Meurtre, vieillesse et frites: Chantal Ladesou et Kev Adams se confient
Chantal Ladesou a déjà envisagé d’étrangler son mari. Kev Adams, lui, vient de s’enfiler des pâtes et des frites et commence sérieusement à le regretter. Voilà à peu près l’ambiance lorsque watson retrouve les deux comédiens en promo à Lausanne, début septembre, pour le nouveau film La Maison de nos rêves.
Dans cette comédie, Kev Adams incarne un homme qui pense avoir réalisé l’affaire immobilière du siècle en achetant une maison en viager. Petit détail: l’occupante des lieux, campée par Chantal Ladesou, n’a manifestement aucune intention de débarrasser le plancher. Commence alors une cohabitation qui tourne à la guerre d’usure, entre coups bas et tentatives de meurtre.
La bande-annonce👇
Une histoire qui n’est d’ailleurs pas totalement sortie de l’imagination de Kev Adams, puisqu'il l'a vécue lui-même. Mais entre deux considérations immobilières, notre entretien a rapidement dérapé vers des sujets autrement plus essentiels: les pulsions meurtrières de Chantal Ladesou après 50 ans de mariage, la peur de vieillir, les studios parisiens de 8m², le contenu de leurs frigos respectifs et le déjeuner catastrophique de Kev Adams. Rencontre.
Passons directement aux choses sérieuses: est-ce que vous avez déjà envisagé de tuer quelqu'un?
Chantal Ladesou: Bien sûr. Mon mari. J’ai déjà voulu le jeter par la fenêtre, mais je n’ai pas réussi.
Mais vous avez quand même tenté.
Chantal Ladesou: Tenté, oui. J’ai voulu l'étrangler aussi.
Kev Adams: 50 ans de vie commune, c'est normal!
Chantal Ladesou: A un moment donné, on craque, c'est plus possible. Je l’ai foutu dehors, aussi. J’ai fermé la porte à clé. Je suis capable de tout. Il est très énervant. Mais passons! En ce moment, ça va très bien.
Et vous, Kev, déjà eu des envies de meurtre?
Kev Adams: Moi non, jamais. Je n'ai jamais tenté de tuer qui que ce soit.
Chantal Ladesou: C’est parce qu’il n’a pas encore assez vécu. Quand il va vivre avec une femme, vraiment, pendant longtemps... Kev, appelle-moi, je te calme.
Kev Adams: J’ai cru que tu allais dire: «Appelle-moi, je te gère ça!» (Rires)
Le titre promet «la maison de nos rêves». C’est quoi, la maison de vos rêves, à vous?
Kev Adams: Ah, c’est une bonne question.
Chantal Ladesou: Moi, j'aime beaucoup les maisons. Je me souviens, quand je suis partie à Paris pour faire du théâtre, mon père m’a dit: «Si j’ai un conseil à te donner, le plus vite possible, achète-toi un toit. Un petit truc, mais un toit au-dessus de ta tête». Ça parle beaucoup aux gens, le toit, la maison. C’est un peu le principal, dans la vie.
Kev Adams: Moi, la maison de mes rêves, ce n'est pas une maison particulière. En terme architectural, en tout cas. On s'en fout, ça peut-être un tout petit studio de 8 m² ou un immense palace. Pour moi, la maison de mes rêves, c’est être entouré des gens que j'aime, avec lesquels je me sens bien et je rigole. Il y a aussi un côté un peu métaphorique dans «la maison des rêves». C’est là où on se sent bien, avec ses proches.
A l'inverse, avez-vous déjà pris de très mauvaises décisions immobilières?
Chantal Ladesou: Personnellement, non.
Kev Adams: Oh que oui! J’ai acheté un viager il y a quelques années, raison pour laquelle j'ai écrit ce film.
Et c'est aussi comme ça qu'on apprend. Franchement, c’est pas forcément une catastrophe. Je fais partie de ceux qui sont très énervés sur le coup, puis qui relativisent.
Chantal Ladesou: Ce n'est jamais que de l'argent. Ce n’est pas très important.
Est-ce que vous souvenez du premier endroit un peu pourri dans lequel vous avez vécu?
Kev Adams: Je me rappelle très bien. C’était une studette, c'est-à-dire encore plus petit qu'un studio, ça faisait 8m². A Paris, au septième étage sans ascenseur. Autant vous dire qu’avant de descendre pour aller faire des courses, on y réfléchit à deux fois. C’était pas très loin de chez mes parents, en banlieue parisienne. On s'y entassait avec mes potes, il y avait un lit dépliable qui tenait à peine.
Chantal Ladesou: Je suis sûre que tu en gardes de bons souvenirs.
Kev Adams: Bien sûr, c’était exceptionnel. C’est pour ça que je dis la maison des rêves, on s'en fout à quel point c’est grand. Ce qui était génial, c’est que c’était mon premier chez moi.
