On a vu «Obsession», le film d'horreur dont tout le monde parle
Certains films d'horreur donnent envie de dormir avec la lumière allumée pendant quelques jours, ou au moins avec une petite veilleuse licorne. Alors qu'Obsession donne surtout envie d'envoyer un message à son ex pour le remercier d'avoir été lâche, mais finalement assez normal. En tout cas, moins taré que les protagonistes de ce film.
Car derrière son histoire d'amour qui tourne mal, le film livre un portrait parfaitement angoissant des relations toxiques. Le genre qui, avant de vous faire sursauter, vous met surtout extrêmement mal à l'aise.
L'histoire est pourtant presque naïve. Un jeune homme nourrit depuis des années des sentiments pour son amie. Mais un jouet magique lui permet de faire un vœu. Il supplie donc ce bâton magique de faire en sorte que son amie tombe amoureuse de lui. Le fantasme romantique par excellence.
Liaisons dangereuses
Sauf que les bonnes histoires d'horreur commencent souvent là où les contes de fées s'arrêtent.
Très vite, quelque chose cloche. Cette relation tant de fois fantasmée ressemble à une version de l'amour qu'on aurait générée par intelligence artificielle. Tout a l'air parfait, sans accroc. Trop parfait. Jusqu'à ce que le malaise prenne le pas sur le mignon. Et c'est précisément là que réside la plus grande force d'Obsession.
Les amateurs de films d'horreur qui vous font hurler ou bondir toutes les 30 secondes risquent d'être déçus. Non, les pulses ne montent pas à 150 battements par minute. En revanche, ce film provoque une sensation d'inconfort permanent. Une sorte d'anxiété diffuse qui s'installe progressivement et refuse de repartir.
Pendant une bonne partie du film, on n'a pas peur au sens classique du terme. On est simplement mal. Comme lorsqu'on assiste à une dispute de couple dans un restaurant sans pouvoir détourner les yeux. Comme lorsqu'on sent qu'une situation dérape mais que personne dans la pièce ne semble vouloir l'admettre. On assiste, impuissant, à une dégringolade anxiogène. Une sorte d'accident au ralenti.
Pourtant, les signaux d'alerte sont bel et bien là, ils s'accumulent les uns après les autres, s'empilent avec une rare évidence. Et c'est précisément parce que les personnages continuent d'avancer malgré tout, de courir droit dans le mur, que l'angoisse grandit.
So 2026
Cette approche fonctionne bien, notamment parce qu'elle s'appuie sur une thématique très actuelle. Sous ses airs de film fantastique, Obsession parle en fait de quelque chose que beaucoup connaissent. La difficulté de trouver sa place dans une relation. Le besoin d'être aimé. La peur du rejet. Les fantasmes que l'on projette parfois sur l'autre. Cette idée si humaine et si dangereuse selon laquelle le bonheur ne serait garanti que si la personne convoitée nous donnait enfin une chance.
A l'heure des réseaux sociaux, des applications de rencontre, des «situationships» impossibles à définir et des débats sur les relations toxiques, le film touche à quelque chose de très contemporain. Il prend un fantasme amoureux universel, et le pousse jusqu'à son point de rupture.
Inde Navarrette, l'actrice principale, joue d'ailleurs un rôle essentiel dans cette mécanique. Son personnage évolue progressivement d'une amoureuse idéale à une présence de plus en plus oppressante et déshumanisée. Certaines scènes sont franchement inconfortables à regarder, oscillant entre tendresse sincère et menace latente.
Par moments, son jeu paraît presque excessif. Puis on comprend que cet excès fait partie du projet. Plus le vœu échappe au contrôle de son auteur, plus cette relation artificielle se déforme jusqu'à devenir monstrueuse.
Du côté du protagoniste masculin, le constat est un peu plus nuancé. Le personnage, incarné par Michael Johnston, est certes touchant dans sa solitude et sa maladresse, et on comprend pourquoi il a formulé ce vœu. Mais à mesure que la situation dégénère, certaines de ses décisions deviennent parfois frustrantes. Plusieurs fois, on a envie de lui crier «mais fuiiiiis!».
Une frustration qui, paradoxalement, renforce l'impression d'assister à une catastrophe annoncée, à une fin qui sera tragique, d'une manière ou d'une autre.
Une esthétique qui soutient le propos
Autre élément qui mérite d'être souligné, la réalisation du film. La photographie, les couleurs, les cadrages et même certains mouvements de caméra contribuent à alimenter ce sentiment de malaise permanent.
Même les scènes les plus sanglantes participent à cette logique. Ceux qui ne sont pas fans de gore trouveront peut-être un réconfort dans la manière dont ces scènes sont traitées. La violence y est poussée à un niveau presque absurde. Le sang jaillit avec une générosité telle que certaines séquences flirtent avec le grotesque, faisant «passer la pilule» à ceux qui détestent les scènes habituellement sanglantes.
Ces moments apportent par ailleurs une forme de relâchement dans une histoire autrement très tendue. Ils permettent au spectateur de rire nerveusement, avant de mieux replonger dans l'inconfort. Une mécanique qui rappelle d'autres films où l'exagération de la violence finit par devenir une forme d'humour noir.
Alors, on fonce au cinéma pour le voir?
Obsession réussit le pari de proposer un film d'horreur dont les scènes les plus terrifiantes ne sont pas forcément les plus sanglantes. Ce qui reste une fois les lumières rallumées, ce n'est ni le sang ni les cris. C'est ce malaise. Cette sensation étrange d'avoir regardé une histoire d'amour se transformer lentement en cauchemar. Et c'est peut-être cela qui fait le plus peur.
Notons encore que derrière ce petit film d'horreur se cache aussi un phénomène qui intrigue Hollywood. Réalisé par le youtubeur Curry Barker et produit avec un budget minuscule à l'échelle des standards américains, Obsession est en train de rapporter des dizaines de fois sa mise de départ au box-office.
La preuve qu'en 2026, une bonne idée peut parfaitement rivaliser avec les superproductions à plusieurs centaines de millions de dollars. Et, en rentrant du cinéma, nous empêcher de dormir de la même manière qu'un énième blockbuster.
