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On a vu Backrooms, le film le plus étrange de l'année

Entre le film fantastique et le thriller psychologique, Backrooms hypnotise grâce à sa direction artistique inspirés des espaces liminaires.
Entre le film fantastique et le thriller psychologique, Backrooms hypnotise grâce à sa direction artistique.Image: A24

On a vu le film le plus étrange de l'année

Véritable phénomène aux Etats-Unis, Backrooms débarque sur nos écrans ce mercredi. Le film se révèle être autant un ovni cinématographique qu'une excellente surprise.
17.06.2026, 11:5717.06.2026, 12:00

Préparez-vous à embarquer pour un voyage aux allures de film expérimental, mettant en scène des décors dignes d’installations d’art contemporain. Cet ovni s'intitule Backrooms et sort en Suisse ce 17 juin, après avoir fait un carton dès le week-end de sa sortie aux Etats-Unis. La raison? Le film s’inspire d’une des plus célèbres légendes urbaines d’Internet: il existerait un monde parallèle de couloirs sans fin dans lequel rôde une mystérieuse présence.

Ce film de science-fiction légèrement horrifique nous plonge au début des années 1990 et suit un marchand de meubles (Chiwetel Ejiofor) découvrant une entrée vers cet univers dans le sous-sol de son magasin. Des couloirs et des pièces vides, où se retrouvent parfois des objets dont l’emplacement semble dépourvu de sens, comme si la conception de cet univers si familier était dénué de toute logique humaine. Un monde sens dessus dessous dans lequel la fascination laisse très vite sa place à la terreur, puisque «quelque chose» s'y trouve.

La bande-annonce:

Vidéo: extern / rest

Naissance d'un phénomène

Ces fameuses «backrooms», ou « arrières-salles» en français, sont nées suite à la publication d’une photo en 2019 sur le forum 4chan. Sur cette image, l’intérieur d’un immeuble vide est éclairé par les luminaires d’un faux plafond, et le papier peint jaunissant ainsi que la moquette évoquent un intérieur désuet, donnant une sensation inconfortable. En 2024, on apprendra qu’il s’agissait en réalité d’une photo datant de 2002, issue d’un magasin de meubles en rénovation.

La photo original diffusée sur 4chan en 2019 ayant définit l'esthétique des espaces liminaires à l'origine de Backrooms.
La photo originale, diffusée sur 4chan en 2019, ayant défini l'esthétique des espaces liminaires à l'origine de Backrooms.Image: 4chan

De cette simple image est né un «creepypasta», ces histoires effrayantes écrites collectivement par les internautes, autour de l’idée qu'il existe un immense complexe extradimensionnel de pièces vides, accessible en quittant la réalité. En découle une véritable esthétique nommée «espaces liminaires» reprise par de nombreux artistes, que ce soit en photographie, en jeux vidéos ou encore en série TV, puisque la célèbre série Severence s'en inspire allégrement.

Agé de seulement vingt ans, le réalisateur de Backrooms, Kane Parson, est l'un des instigateurs de ce phénomène. En 2019, encore adolescent, il créait un court-métrage en images de synthèse inspiré de cette photo, découverte pour la première personne au travers d'une caméra VHS. S'en suit une web-série explorant cet étrange univers qui va conquérir le cœur des internautes, puisque le compte de Kane Parson atteindra les 3 millions d'abonnés.

Le Britannique Chiwetel Ejiofor (12 Years A Slave) et la Norvégienne Renate Reinsve (Valeur sentimentale), deux acteurs d'exception qui se prêtent à l'exercice du film de genre.
Le Britannique Chiwetel Ejiofor (12 Years a Slave) et la Norvégienne Renate Reinsve (Valeur sentimentale), deux acteurs d'exception qui se prêtent à l'exercice du film de genre.Image: A24

Emballé par le concept du jeune prodige, le prestigieux studio A24, derrière des succès comme Everything Everywhere All at Once (2022) ou encore Marty Supreme (2026), lui a fourni le modeste budget de 10 millions de dollars pour adapter sa série au cinéma.

Le miracle opère: le film marque le meilleur démarrage d’A24 au box-office américain, dépassant les 100 millions de dollars de recettes en seulement six jours. Un succès qui rejoint celui de Obsession, un autre film d’horreur sorti un mois plus tôt et également signé par un youtubeur. Un changement de paradigme pour Hollywood, qui voit ainsi ses premiers cinéastes issus de la Gen Z.

Un rêve lucide

Dans ce passage du court au long format, Backrooms repose sur deux personnages: Clark (Chiwetel Ejiofor), alcoolique et fraîchement divorcé, contraint de dormir dans son gigantesque magasin en déclin, et Mary (Renate Reinsve), sa psychologue. Si Clark se défend d’être un homme toxique, il consulte pour apprendre à gérer ses frustrations. Lesquelles vont devenir une obsession, lorsqu’il découvre le mystérieux passage menant à cet univers si singulier.

Obnubilé par l’idée de cartographier le labyrinthe, il disparaît après en avoir parlé à sa psychanalyste, qui part alors à sa recherche. Elle finira par tomber, elle aussi, dans cet étrange purgatoire, qui semble reproduire de manière approximative des éléments de souvenirs appartenant à ceux qui s’y perdent.

Bienvenue dans les arrière-salles où les choses ont un sens même si elle n'en ont pas l'air.
Bienvenue dans les arrière-salles où les choses ont un sens, même si elles n'en ont pas l'air.Image: A24

Si le film doit évidemment tenir sur un scénario, on aurait préféré être plongé tout du long dans les méandres de ces couloirs à la configuration ubuesque, plutôt que de jongler entre le monde réel et celui des backrooms. Cependant, si cela impacte le rythme, l’approfondissement des personnages est nécessaire, puisque ce film, jamais cousu de fil blanc, se veut particulièrement cryptique et repose uniquement sur des métaphores psychologiques.

Ce lieu énigmatique, à l’image de l’intelligence artificielle générative à ses débuts, semble répliquer à sa manière ce qu’il interprète de ses visiteurs, à l’image de «quelqu’un à qui l’on demanderait de dessiner un chien sans jamais en avoir vu», comme l’explique le personnage principal.

Par ailleurs, le film démarre sur une note philosophique, expliquant qu’au fil de votre vie, l’esprit non entraîné accumule des schémas, des habitudes et des comportements qui nous font tourner en rond, nous amenant à créer sans cesse les mêmes problèmes et à rechercher sans cesse les mêmes solutions.

A croire que ces backrooms ne sont que le manifeste cauchemardesque de l’esprit humain, qui fonctionne uniquement par répétitions et blocages, déclinant sans cesse les mêmes mécanismes, ces mêmes schémas qui peuvent nous apparaître en rêve et que la thérapie peut aider à guérir. Dans Backrooms, ce sentiment d’entre-deux se manifeste par une esthétique retranscrite à travers une ambiance d’étrangeté, de surréalisme, de nostalgie et de tristesse.

Le génie du film tient probablement dans cette capacité étonnante à créer visuellement l’horreur des méandres de la psyché humaine. Cette prouesse, on la doit à un jeune homme de 20 ans qui a créé avec Backrooms la première grande œuvre de la génération Internet.

Un film d’horreur original, comme un grand doigt d’honneur à Hollywood, qui semble tourner en rond en recréant à sa manière les mêmes films, encore et encore…

«Backrooms» de Kane Parson est à voir au cinéma dès le 17 juin 2026. Durée: 1h50

Vidéo: watson

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source: reddit
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