Le dernier Ridley Scott souffre d’un sentiment de déjà-vu
Depuis les cartons de The Walking Dead et, plus récemment, The Last of Us, la science-fiction post-apocalyptique s’est solidement ancrée dans la pop culture, même si elle reste souvent associée à la présence de zombies ou d’infectés prêts à croquer le premier survivant venu. Le 30e film de Ridley Scott, The Dog Stars, reprend ce principe en écartant l’aspect irréaliste des morts-vivants et la dimension horrifique, tout en conservant dans son viseur l’idée que l’homme reste un loup pour l’homme.
Dans ce récit intimiste, la société américaine a été décimée par une pandémie dont on ne saura presque rien, si ce n’est qu’il s’agit d’une grippe mortelle qui n’est pas sans rappeler les années sombres du Covid-19. Dans ce monde où les systèmes de communication ont disparu, les survivants subsistent dans un isolement presque total, sans véritables connaissances du monde extérieur. Chaque rencontre avec un inconnu devient un danger potentiel dans cette société désormais livrée à elle-même, sans foi ni loi, où les pilleurs sont légion.
La bande-annonce:
Hig (Jacob Elordi) est un ancien mécanicien qui s’est installé sur une base aérienne isolée avec son chien et un ex-Marine intransigeant (Josh Brolin), prompt à abattre tout intrus qui franchirait les limites de leur territoire. A bord de son avion de plaisance, Hig explore quotidiennement les environs en compagnie de son berger allemand, à la recherche de ressources. Mais lorsqu’il capte une étrange transmission radio et entend une voix inconnue, l’espoir d’un monde meilleur, quelque part ailleurs, renaît, tout comme son désir de partir à sa recherche.
Pas le film que l'on croit
Après les récits historiques de Napoléon (2023) et Gladiator II (2024), Ridley Scott regarde à nouveau vers l'avenir, et autant dire qu'il est sombre. Ce 30e film est une adaptation du roman La Constellation du chien de Peter Heller paru en 2012.
Lors du visionnage de The Dog Stars, on se sent en terrain connu, tant son imagerie d’une Amérique désolée et vidée de ses habitants évoque aussi bien les adaptations de Je suis une légende que le jeu vidéo (et la série) The Last of Us. On y retrouve également quelque chose de La Route de Cormac McCarthy, adaptée à l’écran en 2009 par John Hillcoat, le pessimisme en moins. La végétation a repris ses droits, les rues de Denver sont devenues des cimetières de voitures et les immeubles délabrés regorgent encore de ressources que Hig glane au fil de ses expéditions à bord de son coucou, afin de faire le plein d’essence, de provisions et de médicaments.
Mais cette jungle urbaine n’est qu’une facette du film, essentiellement cantonnée à son introduction. The Dog Stars lorgne avant tout du côté du western, avec ses grands espaces, ses communautés isolées et son ode à une nature qui reprend ses droits. Les montagnes Rocheuses, qui sont censées servir de décor au film, y sont magnifiées. Seules la maladie et la présence de survivants qui s’adonnent au pillage viennent ternir cet Eden retrouvé.
Ridley Scott a poussé le vice du western jusqu’à tourner son film en Italie, dans les célèbres studios de Cinecittà à Rome, où sont nées certaines des œuvres les plus emblématiques du genre. Quant aux Dolomites, leurs sublimes montagnes recréent avec une étonnante justesse les paysages sauvages du Colorado.
Un western crépusculaire
Les Etats-Unis semblent être revenus à l’époque de la conquête de l’Ouest, où Hig, cavalier solitaire sur son cheval volant, croise aussi bien des bisons que le destin d’une famille de fermiers qui lui vient en aide, ou encore celui d’une communauté religieuse bienveillante. Un contraste certain avec les pillards, qui évoquent maladroitement des guerriers amérindiens armés de haches, et les autres survivalistes équipés de fusils d’assaut, vestiges trumpistes de l’ancien monde. Ridley Scott pousse même la nostalgie de l’Americana jusqu’au malaise lors du climax, qui contient la seule véritable séquence horrifique du long-métrage.
Le film aurait pu se noyer parmi toutes les références auxquelles il ressemble, mais le réalisateur, aujourd’hui octogénaire, tire son épingle du jeu en livrant une œuvre contemplative, traversée de moments mélancoliques et sentimentaux dignes d’une chanson folk. En dépeignant l’anxiété du monde d’après, le film célèbre aussi un retour à la simplicité et à la résilience, avec une douceur qui finit par faire du bien.
A l’image des westerns crépusculaires apparus à la fin des années 1960, qui racontaient la fin du mythe de la conquête de l’Ouest à travers des antihéros fatigués et désabusés, The Dog Stars emprunte le chemin inverse et en propose un pendant contemporain à l’heure de l’anthropocène. Si l’effondrement devient une possibilité, le film suggère que seule notre humanité pourra encore nous sauver.
«The Dog Stars» de Ridley Scott est à voir au cinéma depuis le 26 août 2026. Durée: 1h 58m.
