Il revient dans une version ultime
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Avant cette version «Reimagined», Dragon Quest VII a connu trois itérations distinctes. La version PlayStation (1998 au Japon, 2001 en Occident), reconnaissable à son rendu 2D/3D typique de l’époque, à son rythme extrêmement lent et à une introduction réputée interminable, portée par une narration fragmentée centrée sur la restauration d’îles disparues. Le jeu a eu le droit à la version Nintendo 3DS en 2013, qui modernisait en profondeur l’expérience et une version mobile, directement dérivée de la portable de Nintendo.
Dragon Quest VII: Reimagined a donc comme lourde tâche de s’imposer comme la version ultime. Celle qui harmonisera, en une seule et même voix, les attentes des anciens comme des nouveaux joueurs. Convaincre le public japonais ne devrait pas être trop difficile, puisqu’il est friand de la licence et de cet opus; mais il faudra également que le public occidental valide l’expérience. Ce qui semble être un pari réussi, puisque la presse dans son ensemble salue la qualité du jeu.
Des poupées dans des dioramas
Dès la cinématique d’introduction, avant même de lancer réellement le jeu, j’ai été agréablement surpris par la direction artistique. Pour être franc, les trailers m’avaient déjà donné énormément envie d’y jouer, ne serait-ce que pour son aspect visuel. Les personnages façon «poupée» ont de la gueule et cet aspect diorama du monde fonctionne particulièrement bien avec la licence. Certains effets de lumière et d’eau sont franchement réussis, et quelques cinématiques font mouche.
Sur le plan technique, hormis quelques ombres capricieuses et des éléments – notamment de végétation – qui apparaissent un peu tardivement à l’écran, le jeu se montre très solide. J’espère toutefois que ces quelques soucis techniques seront rapidement corrigés par une mise à jour.
Le jeu propose un doublage japonais et anglais, avec des sous-titres français. Comme souvent dans les JRPG, j’ai opté pour le japonais. Attention toutefois: les PNJs de base ne sont pas doublés. A noter également que les noms des personnages diffèrent entre la version japonaise et la traduction, ce qui peut créer un léger flottement au début.
Evidemment, qui dit Dragon Quest, dit bande originale épique. Les musiques ont été réorchestrées et c’est un vrai plaisir pour les oreilles.
Une histoire de voyage dans le temps
Dans Dragon Quest VII, vous incarnez un jeune héros vivant sur une île isolée, qui semble être la seule terre existante. En explorant des ruines avec vos deux amis de toujours, Kylian et Maribel, ils découvrent des tablettes anciennes permettant de voyager dans le temps vers des îles disparues. Chaque île raconte une histoire, souvent marquée par des drames humains et vos actions dans cet espace-temps modifient votre présent. Si tout semble fragmenté au départ, le puzzle se construit petit à petit. L’ensemble finit par se faire écho.
Le jeu installe progressivement son rythme. Lent, oui. Trop lent pour certains, sans doute. Mais ce tempo sert une narration faite de petites histoires, parfois très réussies, parfois plus anecdotiques. Certaines îles marquent durablement, abordant des thèmes comme le courage, le sacrifice ou la fatalité. Le plaisir de revenir dans le présent et d’observer les conséquences de nos actes reste l’un des plus grands points forts du jeu.
Des îles et des donjons
L’exploration est centrale dans le plaisir que l’on éprouve à parcourir ce monde. Les quêtes sont clairement indiquées par des points d’exclamation rouges sur la carte, ce qui est très pratique – même si l’option aurait gagné à pouvoir être désactivée.
Que ce soit via les PNJs ou vos compagnons, tout est fait pour que vous ne soyez jamais totalement perdu. Il est donc vivement conseillé de fouiller partout, le jeu récompensant plutôt bien la recherche. D’ailleurs, une grande partie des tablettes se découvre en explorant minutieusement, ce qui permet d’éviter bien des allers-retours inutiles.
Certains donjons proposent également de petites énigmes et quelques mécanismes qu’il faudra activer ou régler correctement pour progresser. Votre cerveau ne devrait pas surchauffer, mais il m’est arrivé de bloquer quelques minutes face à certaines logiques.
Chacun sa vocation
Les personnages évoluent classiquement en gagnant de l’expérience et en montant de niveau. La personnalisation des héros prend toutefois une tout autre dimension grâce au système de vocations, central dans ce Dragon Quest VII. Attention cependant: il vous faudra patienter une bonne dizaine d’heures avant d’y avoir accès.
Les vocations représentent en réalité des orientations de classe qui influencent les statistiques, les compétences et les aptitudes de chaque personnage. Elles impactent également le mode de frénésie combative, en modifiant les bonus accordés lorsqu’il s’active en combat.
En clair, il s’agit bien d’un système de classes à part entière. En théorie, chaque personnage peut maîtriser toutes les vocations disponibles, ce qui peut d’ailleurs constituer un objectif d’endgame pour les plus complétistes. Le jeu propose dix vocations de base: guerrier, artiste martial, mage, prêtre, danseur, voleur, barde, matelot, berger et baladin. En les développant et en les combinant sur un même personnage, vous débloquerez ensuite des vocations intermédiaires, puis avancées.
Combats, du classique bien huilé
Les combats restent du Dragon Quest pur jus: tour par tour, bestiaire iconique signé Toriyama, compétences, magie, objets, tactiques automatiques réglables… Rien de révolutionnaire. Cependant, il y a un confort de jeu très appréciable, notamment grâce aux combats rapides et automatiques, une tournure parfaite pour le farming.
Les personnages gagnent des niveaux, des points de compétence et progressent dans leurs vocations, avec la possibilité d’entrer en frénésie combative pour activer des bonus puissants. Attention, certains ennemis peuvent eux aussi s’énerver de manière inattendue. Si en mode facile, tout combat se fait deux doigts dans le pif, méfiez-vous des autres modes de difficultés.
Un bon remake alors?
Cette version Reimagined est clairement la plus complète et la plus agréable pour découvrir Dragon Quest VII. Elle n’est cependant pas parfaite. Le héros manque de charisme, les PNJs se répètent visuellement, le rythme reste lent et certaines mécaniques héritées du passé auraient mérité d’être simplifiées.
Et pourtant, quel plaisir. Malgré ses longueurs, j’ai adoré parcourir ce jeu de bout en bout. On sent que Dragon Quest VII était déjà plus moderne que les premiers épisodes et cette version en est l’aboutissement logique. Cette version «Reimagined» n’est pas un jeu pour les pressés, mais c’est sans doute la meilleure porte d’entrée possible pour découvrir cet épisode mythique. Une version modernisée, plus accessible, mais qui conserve l’âme d’un JRPG d’un autre temps.
+ Nombreuses options de confort
+ Direction artistique réussie
+ OST réorchestrée
+ Une licence culte
- PNJs très répétitifs
- Bestiaire un peu limité
- Quelques mécaniques vieillissantes
- Mise en scène parfois en deçà
