Le 5 juillet, c'est le moment de mettre le Montreux Jazz (jusqu'au 20 juillet) sur orbite et de voir défiler les premiers fêtards et mélomanes dans un tout nouveau format de la manifestation.
L'ats parlait samedi matin de «festivaliers qui se sont vite habitués à la nouvelle configuration». Mais en tendant l'oreille dans les stands et autres files de nourriture, c'est une toute autre impression qu'on recueille.
Car au milieu d'une foule (un poil clairsemée), les premières pépites ne se font pas attendre:
Ce n’est sans doute rien d’autre que ce cynisme absolument montreusien; ces petits fadas du MJF devenus désorientés après un glissement vers les quais, en direction de la place du Marché et du Casino. L'Auditorium Stravinsky sur la touche, c'est l'âme du Jazz qui part.
«C'est quoi cette scène? Ah, c'est celle du lac, c'est ça?», braillent les premières voix entendues après quelques pas dans ce nouveau format du MJF. Avant d'être un poil plus critique: «Franchement, c'est pas ouf. En fait, ça me gave cette nouvelle configuration!»
A force d'écumer les bars, on déniche des avis positifs: «Ah mais en fait, c'est cool cette scène Super Bock», laisse échapper une festivalière. Et à raison. On la regarde, on l'interroge: le Montreux Jazz n'est pas trop dénaturé?
A force de chercher de l'enthousiasme, la gymnastique en devient acrobatique. La moisson d'avis récoltés est mesurée. «Ouais, il y a peu de monde et il me semble que l'ambiance est un poil morose. Pourquoi? Je ne sais pas», nous répond un jeune homme croisé aux alentours de la Terrasse Nestlé.
Les quais ne débordent pas, loin des affluences des grands soirs. On pense trouver la perle rare en voyant une foule se diriger vers le Lakehouse. On tente. Sans plus, l'ambiance est calme, presque verrouillée. On accoste une serveuse, on lui demande ce qu'elle en pense: «C'est assez tranquille ce soir. En fait, ça me surprend, ouais». Même son de cloche pour un agent de sécurité: «C'est vrai que c'est calme».
L'enthousiasme est contenu. On enchaîne les terrasses, entre celle de Nestlé ou de l'Ibis, la folie reste étouffée, presque anesthésiée. On se laisse porter, on croise des groupes de personnes désabusées: «Il est où le Jazz, rendez-moi le Jazz», lance un amoureux de la manifestation croisé au bout du comptoir.
Alors que l'aube pointe le bout de son nez, les rues se vident. On baisse pavillon. Direction la gare, là où habituellement l'ambiance monte d'un cran. Toujours rien, c'est le calme plat. Pas même un cri.
On ramène notre carcasse, la mine déçue, la démarche douloureuse. Les doigts enfoncent le clavier du téléphone et les lentilles assèchent la cornée des yeux de votre chroniqueur à force de fixer l'écran. Un râle est poussé alors que le train met du temps à entrer en gare. Tout est calme, rien de fou. Il est 6 heures du matin, les oiseaux piaillent. Le train est aussi vide que ce premier soir, aussi poussif qu'un festival qui cherche à combler ses fans, comme le trou laissé par son cher et tendre centre névralgique, son mythique noyau du Stravinsky.