Netflix cache un secret dans ce thriller
Sans les smartphones (très rarement) dégainés, on a franchement l’impression de dépoussiérer un bon thriller des nineties. Un tueur en série d’enfants charismatique derrière les barreaux, un vieux flic à la retraite forcé de rempiler, une fliquette sombre et très solide, un père endeuillé et effrayé et de nouveaux meurtres glaçants qui ébranlent une petite bourgade paumée des Etats-Unis.
Même le casting nous prive de la moindre preuve que The Whisper Man est en réalité un nouveau thriller sorti il y a deux jours à peine sur Netflix. Le vieux flic? Robert De Niro. La policière? Michelle Monaghan. Le daddy angoissé? Adam Scott. Quant au tueur en série, Netflix a «interdit» aux médias de révéler la star hollywoodienne qui l’incarne jusqu’à la sortie du film.
L’affiche... sans le nom du tueur.
Pas très engageant?
Détrompez-vous. Si ce thriller baigne effectivement dans nos bons souvenirs cinématographiques, il parvient à nous scotcher au canapé pendant quasi deux heures, avec trois fois rien. L’absence crasse de lumière, les parquets qui grincent et les mines glaçantes et patibulaires des protagonistes nous plongent dans les quartiers étouffants de la ville fictive de Featherbank. Une atmosphère fomentée par le réalisateur néo-zélandais James Ashcroft, qui semble adorer nous coller (très) lentement la frousse.
Mission accomplie. Alors que nous avons sursauté trois fois en deux heures, tout le reste est une sordide collection de non-dits et de chuchotements meurtriers.
A commencer par ceux d’un tueur en série qui croupit en prison après avoir torturé et tué une demi-douzaine d’enfants, trente ans plus tôt. Sa signature fait plutôt froid dans le dos: kidnapper des gamins, leur murmurer des questions avant de rendre publics les enregistrements et les assassiner.
La bande-annonce:
Fraîchement installés en ville, Tom Kennedy (Adam Scott) et son jeune fils Jake, introverti et gorgé de traumas depuis la mort de sa maman, ont à peine le temps de digérer leur nouveau quotidien qu’une série d’étrangetés vient les bousculer à domicile, une vieille baraque qu’on dirait hantée.
Sans oublier que Featherbank est le théâtre d’une nouvelle série d’enlèvements d’enfants, dont le mode opératoire rappellera très vite les atrocités perpétrées par Frank Carter, surnommé The Whisper Man, pourtant derrière les barreaux depuis trois décennies.
Quand Jake disparaît, Tom Kennedy n’a d’autre choix que de reprendre contact avec son propre père. S’ils sont en froid depuis longtemps, le vieux paternel a un avantage impossible à ignorer: c’est lui qui avait fini par coffrer le tueur en série qui hante à nouveau Featherbank.
Si The Whisper Man emprunte tous les codes du thriller sombre, lent et pluvieux, il a aussi l’ambition de révéler les zones d’ombre de la filiation masculine et les silences creux des relations père-fils. A la fois bien dessinée, mais effleurée, cette problématique va s’immiscer jusqu’à la cellule de celui dont on devait taire le nom, mais qui est en réalité... Michael Keaton (soyons fous).
La performance de Michael Keaton:
Dans une séquence qui voudrait rappeler (de très loin) la personnalité irremplaçable d’Hannibal Lecter, la star hollywoodienne en fait hélas des tonnes pour tenter d’incarner le méchant qui marque les esprits. D’autant que sa performance sera très vite éclipsée par un personnage pétrifiant qui déboule dans la dernière demi-heure de ce très bon thriller généreusement angoissant.
