Plus de chômage, de frontaliers et d’insécurité? Non le 14 juin!
Le 14 juin, les Suisses se prononceront sur une initiative qui, si elle était acceptée, apporterait d’immenses incertitudes dans des temps qui n’en manquent pas. Ce texte, qui peut paraître attrayant à première vue, propose de limiter la croissance de la population à un plafond, fixé arbitrairement à 10 millions d’habitants.
Les conséquences d’une telle décision pourraient affecter très négativement notre pays, son économie, sa sécurité et sa gestion de la migration. Dans un monde marqué par des crises géopolitiques qui se multiplient, des tensions commerciales et de grandes incertitudes, notre pays a besoin de stabilité et de partenariats solides, pas de risques supplémentaires.
Regardons cela un peu plus en détail.
Franc-Parler
Chaque dimanche matin, watson invite des personnalités romandes à commenter l'actu ou, au contraire, à mettre en lumière un thème qui n'y est pas assez représenté. Au casting: Nicolas Feuz (écrivain), Anne Challandes (Union Suisse des Paysans), Roger Nordmann (conseiller stratégique, ex-PS), Damien Cottier (PLR), Céline Weber (Vert'Libéraux), Karin Perraudin (Groupe Mutuel, ex-PDC), Samuel Bendahan (PS), Ivan Slatkine (président de la FER) et la loutre de QoQa.
La Suisse est une des économies les plus ouvertes au monde. Et cela lui réussit bien: notre pays est prospère parce qu’il exporte, commerce et innove. Notre principal partenaire commercial, et de loin, reste l’Union européenne qui représente 50% de nos exportations. Avec respectivement 15 et 10% les USA et la Chine sont importants, mais restent loin derrière.
Or le texte de l’initiative pourrait remettre en cause les accords bilatéraux entre la Suisse et l’UE. Il stipule que si la population dépasse 10 millions d’habitants, alors «l’Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP) doit lui aussi être dénoncé dès que possible».
Plus de chômage
Remettre en cause la voie bilatérale, un élément-clé du succès économique de notre pays depuis 25 ans, ce n’est pas reprendre le contrôle, c’est risquer de fragiliser des centaines de milliers d’emplois dans notre pays.
Voulons-nous tenter d’imiter l’aventure britannique qui a coûté 6% à 8% de PIB à ce pays 1? Certainement pas, alors que les nouveaux marchés promis comme l’Eldorado ne se sont pas ouverts et que celui des USA en particulier est en train de se refermer sur lui-même!
Plus de requérants
Mais les conséquences de cette initiative ne s’arrêtent pas à l’emploi. En s’attaquant aux accords existants, elle entraînerait très certainement aussi la sortie de la Suisse des accords de Schengen et Dublin, dossiers intimement liés à la libre circulation des personnes.
Or, quitter Dublin, ce serait renoncer à un mécanisme qui permet aujourd’hui de renvoyer vers le premier pays d’entrée les demandeurs d’asile. Et la Suisse est le pays européen qui fait le plus usage de cette possibilité. Y renoncer, ce serait devenir l’une des seules alternatives en Europe pour tout requérant refoulé dans un pays de l’UE.
Nous aurions dès lors beaucoup plus de demandes d’asile en Suisse, davantage de pression sur notre système et davantage de coûts. Voulons-nous vraiment devenir un pôle d’attraction pour les requérants refoulés du continent? Certainement pas!
Moins de sécurité
Sortir de Schengen, ce serait aussi affaiblir notre propre sécurité. Ce serait perdre l’accès à des bases de données essentielles, comme le Système d’information de Schengen (SIS) qui facilite au quotidien la coopération policière et la lutte contre la criminalité internationale.
C’est loin d’être anecdotique: les polices suisses consultent cette base de données des centaines de milliers de fois par an et elles obtiennent des informations pour notre sécurité dans plus de 20 000 cas par an par le biais du SIS 2. Dans un contexte où les menaces sont de plus en plus transfrontalières, voulons-nous courir le risque de rendre notre police aveugle? Certainement pas!
Plus de frontaliers
Et le pire est que contrairement à ce que prétendent les initiants, cette initiative ne réduirait pas la pression sur le marché du travail. Bien au contraire: notre économie a besoin de main-d’œuvre, c’est un fait avéré. Si l’immigration est artificiellement restreinte, les entreprises se tourneront davantage vers les travailleurs frontaliers. Résultat? Plus de frontaliers et plus d’embouteillages. Voulons-nous cela? Certainement pas!
On le voit, le texte proposé non seulement n’apporte pas de solution réelle, mais de surcroît il provoquera d’importants risques pour notre sécurité, notre économie, notre qualité de vie et pour notre gestion de la migration.
La question de la manière de gérer une croissance démographique rapide est importante. C’est une vraie préoccupation de la population. Elle mérite des réponses sérieuses: cela passe par des réformes fiscales, administratives et réglementaires, pour construire davantage de logements, former des soignants, avoir de meilleures incitations pour utiliser le potentiel de main-d’œuvre indigène, cela passe par des investissements dans des infrastructures modernes – des propositions que souvent les auteurs de l’initiative combattent. Cela ne passe pas par des plafonds artificiels qui créeront des graves incertitudes et des risques accrus pour notre pays.
Le 14 juin, la question est simple: voulons-nous ajouter de l’incertitude à l’incertitude et des risques aux risques? Certainement pas!
