la vaccination, c'est ce qu'il y a de moins cher»
Alessandro Diana, vaccinologue

Le médoc va-t-il ralentir l'offensive vaccinale?

«Cela ne va certainement pas encourager à se faire vacciner. Il est possible que cela ralentisse un peu la campagne», reconnaît Serge De Vallière. Le spécialiste craint effectivement que certaines personnes choisissent de se reposer sur les médicaments. «C'est vrai qu'il y a le risque d'une lecture simpliste: le traitement signifie que l'on n'a plus besoin du vaccin», confirme Alessandro Diana.

A ses yeux, l'arrivée des médicaments pourrait ainsi semer la confusion dans les esprits des vaccino-hésitants: «C'est une variable de plus dans l'équation, alors qu'on aimerait tous que ce soit noir ou blanc. Tous les ingénieurs de la désinformation peuvent aussi l'utiliser pour décrier la vaccination.» Pour Serge de Vallière, il est donc capital que les autorités et les professionnels de la santé informent le public:

«C'est un élément supplémentaire à expliquer à la population qui a déjà de la peine à comprendre les vaccins»
Serge De Vallière, infectiologue au CHUV

Et qu'en est-il du certificat Covid? Si pour l'infectiologue du CHUV, il vaut mieux attendre que la majorité de la population soit vaccinée avant de lever cette restriction, Alessandro Diana se montre plus nuancé. «L'objectif de tout ça, c'est d'éviter que le système sanitaire soit surchargé. Donc, si on est dans une situation où, grâce au vaccin et au médicament, le système sanitaire n'est plus surchargé, le certificat Covid peut être remis en cause.»

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