Le truc avec The Boys, c'est que toute ressemblance avec la réalité n’est pas vraiment fortuite. Pour rappel, la série, inspirée de la bande dessinée éponyme, se présente comme une version cynique des Avengers ancrée dans une réalité où toutes les dérives des Etats-Unis sont exacerbées.
La série qui s'est fait désirer depuis maintenant deux ans a été retardée par la grève des scénaristes. Elle aura tout de même réussi à contenter ses fans grâce à son excellente série dérivée Gen V, qui mettait cette fois la «Gen Z» à l'honneur au cœur d'un campus pour superhéros en devenir.
Crée par la multinationale Vaught grâce à un sérum qui attribue au hasard des pouvoirs à ceux qui ont vendu leurs enfants à l'entreprise, cet empire financier et médiatique utilise les super-héros comme purs produits du capitalisme.
Pour ce faire, elle joue sur tout ce qui compose l'âme de l'Amérique dans ce qu'elle a de plus sombre: le star system, la bigoterie, la suprématie blanche et bien d'autres travers.
Toutes ses thématiques se retrouvent évidemment en un personnage emblématique à qui la série doit son succès: le tout-puissant Homelander (ou le Protecteur si vous êtes dans la team VF) incarné avec brio par l'acteur Anthony Starr. Sorte de Donald Trump sociopathe qui aurait hérité des pouvoirs de Superman, il est l'antagoniste ultime des «Boys», la bande que l'on suit désormais depuis quatre saisons dans leur tentative désespérée de faire tomber les super-héros et la multinationale qui les a créés.
Dans la précédente saison, le personnage de Starlight (Erin Moriarty) révélait le vrai visage de Vaught et de ses superhéros. Alors qu'une frange de la population se range du côté de l'héroïne, Homelander se retrouve à la tête de l'entreprise Vaught et bénéfice d'une impunité totale, au point que même assassiner un opposant aux yeux de tout le monde lui vaut le soutien inconditionnel de ses partisans.
Des fans galvanisés qu'il encourage désormais à combattre les «socialos-non-binaires et athées» du camp des progressistes. Homelander est définitivement devenu une satire d'un Donald Trump en collant, soumis à la peur de vieillir et au besoin irrépressible d'être aimé.
The Boys a toujours dénoncé les extrêmes depuis ses débuts et cette nouvelle saison ne déroge pas à la règle, toujours avec un certain panache et un goût prononcé pour la violence et l'humour graveleux. Les corps se font toujours autant déchiqueter et les scènes de sexes malaisantes entre super-héros font à chaque fois preuve d'une ingéniosité folle.
La série brille constamment par son irrévérence et cette saison 4 s'immisce dans une saison plus politique que jamais avec sa guerre rangée entre progressistes et conservateurs. Ces trois premiers épisodes ne manquent pas de tacler au passage la mouvance QAnon, de faire une jolie référence au procès de Johnny Depp et Amber Heard, ou encore de présenter une version chrétienne et hilarante de Holiday on Ice.
The Boys, c'est la série qui ose tout, tout le temps, et qui parodie à l'excès avec une telle justesse que certains n'y voient même pas le second degré.
Y'a des gens leur série préférée est The Boys mais ils vont mettre un bulletin Bardella dans les urnes 💀
— Regelegorila (@regelegorila) June 13, 2024
À l’aube des élections présidentielles américaines le 5 novembre 2024 et l'explosion de l'extrême-droite aux dernières européennes, The Boys est définitivement un exutoire qui fait du bien. La série, prévue sur cinq saisons, prouve une fois de plus qu'elle est l’une des meilleures productions actuelles et sans nul doute la plus… «woke».