Chantal Ladesou: Moi, c’était un hôtel particulier en plein Germain-les-Pré. Je vais chez un aristocrate fauché qui m'avait loué deux chambres de bonnes dans une porte dérobée dans l'escalier. C’est très joli, mais complètement délabré. Je ne pouvais presque pas me tenir debout. Quelques fois, quand je revenais des cours, j'ouvrais la porte, il était dans ma chambre et il écoutait de la musique. C'était incroyable. Ce n’était pas un monsieur dangereux, mais il était un peu fou, en fait. Et j'ai de beaux souvenirs là-dedans.
Kev, contrairement à votre personnage, un vrai manche à balai qui multiplie les bourdes, vous avez connu le succès très vite. Avec le recul, où le Kev de 20 ans avait tout faux sur la réussite?
Kev Adams: Dans plein de choses! Pas seulement sur la réussite ou sur ce métier. Je pense que, quand on a 20 ans, on a encore tant à apprendre, et c'est ce qui est génial. On est un peu encore en crise d'ado. On a l'impression de tout connaître. Donc énormément de choses.
Mais je crois qu'en vieillissant, on se rend compte que - et c’est un peu bateau de dire ça, le vrai bonheur est ailleurs.
Chantal, quant à vous, vous continuez à tourner énormément, même si vous avez largement passé l’âge de la retraite...
Chantal Ladesou: Vous n’êtes pas obligée de préciser mon âge, hmm?
Kev Adams: T’inquiète pas Chanchan, de toute façon, les gens vont regarder sur Wikipédia, ils verront ton âge tout de suite.
Chantal Ladesou: Ça dépend des gens.
Kev Adams: Cela n'empêche pas que tu puisses jouer une femme de 60 ans ou de 65 ans.
Chantal Ladesou: Exactement.
La retraite, ça vous effraie?
Chantal Ladesou: Qui?
Vous, Chantal.
Chantal Ladesou: Oui. Parce qu’il me reste de moins en moins de temps. C’est ça qui m'effraie le plus. J’ai envie de voir mes petits-enfants grandir, faire des études. J'ai envie de m'amuser avec eux le plus longtemps possible. Donc j'essaye de me maintenir très en forme: faire du sport, vivre joyeusement, aimer mon mari, être en harmonie tout le temps. Faire ce métier et travailler avec des jeunes comme Kev, ça tient vachement en éveil! Il faut assurer.
Kev Adams: Je crois que, de manière générale, le fait de rester en activité, ça maintient. Prenez Clint Eastwood, par exemple. J'ai lu tout à l’heure dans le train qu'il est en train de préparer son prochain long métrage, à 96 ans. C'est incroyable. Et, franchement, c’est pas comme s'il faisait des films nazes. Son dernier, Le Cas Richard Jewell, est hyper bien construit et bien écrit. Il a tout fait: écriture, réalisation... Quand on sait l'énergie que demande une journée de tournage, d'autant plus quand vous êtes le réalisateur, le chef d'orchestre, c'est complètement dingue.
Cette activité constante, le fait de tout le temps être attendu par des gens, d’avoir des choses à rendre et des échéances aussi, effectivement, ça aide beaucoup à vieillir.
A bien vieillir?
Kev Adams: Complètement. Si vous me dites: «Tu peux rester en vie jusqu'à 100 ans, par contre, tu ne marches plus, tu ne vois plus et tu n’entends plus», je n’ai pas envie. Quand je vois la patate de Chantal et son mari Michel, en revanche, ça me donne envie, vraiment. Ils m'ont un peu enlevé la peur de vieillir.
Chantal Ladesou: Même quand mon mari est fatigué, si j’ai envie de sortir, je le traîne quand même. Et après, il ne regrette pas! Hier soir, par exemple, on allait au restaurant, il ne voulait pas trop. Je l'ai poussé et, finalement, il était ravi. C’était un lieu super, très agréable. Il faut toujours rester curieux, de voir et de découvrir des choses.
En parlant de personne aigrie, on sent votre plaisir à incarner cette mégère sadique qu’est Nicolette. Est-ce que vous avez des points communs avec elle?
Chantal Ladesou: Ce sont des rôles magnifiques à jouer. Je peux être mégère, de temps en temps. Je m'en rends compte et je me soigne. Enfin, je me freine! Parce que c'est affreux d’être une mégère. En revanche, je peux me montrer désagréable.
On sent vraiment dans ce film que vous vous êtes tous beaucoup amusés. Entre vous deux, qui serait le pire coloc’?
Kev Adams: Je sais pas s'il y a un pire coloc’. J’ai beaucoup vécu en coloc avec des copains et je les croisais rarement, vu que je travaille beaucoup et tout le temps. Moi, je fais ma vie, je ne vais pas trop embêter les gens qui vivent avec moi.
Chantal Ladesou: Je crois que ça m'énerverait très vite, la coloc. J'aime bien être tranquille toute seule. Me lever le matin, tranquille.
