«On est zinzins»: Ce festival romand né d'une blague fête ses dix ans
Un festival dans un champ de maïs? C'est le concept de «Into The Corn», qui offre une programmation musicale de qualité en plein coeur de la région du Jorat. Au menu: des groupes du cru, en majorité du canton de Vaud et de Genève, des produits locaux - et même de la saucisse au chou. Et surtout, une vibe écolo et solidaire, qui a de quoi plaire à un public campagnard comme citadin. Après 10 ans d'existence, cet objet volant musical difficilement identifiable, mais étrangement durable, remet le couvert du jeudi 6 au samedi 8 août 2026.
Petite découverte avec l'un de ses membres, Alex Fracheboud.
Lieu: Chemin Haut-Mont, 1084 Carrouge (Jorat, VD)
Horaires: Jeudi 18h-minuit | Vendredi 17h30-3h | Samedi 17h30-3h
Camping: Gratuit
Navettes spéciales Into the Corn depuis Lausanne (Place Tunnel) – vendredi et samedi
Site web et billetterie: www.intothecorn.ch
Comment est né Into The Corn?
Ça vient tout droit de la tête de deux potes. Surtout deux sacrés barjots du Jorat, Nicolas Gilliéron et Tanguy Ecoffey. Leur grand truc, c'était de festoyer dans la région. Et de consommer de sacrés pichets d'eau, bien entendu. Un soir, en rentrant de soirée, l'éclair de génie frappe. Pourquoi ne pas monter une scène amovible? Une structure qui se baladerait d'un événement à un autre. Plus tard, affalés sur leur canapé, ils lâchent les chevaux. «Et si on faisait ça au milieu du maïs?»
Et le hasard fait bien les choses: un membre du comité avait justement des champs dans le coin. Il a accepté de nous les mettre à disposition. On n'est jamais repartis depuis.
Pourquoi Into The Corn plutôt qu'un Netflix ?
Parlons de la soirée cinéma. Netflix, c'est bien, vous êtes cosy sous votre plaid. Nous, on vous propose un cinéma 4D en plein air, en immersion totale dans un champ de maïs. Vous vivez le film, vous vivez le son et le paysage. Et en plus, vous profitez des animations dino qui rôdent entre les épis pour une soirée Jurassic Park.
De quoi promettre un franc succès!
La preuve: le festival affiche déjà presque complet! Mais il reste de la place pour le vendredi et le samedi, alors on vous conseille de vous décider vite, surtout pour ces 10 ans où on a mis le paquet côté surprises.
Pourquoi du maïs et pas du blé?
Tout simplement parce qu'on a des festivaliers qui mesurent plus d'un mètre. Plus sérieusement: se perdre au milieu de grands épis, ça crée un cocon un peu intimiste, un truc presque féerique. Vous tournez la tête, vous voyez du maïs partout, vous devinez juste les montagnes à l'horizon. Le blé, on n'a rien contre, mais niveau ambiance, il ne fait clairement pas le poids.
Comment décririez-vous le festival?
C'est un festival ouvert à toutes et tous, familles, jeunes, moins jeunes; tout le monde y trouve sa place. Ça sort vraiment de l'ordinaire, et c'est notre marque de fabrique:
Imaginez: vous arrivez aux abords du champ, vous passez une entrée un peu mystique, digne de Narnia. Vous vous enfoncez dans un labyrinthe d'épis, et là, d'un coup, paf, la magie opère: vous plongez dans nos structures en bois encastrées dans le maïs, et vous découvrez la scène qui envoie du son. Vous ne trouverez ça nulle part ailleurs.
Donnez-nous trois adjectifs pour le qualifier...
Bien sûr! Into The Corn est avant tout:
- Epique: littéralement. Dix ans qu'on grandit dans un champ, il fallait bien qu'un jour ça devienne une épopée.
- Abracadabrant: il s'agit tout de même d'un festival où on construit une régie dans une tour en bois de 12 mètres, où on peut manger des Sau'chips, des nuggets de saucisse de choux, et où un voilier sert de DJ booth. On est un peu des zinzins de l'espace. Et on assume à 100%.
- Galvanisant: parce qu'entre le labyrinthe de maïs, la nuit qui tombe et les basses qui montent, il y a un truc qu'on n'a jamais réussi à expliquer rationnellement à qui n'y a jamais mis les pieds. On appelle ça la magie du champ, faute de mieux.
Dans votre communiqué distribué aux médias, vous dites que vous êtes une «holacratie» (réd: sous-entendu pratiquant une gestion horizontale des projets). Une holacratie au sein d'un festival, ça donne quoi ?
En gros, ça donne une hiérarchie plate avec des dicastères précis. Chaque cercle correspond à un dicastère, lequel a un responsable présent aux séances du comité principal. Dans chaque cercle, on retrouve des membres de la «Corn's Family», notre deuxième cercle de bénévoles hyper investis en amont du festival. Chaque cercle avance en autonomie, et on se rappelle une fois par mois pour que tout le monde reste connecté. Cette liberté est indispensable, vu qu'on est tous bénévoles avec un job à côté, avec lequel on jongle comme on peut.
C'est qui, les têtes d'affiche?
Le vendredi, on a Les Fils du Facteur, venus de Vevey. Il s'agit de leur seul concert en Suisse dans le cadre d'un festival cet été. Ils ont une présence scénique folle et, surtout, de l'humour à revendre. Ils jouent carrément avec le public. Bon enfant, accessibles, imparables. Toujours vendredi, deux DJ néerlandais viennent mettre le feu: Dennis Quin, d'Amsterdam, qui fait dans le deep house, et qui est déjà passé par des clubs à Londres, Miami, ou encore Ibiza. Il y a également Anil Aras, notre special guest, plus tech house, qui a joué à Glastonbury et Ibiza.
Le samedi, Saint Stacy débarque de Neuchâtel. Il s'agit de l'ex-chanteuse live de Kadebostany, aujourd'hui en solo, avec un projet qui explose à l'international. Une voix qui donne des frissons - elle mérite d'exploser aussi chez nous! Et La Nefera, qui fusionne influences latino, hip-hop et électro, avec une présence scénique magnétique et des lyrics qui ont du répondant.
Un coup d'oeil sur la prog':
Y a-t-il une véritable scène musicale suisse?
Absolument, sans l'ombre d'un doute. Chaque année, on déniche de nouvelles pépites. On a même un fichier Excel qui déborde, et qu'on n'exploite jamais entièrement dans notre programmation faute de créneaux. Il y a un vrai essor du talent suisse dans la région, et il commence enfin à gagner la visibilité qu'il mérite. On est scotché chaque année par la qualité des artistes locaux.
Ils restent souvent traîner après leur concert pour profiter de l'ambiance et festoyer comme il se doit.
Donne-t-on assez de visibilité à la scène suisse?
Honnêtement, non, pas encore assez. La Suisse a quatre langues nationales, et la Romandie compte un petit bassin de population. Alors, pour se démarquer, c'est pas gagné d'avance. Mais on est aussi l'un des pays avec le plus de festivals par habitant, et c'est justement grâce à ces initiatives locales, et aux médias qui jouent le jeu, que cette scène peut percer.
Comment promouvoir la musique suisse?
Via les festivals, les plateformes, en soutenant les artistes, en les écoutant vraiment. Ou encore en se renseignant sur la scène helvétique, notamment à travers les concours qui existent, et en allant fouiner dans la programmation des petits festivals. Plein d'acteurs jouent déjà le jeu en mettant en avant la scène locale. C'est en continuant comme ça, tous ensemble, qu'on fera bouger les lignes.
