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Kanye West: qui décidera de son sort?

Cette semaine, Ye est à la fois au sommet des charts et banni du Royaume-Uni.
Cette semaine, Ye est à la fois au sommet des charts et banni du Royaume-Uni.image: keystone, instagram, montage: watson
Analyse

Qui décidera du sort de Kanye West?

En 2026, «l’affaire Kanye West» raconte un peu notre époque: antisémitisme décomplexé, maladies mentales sous les projecteurs, concerts très lucratifs, bannissement moral, vœux de rédemption et succès populaire. Avec un nouveau disque au sommet des charts, mais une interdiction de fouler le territoire britannique, le rappeur a le cul entre deux chaises.
07.04.2026, 18:5807.04.2026, 18:58

«Adieu à mon ancien moi, place au nouveau moi. Avant, j'étais dans Worldstar, maintenant je fais la une de Newsweek.» Dans le morceau Father, en collaboration avec Travis Scott, Kanye West tente la fermeture forcée d’une fenêtre personnelle qui bogue depuis plusieurs années.

Une mise à jour démarrée manuellement il y a un peu plus de deux mois, avec des excuses et des explications déroulées sur une pleine page de publicité dans le Wall Street Journal.

Ye a peut-être écouté attentivement la numérologie qui annonçait l’arrivée de nouveau cycle pour 2026: «Après l’introspection et les clôtures de l’année 9, l’énergie du 1 arrive comme une étincelle. C’est le début d’un nouveau cycle de neuf ans, une impulsion neuve, une renaissance», expliquait Vogue en décembre dernier.

En raison de son attitude erratique, ses charges antisémites ou homophobes et ses délires sur Adolf Hitler, le rappeur le plus problématique et doué de sa génération a perdu passablement de plumes, de crédibilité, de fans, de soutiens, de contrats et d’argent. Une période qu’il justifie notamment par son trouble bipolaire, bien que l’argument n’ait jamais vraiment pris chez ses détracteurs.

En ce début d’année, force est de constater que «l’affaire Kanye West» décapsule une nouvelle ère, un carrefour personnel déterminant, mais qui raconte aussi beaucoup de choses de notre époque. Dans un monde frappé par une extrême polarisation, bousculé par un Donald Trump hégémonique, la star de 48 ans tente d’imposer sa résurrection par la musique.

Entre un bannissement moral qui n’a pas dit son dernier mot et un succès populaire qui semble reprendre des couleurs, Ye tâte le terrain.

L’évolution est d’abord discographique. Son nouvel album Bully a été salué par une large frange de fans, avant de se hisser sur la deuxième marche du Billboard 200. Si la presse, surtout spécialisée, n’a pas été totalement emballée par ce 12e album studio, elle a cette fois décidé d’en parler, à l’instar du très respecté Pitchfork.

Sur Spotify, Kanye est le 5e rappeur le plus écouté au monde et peut compter sur plus de 70 millions d’écoutes mensuelles en ce mois d’avril. Comme le relevait Telerama, ce n’est finalement «que» 30 millions de moins que Taylor Swift. La plateforme de streaming, qui n’a jamais banni l’artiste (mais refusait de le mettre en avant), a placé récemment plusieurs morceaux de Bully dans ses playlists les plus en vogue. On n’en est pas encore aux panneaux publicitaires sur Time Square, mais c’est déjà une petite révolution.

Un retour qui s’effectue simultanément sur scène, dix ans après sa dernière tournée mondiale. Début avril, Ye a littéralement gavé de fans le SoFi Stadium de Los Angeles pour deux concerts qui ont certes défrayé la chronique, mais pour sa scénographie hors norme, dévoilant l’artiste au sommet de la sphère terrestre et entouré d’invités comme Lauryn Hill, Travis Scott ou CeeLo Green.

Kanye West et Travis Scott à Los Angeles.
Kanye West et Travis Scott à Los Angeles.image: instagram

Un concert de 3 heures qu’il vient de rendre disponible sur YouTube:

Vidéo: YouTube/YE

Amnésie générale ou excuses publiques acceptées? Affirmer que les Américains ont moins de scrupules à séparer l’homme de l’artiste serait un poil exagéré. Néanmoins, cette tentative de retour en grâce est nettement plus compliquée en Europe, où plusieurs de ses futurs concerts font naître d’importantes polémiques et obsèdent la sphère politique.

Alors que le maire de Marseille affirme que le «nazisme décomplexé» de Kanye West «n’est pas le bienvenu» au stade Vélodrome en juin prochain, le Royaume-Uni vient carrément d’interdire l’entrée sur le territoire à celui qui avait sorti un titre à la gloire d’Hitler en 2025. Mardi après-midi, le gouvernement britannique a invoqué le fait que «sa présence n’est pas dans l'intérêt public».