Kev Adams: Enfin, tu restes en coloc avec Michel.
Chantal Ladesou: C’est ça, le problème. C'est pour ça que je voulais prendre un chien: mon mari partait tôt le matin dans les bois. C'est extraordinaire, vous avez presque toute votre matinée pour vous! (Rires) C’est vrai qu'on a besoin d'espace. Mais bon, on s'organise quand même bien.
Quelle pièce de votre maison en dit beaucoup trop sur vous ?
Kev Adams: Ma maison, tout y est noir et blanc, donc ça ne dit pas grand-chose... Ah si! Peut-être ma cuisine. En ce moment, par exemple, vous n'y trouverez que du skyr, du miel, des œufs et des trucs allégés. Ça se voit que je suis au régime.
C'est pour un rôle, ou par plaisir?
Kev Adams: C’est la rentrée, il faut faire un peu attention quoi! Donc ouais, tu vas dans ma cuisine, ça raconte quelque chose de moi. Quelque chose de chiant, mais quelque chose quand même.
Et si on ouvre votre frigo, Chantal? On y trouve quoi?
Kev Adams: Un bout de Michel congelé? (Rires)
Chantal Ladesou: Non! Du lait de brebis, des vitamines, plein de vitamines, parce que je veux rester en forme... c’est vrai que ça en dit beaucoup.
Vous aimez manger?
Chantal Ladesou: J'adore ça. J’adore aller au restaurant et faire la cuisine, mais j'ai beaucoup moins de temps. Et ça m'arrange, parce que c'est Michel qui la fait et il est très inventif.
Kev Adams: Genre quoi?
Chantal Ladesou: Il va rajouter du miel sur quelque chose auquel on ne mettrait jamais du miel, des choses complètement incongrues... tout ce qu'il trouve, en fait. Et il a des goûts... c'est vraiment intéressant. Je lui ai déjà dit: «Tu aurais dû être chef, non?» Il me répond: «Non, j'aime faire ça pour toi, pour les gens que j'aime, pas pour les autres». En revanche, je sais très bien faire la blanquette à l’ancienne et le pot-au-feu. Gros sel, avec des cornichons. Là, je suis sûre de voir mon fils! (Rires)
(Kev Adams se gratte.)
Chantal Ladesou: Toi aussi, tu t’es fait piquer par un moustique?
Kev Adams: Non, mais j’ai les jambes un peu sèches, je crois.
watson: J’ai une super crème anti-démangeaison, mais je ne l’ai évidemment pas mise dans mon sac ce matin.
Chantal Ladesou: Ah, direct, vous entrez dans l’intime!
Loin de moi cette idée, c’est une crème médicamenteuse qui pue. Sinon, ce genre de journée où vous alignez les interviews, vous y prenez un peu de plaisir ou c’est chiant?
Chantal Ladesou: Non, on finit par s'habituer. Il faut que les gens trouvent un intérêt à venir nous voir. C’est important de bien répondre et on essaie de le faire très naturellement.
Kev Adams: En ce qui me concerne, ce n’est pas mon exercice préféré. Mais ça ne me dérange pas. C'est normal. Je m'impose seulement une règle que j’oublie à chaque fois: ne pas manger trop lourd. Parce que quand tu es assis à répondre à des questions, ça peut être long... Et à midi, j’ai fait tout faux: pâtes et frites.
Pâtes et frites?!
Kev Adams: Catastrophe, je ne mangerai pas ce soir mais j’ai craqué. En fait, je voulais des fish and chips. Du poisson avec des frites. Il se trouve que c'est ce que j'ai demandé et on m'a dit qu’il n’y avait plus de poisson. Donc on me demande ce que je veux d’autre. Je dis des pâtes à la sauce tomate. Très bien, super. Sauf qu’on me demande si je veux quand même des frites. Et j’ai accepté.
Chantal Ladesou: Il est faible!
Quel cauchemar.
Kev Adams: C’était très bon, hein. Mais les pâtes avec les frites, avant les interviews, il n'y a pas pire.
Un cassoulet, peut-être.
Chantal Ladesou: Tu aurais pu demander des filets de perche. Pas la peine de les paner, c'est très bon comme ça.
Kev Adams: D'ailleurs, si ça ne vous dérange pas, je vais marcher un peu.
Vous venez régulièrement en Suisse?
Chantal Ladesou: Oui, pour jouer par exemple.
(Kev Adams, lui, poursuit sa marche dans la pièce.)
Et vous avez du plaisir à venir dans nos contrées?
Chantal Ladesou: J'adore. Dès que je passe la frontière à Frasne, par exemple, je sens une certaine plénitude qui me tombe dessus. Quelque chose de très tranquille. C’est vachement bien, la Suisse.
Kev Adams: Je suis d'accord. D'ailleurs, on part pour Neuchâtel maintenant. Je me demande ce qu'on va manger.
