«J'avais des complexe à cause de mon passé»: Virginie Efira se confie
Dans le film du réalisateur nippon, Virginie Efira incarne Marie-Lou, directrice d’un établissement pour personnes âgées qui tente d’y imposer une philosophie de soins fondée sur l’écoute et la dignité. Sa rencontre avec une metteuse en scène japonaise atteinte d’un cancer, bouleverse son rapport aux autres.
Au début du film, une infirmière en formation dit: «Faire ça tous les jours, ce n’est pas réaliste.» Parvenir à fairepreuve d’autant d’empathie, parfois de don de soi au travail au quotidien, est-ce réaliste selon vous?
Je pense qu’en prendre la direction et regarder à partir de là, oui, c’est réaliste. D’y parvenir absolument tout le temps, non. Ça dépend des parcours et des gens, évidemment, mais c’est peut-être la seule façon de faire. Je pense qu’on peut penser deux choses en même temps: que la situation est désespérée et ne pas renoncer à la changer. Et que c’est quand même malgré tout la seule issue qu’on a pour se sauver, c’est l’autre.
Dans le travail avec Hamaguchi, il y a aussi cette question du lâcher-prise, de l’inattendu. Vous, le lâcher-prise, comment vous le gérez?
Mieux au cinéma que dans la vie. Ce film m’a aidée pour ça aussi, parce que dans la vie, j’ai quand même tendance à vouloir garder le contrôle. Un contrôle que j’ai pas beaucoup au cinéma où, là, je pense que ça se fait vraiment en deux temps. Au départ, tu essaies de contrôler les choses, il y a une activité cérébrale, et après tu essaies de lâcher le cerveau, lâcher quelque chose pour être complètement dans l’instant présent. C’est peut-être pour ça que ça nous permet, comme dans l’enfance, d’avoir un accès ici et maintenant très direct. Et Hamaguchi demande vraiment ça, le ici et maintenant. Ça, c’est super.
Ce que vous apprenez sur un tournage peut parfois vous être utile dans votre quotidien privé?
Oui. Je pense que la fiction et le réel s’entrelacent tout le temps.
Vous avez aussi parlé du désir. On parle souvent du désir des réalisateurs pour leurs actrices et acteurs. Mais beaucoup moins du désir d’une actrice de travailler avec un réalisateur.
Oui, je crois que c’est de nouveau une rencontre de désir, quand même... Moi, je n’ai jamais, par exemple, jamais approché un metteur en scène qui n’est pas venu vers moi pour lui dire: «Ah, j’aimerais vraiment qu’on travaille ensemble.» Je me dis: s’il n’a pas envie, le pauvre, il a bien le droit. Mais je pense, malgré tout, que le premier geste, ça s’articule autour de ça. C’est comprendre intimement quelqu’un, sentir qu’on a quelque chose à partager ensemble.
A un moment je me suis dit: «OK, je suis valable comme individu». Et la question n’est plus tellement: «Est-ce que je peux faire ci ou je peux faire ça?» Mais: «Qu’est-ce qu’on a à partager ensemble?»
Après un film aussi intense et une telle relation avec un réalisateur, comment se prépare-t-on au projet suivant, avec des règles éventuellement très différentes?
En trouvant des gens... j’allais dire l’amour, mais oui, pour lesquels on a une admiration, qu’on a envie de suivre. Ils seront différents, évidemment, mais on a cherché leur accroche, finalement, au même endroit. Là, par exemple, je suis en train de tourner une série (réd: Cancel) et la femme avec qui je travaille est vraiment géniale, avec une qualité d’écriture démente. Je cherche chez l’autre quelque chose qui m’éclaire.
(«Soudain» sortira en Suisse romande à la mi-août.)