Alors que les conservateurs et plusieurs associations étaient vent debout depuis plusieurs jours, le premier ministre Keir Starmer avait qualifié sa venue au Wireless Festival de «profondément préoccupante».

«Il n'y a pas de place pour ce genre de haine, de sectarisme ou d'antisémitisme, que ce soit de sa part ou de celle de qui que ce soit d'autre»
Bridget Phillipson, ministre de l'Éducation

Que l’annonce de son atterrissage à Londres ait pu susciter de vives oppositions n’est pas très étonnant. Tout comme le fait que plusieurs sponsors, dont le partenaire principal Pepsi, s’étaient déjà retirés bruyamment pour signifier leur désapprobation.

A l’heure où il s’agit de choisir et de communiquer fermement son camp, la réaction de l’un des patrons du Wireless était, elle, plus inédite. Melvin Benn avait décidé de maintenir les prestations de Kanye West en affirmant que, malgré des «propos abjects», l’artiste méritait une «seconde chance».

«Le pardon et la capacité à donner une seconde chance se perdent dans ce monde de plus en plus divisé. Je demande donc à chacun de réfléchir à ses réactions immédiates, empreintes de dégoût à l’idée de sa participation (comme ce fut mon cas), et de lui offrir, comme j’ai choisi de le faire, un peu de pardon et d’espoir.»
Melvin Benn, l’un des organisateurs du Wireless Festival à Londres

Cette prise de position pourrait être l’un des signes les plus récents que l’affaire «cas West» est en train de changer. Dans la foulée, la réponse du principal intéressé à cette tempête britannique, publiée mardi matin, était d’ailleurs dans la lignée de ses excuses du mois de janvier dans le Wall Street Journal:

«Mon seul objectif est de venir à Londres et de présenter un spectacle de changement, en apportant l'unité, la paix et l'amour à travers ma musique»
«Je serais reconnaissant de pouvoir rencontrer en personne des membres de la communauté juive du Royaume-Uni»
Je sais que les mots ne suffisent pas; je dois prouver le changement par mes actes. Si vous êtes ouverts à la discussion, je suis là»

Une prise de parole qui tombait à pique, puisque le rappeur américain savait que son cas était âprement débattu au pays du roi Charles. En vain. Le gouvernement et la communauté juive du Royaume-Uni ont refusé à Ye la possibilité de laver ses péchés en public. Le festival, lui, vient d’annoncer qu’il renonçait à son édition 2026.

Si la résistance au retour de l’artiste est encore très vive, c’est aussi parce que l’ex-mari de Kim Kardashian n’a pas perdu tout son public. Un succès qui explique également le fait que de nouveaux partenaires soient désormais prêts à jouer le jeu de la rédemption, malgré ses actes et ses paroles passées: Kanye West rapporte de l’argent.

Ses deux prestations de Los Angeles ont engrangé 33 millions de dollars, dont 18 millions rien que pour la première. «Il s'agit de l'un des concerts les plus lucratifs de l'histoire de la musique live», relevait Bloomberg.

Live Nation, qui produit Madonna ou Beyoncé, possède de nombreux festivals (dont celui de Frauenfeld), mais aussi la puissante billetterie Ticketmaster, est certes resté dans l’ombre, mais n’est pas étranger au retour de l’artiste controversé. Le Wireless Festival lui appartient et les prestations de Los Angeles ont été organisées par Wave, une agence indépendante, mais... partenaire de Live Nation.

Sans oublier que l’album Bully est sorti cette fois sur un label certes récent, mais déjà puissamment établi. Gamma, fondé en 2023 par Larry Jackson, un ancien ponte de chez Apple et Interscope, a signé Kanye West en janvier 2026. Dans son catalogue, on trouve notamment Mariah Carey, Snoop Dogg, Usher ou encore les deux gosses de Will Smith, Willow et Jaden.

La renaissance de Ye est un pari à hauts risques. Alors que ses nouveaux partenaires financiers et une grande partie de ses fans ont décidé de passer l’éponge, le grand public n’est pas encore près d’avaler la pilule. Une question demeure: qui décidera du sort du rappeur? Pour l’heure, les Etats-Unis semblent considérer que c’est au public de juger. L’Europe, elle, a déjà délégué le boulot aux gouvernements.

Last but not least, si Kanye West rappelle qu’il lui faudra «prouver le changement par les actes» pour imaginer retrouver son rond de serviette dans l’entre-soi du divertissement grand public, il devra aussi se tenir à carreau.

Mais le désire-t-il vraiment? A suivre.

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